Vous redoutez l’empannage accidentel ou le roulis incessant alors que vous cherchez juste cette glisse parfaite ? Sur Kéa, nous avons adapté nos manœuvres pour retrouver tout le plaisir de la navigation au portant en misant sur la sécurité plutôt que le chrono. Découvrez nos configurations de voiles atypiques pour transformer vos traversées en véritables moments de détente.
- La navigation au portant, qu’est-ce que c’est vraiment ?
- Le vrai luxe en mer : confort, sécurité et sommeil
- La réponse à tout : “ça dépend” ! décoder le vent et ses humeurs
- Scénario 1 : naviguer entre 140° et 165°, la danse de la grand-voile et du génois
- Scénario 2 : plein vent arrière (twa > 165°), la grand-voile au repos
- L’équipage réduit : l’art de la simplification et de l’anticipation
- Notre inventaire de voiles sur Kéa : le choix de la simplicité
- Nos techniques préférées sur Kéa : le résumé pratique

La navigation au portant, qu’est-ce que c’est vraiment ?
Le “champagne sailing” : plus qu’une image de magazine
Ah, cette sensation de glisser doucement sur l’océan, voiles gonflées, avec le vent et les vagues dans le dos ! C’est ce que les magazines nautiques appellent à juste titre la “voile de luxe” ou le fameux “champagne sailing”.
Sur notre voilier Kéa, Karine a l’air totalement détendue lorsque nous naviguons ainsi. Cette image d’elle reflète parfaitement la sérénité qu’apporte cette allure lorsqu’elle est bien maîtrisée.
En termes plus techniques, on parle de navigation au vent arrière, car le bateau avance poussé par le vent. C’est souvent l’allure que nous privilégions pour les longues traversées, car le plaisir de la navigation au portant réside dans ce confort.
Un peu de jargon pour parler la même langue
Avant de poursuivre, définissons quelques termes pour que tout le monde suive. L’Angle de Vent Réel (AVR ou TWA) est simplement la direction angulaire du vent mesurée à partir de l’axe longitudinal du navire.
Pour faire simple : la proue correspond à 0 degré et l’arrière du navire à 180 degrés. Les vagues à la surface de l’eau sont souvent un bon indicateur visuel de cette direction.
Ensuite, il y a l’Angle du Vent Apparent (AVA ou AWA). C’est l’angle résultant du vent subi par un objet en mouvement. Un drapeau flottant en haut du mât, lorsque le bateau avance, est le meilleur indicateur de cet angle.
La loxodromie : notre cap, notre obsession
En langage nautique, la loxodromie est la trajectoire directe, ou ligne imaginaire, reliant la position actuelle du bateau à son point d’arrivée.
Dans un monde idéal, le vent soufflera sur cette ligne directement par rapport à l’arrière, soit à 180° de l’axe du vent. Nous serions alors poussés tout droit vers notre destination.
Alors, pourquoi nous, sur Kéa, voulons-nous naviguer plein vent arrière (DDW) sur cette ligne ? Pourquoi s’obstiner sur cette allure précise, surtout avec un équipage réduit comme le nôtre ?
Définir les limites du portant
Précisons de quoi on parle. On considère que l’on navigue au portant lorsque l’angle du vent réel est compris entre 150° bâbord et 150° tribord. C’est la zone où le vent nous porte.
Parfois, par vent plus faible, cette fenêtre se resserre entre 140° et 140°. C’est dans cet intervalle précis que la magie opère et que la technique doit s’adapter pour garder de la vitesse.
Le vrai luxe en mer : confort, sécurité et sommeil
Maintenant qu’on a posé les bases, parlons de ce qui compte vraiment pour nous en grande traversée, bien plus que la vitesse pure. C’est là que réside tout le plaisir de la navigation au portant.
Notre philosophie sur Kéa : le confort avant le chrono
Sur Kéa, c’est souvent juste Karine et moi, voir moi seul, même pour des traversées de plusieurs jours. On n’a pas une équipe de gros bras pour border les écoutes toutes les dix minutes.

Alors voilà le deal : pour nous, sur de longues distances, le confort, la sécurité et le sommeil priment sur la vitesse maximale. On ne cherche pas à battre le chrono.
Même si Kéa est un voilier de croisière ancien mais assez performant, notre objectif n’est pas de battre des records mais de vivre l’océan sereinement. C’est notre définition de la navigation comme un art de vivre.
Le dilemme du régatier contre le choix du croisiériste
Les régatiers ont une autre logique : ils naviguent à des angles plus serrés, vers 130 ou 140°, pour générer plus de vent apparent et donc plus de vitesse.
Mais pour atteindre une destination au vent arrière, ils doivent empanner constamment, en zigzaguant autour de la route directe. C’est efficace pour la course, mais épuisant pour le matériel comme pour l’équipage.
Ça implique des manœuvres de voiles fréquentes. Sur Kéa, cela signifierait réveiller la personne qui n’est pas de quart, donc moins de sommeil pour l’équipage. C’est un point clé pour comprendre notre approche.
Les bienfaits concrets d’une navigation plein vent arrière
Naviguer sur la loxodromie offre des avantages immédiats : moins de manœuvres, donc une sécurité accrue pour l’équipage, surtout de nuit ou par mer formée. On limite les risques.
Avec les vagues arrivant directement de l’arrière, le bateau est plus stable, le roulis est plus doux. Cela facilite la vie à bord : préparation des repas, lecture, déplacements. Tout devient plus simple.
Ce mouvement plus confortable permet aussi de mieux combattre le mal de mer. Cela diminue fortement les risques de nausée, un point important pour Karine. C’est un vrai gain en qualité de vie.
Naviguer en équipage réduit, c’est faire un arbitrage permanent. Pour nous, sacrifier un nœud de vitesse pour gagner des heures de sommeil réparateur est un choix gagnant à chaque fois.
Le sommeil : le trésor du navigateur au long cours
Le sommeil est la ressource la plus précieuse. Une navigation calme et sans manœuvres intempestives le préserve. On ne plaisante pas avec ça.
Moins d’empannages signifie des quarts plus tranquilles et un équipage mieux reposé, donc plus lucide et réactif en cas de besoin. Vous voyez la logique ?
Un bon sommeil permet de mieux gérer la fatigue décisionnelle, inévitable en navigation. C’est un gage de sécurité fondamental, tout comme la gestion du sommeil polyphasique.
La réponse à tout : “ça dépend” ! décoder le vent et ses humeurs

Les deux maîtres du jeu : l’angle et la force du vent
On nous demande souvent : « Comment vous naviguez vent arrière et quelles voiles sortez-vous ? » C’est la question classique des propriétaires qui veulent retrouver le plaisir de la navigation au portant. Vous voulez la recette magique, n’est-ce pas ?
Eh bien, la réponse va peut-être vous frustrer, mais c’est la seule vraie : ça dépend. En mer, rien n’est jamais figé.
Ce n’est pas une esquive de ma part. En réalité, tout repose sur deux facteurs qui changent la donne : l’angle du vent réel (AVR/TWA) et la vitesse du vent réel (VVR/TWS). Ce sont eux qui dictent la manœuvre à bord de Kéa. Sans eux, on navigue à l’aveugle.
L’angle du vent réel (twa) : le chef d’orchestre
Regardons d’abord l’angle, car c’est lui le patron. C’est ce paramètre précis qui décide si vos toiles vont se gonfler ou rester molles. Sur un voilier, on ne force pas le passage contre la géométrie du vent.
Le souci majeur arrive quand on flirte avec le 180°, le vent arrière pur. À ce moment-là, la grand-voile dévente les voiles d’avant sans aucune pitié. Elle leur coupe littéralement l’accès au vent.
La sanction est immédiate et pénible pour l’équipage. Les voiles d’avant claquent violemment, le bateau se traîne, et le bruit devient vite insupportable. Ce n’est ni efficace, ni confortable pour dormir. C’est exactement là que les ennuis commencent si on ne réagit pas.
La vitesse du vent réel (tws) : le régulateur de puissance
Ensuite, il y a la force du souffle, ce qu’on appelle la vitesse du vent réel. C’est elle qui détermine la surface de toile qu’on ose envoyer.
La logique est bête comme chou : par petit temps, on cherche à capturer le moindre souffle. Mais quand Eole s’énerve, on réduit la voilure pour garantir la sécurité. On ne joue pas les héros inutilement.
Prenez notre Drifter, cette voile légère qu’on adore sur Kéa. Elle est géniale dans les brises légères, mais on la rentre systématiquement vers 22-23 nœuds de vent pour ne pas l’abîmer. Chaque voile possède sa propre limite d’utilisation.
Anticiper pour mieux régner : l’importance de la météo
Vous voyez, on ne subit pas ces variables au petit bonheur la chance. La clé d’une navigation sereine, c’est d’avoir un coup d’avance sur les éléments. On regarde toujours ce qui arrive devant.
Avec Karine, la consultation de la météo et la discussion stratégique sont devenues un rituel sacré. On ne touche pas une écoute sans avoir fait le point.
Pour ne pas se faire surprendre, une bonne lecture des fichiers GRIB et des bulletins météo marine est indispensable. C’est ce qui nous permet de choisir la bonne stratégie pour les heures à venir. Mieux vaut prévenir que guérir en pleine nuit.
Scénario 1 : naviguer entre 140° et 165°, la danse de la grand-voile et du génois
La configuration de base : grand-voile haute et génois déployé
Imaginez le tableau : le vent pousse fort dans le dos, mais avec un angle assez ouvert, disons entre 140 et 150 degrés. C’est ce qu’on appelle une allure de grand largue classique.
Dans ce cas précis, la grand-voile reste efficace et ne vient pas encore masquer totalement le génois devant elle.
C’est franchement la configuration la plus polyvalente pour nous. Sur la majorité des voiliers, comme Kéa, elle permet de couvrir un large éventail d’angles et de s’adapter sans stress aux petites bascules du vent.
Le problème du déventement : quand la grand-voile devient une gêne
Mais voilà le hic : dès que le vent adonne un peu trop et passe franchement sur l’arrière, disons au-delà de 150° TWA, la mécanique se grippe.
La grand-voile commence alors à faire de l’ombre au génois. Résultat immédiat : la voile d’avant se dégonfle, se regonfle violemment et claque sans cesse, sans oublier ce bruit de poulie de génois particulièrement désagréable à l’intérieur… On perd toute l’efficacité.
Ce n’est pas qu’une histoire de vitesse perdue, croyez-moi. C’est surtout une source de bruit et d’usure prématurée pour les voiles et le gréement dormant. Bref, ce n’est pas une situation tenable sur la durée.
Notre astuce sur Kéa : border le génois au vent
Sur Kéa, on a une méthode pour contrer ce souci sans tout changer. La solution est simple : il faut border la voile d’avant du côté au vent, exactement du même côté que la bôme de la grand-voile.
Le principe est logique : on expose ainsi une plus grande surface de toile au vent. Cela permet de dégager le génois, ou notre Drifter, de l’ombre néfaste projetée par la grand-voile.
Cette technique marche super bien avec notre Drifter, qui est une voile légère à coupe ample. Grâce à ça, on arrive à ““descendre” jusqu’à des angles de 165°, soit 20 degrés plus bas que sans cette petite astuce.

Le réglage fin : l’importance du vrillage
Attention, simplement “border au vent” ne suffit pas pour retrouver le plaisir de la navigation au portant. Il faut penser en 3D et affiner le réglage des voiles pour que ça fonctionne.
L’idée ici est de choquer les écoutes pour donner du creux. On cherche la puissance maximale, c’est typique des allures portantes où le vent apparent est plus faible.
C’est là que se joue toute l’importance du vrillage de la voile. En relâchant le hale-bas, on laisse le haut de la grand-voile s’ouvrir pour évacuer le surplus de puissance et stabiliser l’assiette.
Scénario 2 : plein vent arrière (twa > 165°), la grand-voile au repos
Quand la grand-voile devient un danger : le risque d’empannage
Quand le vent pousse pile dans le dos, un danger sournois guette l’équipage : l’empannage accidentel. Ce n’est pas une question de “si”, mais de “quand” ça va arriver si on manque d’attention ou si la houle nous déstabilise, voir aussi les vagues d’embarcations à mazout.
Imaginez la bôme qui balaie le cockpit d’un bord à l’autre avec une violence inouïe, sans prévenir, fauchant tout sur son passage. C’est ça, un empannage involontaire : une perte de contrôle totale et brutale.
Les dégâts matériels sont souvent lourds — bôme pliée ou haubans arrachés — mais le pire reste le risque humain. Un choc pareil peut être fatal. La sécurité prime, surtout quand on connaît la complexité de la récupération d’un homme à la mer.
Notre solution radicale : affaler la grand-voile
Sur Kéa, dès que l’angle du vent réel dépasse les 165 degrés, on ne tergiverse pas avec les réglages fins. On prend une décision qui surprend souvent les puristes.
La solution est limpide : on affale la grand-voile. On la range bien sagement dans son lazy-bag. En supprimant la voile, on supprime mécaniquement tout risque d’empannage sauvage, c’est mathématique et rassurant.
Certains préfèrent naviguer en ciseaux pour gratter un nœud, grand bien leur fasse. Mais pour Karine et moi, en équipage réduit au milieu de l’Atlantique, la tranquillité d’esprit n’a pas de prix et vaut bien quelques minutes de perdues.
Naviguer sous voiles d’avant seules : le summum du confort
Une fois la grand-voile descendue, la magie opère immédiatement : les voiles d’avant respirent enfin. Elles se gonflent à bloc par un flux d’air propre, sans être déventées ou perturbées par la toile principale.
Le changement d’ambiance est radical, le bateau devient incroyablement silencieux et stable. Fini le claquement incessant des lattes ou de la bôme, juste le sifflement de l’eau et le plaisir de la navigation au portant.
On adapte la toile à l’humeur d’Éole : par petit temps (6-18 nœuds), on envoie tout, Drifter et génois. Si ça monte (15-20 nœuds), on garde le grand génois seul, et quand ça souffle fort (18-28 nœuds), une petite voile d’avant suffit amplement.
C’est la configuration reine pour les longues traversées où le cap et la direction du vent restent calés dans l’axe. On confie la barre au pilote automatique, qui gère ça sans forcer, pendant qu’on bouquine ou qu’on cuisine sans valdinguer.
Tableau récapitulatif : quelle voile pour quel vent ?
Pour vous aider à visualiser notre logique, voici un petit récapitulatif des configurations qu’on utilise à bord de Kéa. C’est notre “antisèche” quand la fatigue se fait sentir et qu’il faut décider vite.
Gardez en tête que ce sont nos préférences, calibrées pour notre vieux fidèle et notre duo, mais c’est une excellente base de départ pour beaucoup de croisiéristes cherchant la sécurité.
| Plage de Vent Réel (TWS) | Angle du Vent Réel (TWA) | Configuration de voiles sur Kéa | Commentaires |
|---|---|---|---|
| 6-18 kts | 140-165° | GV + Drifter tangonné au vent | Bon compromis vitesse/confort, demande un peu de surveillance. |
| 6-18 kts | > 165° | Drifter + Génois (sans GV) | Très confortable et silencieux, idéal pour la sieste. |
| 15-20 kts | > 165° | Génois seul (sans GV) | Simple, stable, très sécurisant. |
| 18-28 kts | > 165° | Foc de brise seul (sans GV) | Configuration de sécurité par vent fort, contrôle maximal. |
| > 22-23 kts | Toutes allures portantes | On rentre le Drifter | Protection du matériel avant tout. |
L’équipage réduit : l’art de la simplification et de l’anticipation
Les limites de la navigation sous voiles d’avant
Naviguer sans la grand-voile, c’est un peu comme conduire une voiture sans la cinquième vitesse : ça limite les options. Le principal défaut de cette configuration, c’est son manque de polyvalence dès qu’on doit remonter au vent pour une raison imprévue.
Tant que le vent souffle fort de l’arrière et que le cap reste stable, c’est le pied absolu. On profite vraiment du plaisir de la navigation au portant, sans stress ni réglages incessants, en laissant le bateau glisser.
Mais voilà le hic : si le vent tourne franchement ou si on doit éviter un cargo, il faut renvoyer la grand-voile. Et croyez-moi, hisser la toile en pleine mer quand ça bouge, c’est du sport et du temps perdu.
L’astuce pour catamarans : la dérive comme tangon
Sur un catamaran, on a trouvé une petite combine qui change la donne quand on navigue sous deux voiles d’avant. On utilise une poulie de renvoi fixée tout en haut de la dérive au vent, ce qui simplifie tout.
En faisant passer l’écoute de la voile d’avant dans cette poulie, la dérive joue le rôle d’un tangon rigide. Ça écarte la voile au maximum pour capter chaque souffle d’air sans qu’elle ne batte.
C’est génial pour deux raisons : d’abord, la voile reste super stable, et surtout, en cas de besoin urgent, on peut enrouler la voile sans rien avoir à défaire. C’est un gain de sécurité et de simplicité énorme quand on est seulement deux à bord.
Préparer les manœuvres pour ne jamais être surpris
En duo, l’improvisation est votre pire ennemie, car elle mène souvent à la casse ou à la blessure. Une manœuvre bien préparée, c’est une manœuvre qui a déjà réussi dans votre tête avant même de toucher un bout.
Avec Karine, on ne touche à rien sans en avoir parlé : “On affale la GV ? OK, toi tu gères la drisse, moi je suis au mat.” On valide l’ordre des actions, calmement, pour que chacun sache quoi faire.
Cette préparation mentale réduit drastiquement la charge cognitive et le stress ambiant. C’est la base de nos micro-rituels de navigation qui ancrent la sécurité dans notre quotidien et évitent les erreurs bêtes.
Pourquoi on ne cherche pas à tout optimiser
Quand on est que deux à bord, la meilleure configuration n’est pas celle qui fait gagner 0,5 nœud, mais la plus simple et la plus sûre. On laisse la performance pure aux régatiers pour privilégier notre confort.
Parfois, on accepte sciemment de se traîner un peu et de perdre en vitesse moyenne. On ne va pas changer de voile juste parce que le vent a molli de deux nœuds pendant dix minutes.
C’est un arbitrage permanent entre la vitesse, l’effort physique et la sécurité du couple. Sur Kéa, notre curseur penche toujours vers la tranquillité plutôt que vers le chronomètre.
Notre inventaire de voiles sur Kéa : le choix de la simplicité
On nous demande souvent pourquoi on n’utilise pas de spinnaker, la voile reine du portant. La réponse, encore une fois, tient à notre philosophie de la navigation à deux.
Spinnaker asymétrique, symétrique, parasailor : pourquoi pas nous ?
Ces voiles sont des monstres d’efficacité pour maximiser le plaisir de la navigation au portant, c’est indéniable. Votre question sur leur absence à bord est donc totalement pertinente.
Nous avons un asymétrique sur chaussette, c’est vraiment pas mal mais c’est le drifter qui à notre préférence, le spi, même asymétrique, m’envoie du stress.
Pourtant, nous avons tranché pour une raison qui écrase toutes les autres : la facilité d’utilisation. C’est le filtre unique par lequel passe tout notre équipement.
Notre objectif est simple : pouvoir tout gérer à deux, facilement, de jour comme de nuit, même si l’un de nous est fatigué. Ces voiles techniques ne correspondent pas à ce cahier des charges strict.
La contrainte de la taille et de l’équipage
Parlons chiffres pour bien visualiser le problème. Sur un bateau de la taille de Kéa, un spinnaker représenterait une surface de toile délirante, dépassant les 160 m².
Manœuvrer une telle surface demande une force physique et une technique que nous ne voulons pas subir. Les standards recommandent un équipage de 6 à 8 personnes pour gérer ça sereinement, alors que nous ne sommes que deux.
Le vrai risque, c’est la difficulté de les affaler en urgence si le vent monte, surtout la nuit ou dans une mer formée. C’est un danger exclu de notre réflexion sur comment configurer un voilier pour la navigation en duo.
Le casse-tête du stockage
Il y a aussi un aspect très pratique qui gâche la vie à bord : le rangement. Un spinnaker de 160 m², même plié avec soin, occupe un volume considérable dans un sac.
Sur un voilier de 11 mètres où chaque espace de rangement est compté, c’est un vrai problème logistique. Nos voiles sur enrouleur, comme le génois ou le Drifter, n’ont pas cet inconvénient majeur.
Le compromis performance / sérénité
On l’admet volontiers : un spinnaker améliorerait nos performances pures au portant. On gagnerait sans doute quelques nœuds.
Mais cela se ferait au détriment de la simplicité, de la tranquillité d’esprit et donc de la sécurité. Le jeu n’en vaut pas la chandelle.
Notre choix est celui d’une navigation sereine, où les voiles sont nos alliées et non une source de stress. Nous préférons arriver une heure plus tard mais entièrement reposés.
Nos techniques préférées sur Kéa : le résumé pratique
Après toute cette théorie, revenons à l’essentiel. Si vous deviez ne retenir que trois configurations pour goûter pleinement à le plaisir de la navigation au portant, voici celles que nous utilisons 90 % du temps à bord.
Technique 1 : grand-voile et génois/drifter tangonné au vent
Quand l’angle du vent se situe entre 140° et 165°, nous gardons la grand-voile haute sur Kéa. Pour éviter qu’elle ne dévente l’avant, nous bordons le génois ou le drifter au vent. C’est simple et efficace.
C’est vraiment notre configuration “passe-partout” lorsque le vent reste modéré. Elle permet de conserver une bonne vitesse sans compliquer la manœuvre.
Cette option demande juste un peu de vigilance sur les variations du vent. Mais elle offre un super compromis entre la vitesse pure et la liberté de s’écarter de la route directe. Si le vent tourne, on s’adapte vite.
Technique 2 : grand-voile affalée, deux voiles d’avant
Voici la solution pour le plein vent arrière, au-delà de 165°, quand le vent reste sage entre 6 et 18 nœuds. On oublie la grand-voile.
Nous affalons complètement la grand-voile pour ne garder que les voiles d’avant. On navigue alors avec le Drifter et le génois en ciseaux de chaque côté. Le bateau est équilibré.
C’est pour nous la configuration du “confort absolu”. Le silence est total, le bateau est stable et s’auto-régule presque tout seul. C’est le moment idéal pour bouquiner ou faire une sieste pendant que les milles défilent.
Technique 3 : grand-voile affalée, une seule voile d’avant
Quand le vent commence à monter sérieusement, au-dessus de 15 ou 18 nœuds au plein vent arrière, on change de stratégie. La prudence prend le dessus.
On laisse la grand-voile affalée et on navigue avec uniquement le génois ou le foc de brise. On réduit la voilure pour rester serein.
C’est clairement notre configuration “sécurité” par excellence. Kéa reste parfaitement contrôlable malgré la houle, la surface est adaptée à la force du vent. Surtout, on élimine totalement le risque d’empannage accidentel.
La seule règle qui vaille : trouvez ce qui marche pour vous
Finalement, rappelez-vous que chaque marin et chaque bateau possède sa propre personnalité. Ces techniques sont le fruit de notre expérience spécifique sur Kéa avec Karine. À vous de tester.
Je vais vous laisser sur cette réflexion essentielle pour votre prochaine sortie en mer.
Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise configuration : il n’y a que celle qui convient le mieux à votre bateau et à votre équipage, celle qui est sûre et confortable pour vous.
Au final, naviguer au portant est une question de choix personnels. Sur Kéa, nous privilégions toujours la sérénité et le sommeil à la performance pure. N’hésitez pas à tester ces configurations pour trouver votre propre rythme. L’important, c’est que votre équipage se sente en sécurité pour profiter pleinement du voyage.


































