Vous arrive-t-il de redouter la prochaine manœuvre parce que votre plan de pont transforme chaque virement en épreuve de force ? Savoir configurer voilier 11m solitaire duo ne demande pas d’être un athlète, mais de repenser l’ergonomie pour que tout tombe sous la main sans effort. Nous allons voir comment l’optimisation des winches et du pilote fera de votre bateau un allié docile plutôt qu’un adversaire épuisant.
- La philosophie de l’équipage réduit : simplifier pour sécuriser
- Le cockpit, votre centre de commandement : l’art du renvoi des manœuvres
- Choisir ses winches : la force tranquille au service du solitaire
- Le pilote automatique, votre meilleur équipier : choix, configuration et redondance
- La garde-robe idéale pour un 11 mètres en solo ou duo
La philosophie de l’équipage réduit : simplifier pour sécuriser

Configurer un voilier pour le solo ou le duo n’est pas juste une affaire de matériel, c’est une refonte totale de votre approche. Oubliez les standards de la régate en équipage complet. Ici, la simplicité devient votre meilleure assurance-vie et la sophistication ultime pour affronter la mer sereinement.
Pourquoi un voilier de 11 mètres est un choix pertinent
Le format 11 mètres, soit environ 36 pieds, représente une taille charnière idéale. C’est suffisamment grand pour garantir confort et sécurité dans le gros temps au large. Pourtant, le volume reste assez contenu pour être maîtrisé sans une armée d’équipiers.
C’est le compromis parfait pour votre portefeuille et vos bras. Le budget d’entretien et la place de port restent accessibles au commun des mortels. Surtout, les efforts physiques sur les écoutes et les drisses demeurent gérables seul, à condition d’avoir bien préparé le terrain.
Je suis passé d’un 28 pieds nerveux à ce format de 11 mètres. La différence de stabilité est bluffante, sans pour autant perdre la sensation de contrôle direct.
Le changement de paradigme : penser ergonomie avant performance
Vous ne cherchez pas à gagner la Route du Rhum, mais à arriver entier. L’objectif n’est pas de gratter un dixième de nœud, mais de finir l’étape en forme, sans avoir lutté contre votre propre bateau. L’ergonomie devient votre nouvelle performance.
L’ergonomie ici, c’est simple : tout doit tomber sous la main. Vous devez pouvoir agir sans contorsion, sans effort surhumain et surtout sans vous mettre en danger.
Imaginez votre cuisine : placeriez-vous le frigo au fond du jardin ? C’est pourtant ce qu’on fait sur un bateau quand une drisse reste au pied de mât. Sur un voilier bien pensé, le “frigo” est dans le cockpit, à portée de main.
Anticiper la fatigue : le véritable ennemi du solitaire
Chaque manœuvre complexe ou déplacement inutile sur le pont est une taxe sur votre réserve d’énergie. Cette énergie dépensée bêtement vous manquera cruellement plus tard, quand le vent forcira et que la mer deviendra hargneuse.
La configuration du voilier de 11m en solitaire ou duo est avant tout une stratégie de gestion de votre carburant physique. Moins vous forcez, plus vous gardez cette lucidité indispensable pour prendre les décisions vitales au bon moment.
Sachez que la fatigue décisionnelle en voilier est un risque réel qu’une bonne préparation matérielle permet de réduire drastiquement.
Solo vs duo : des configurations si proches et pourtant différentes
La base reste identique : tout ramener au cockpit pour sécuriser le barreur. Une configuration optimisée pour le solo fonctionnera parfaitement en duo. L’inverse, par contre, est un pari risqué que je vous déconseille.
En duo, on s’autorise parfois un peu plus de complexité pour le confort. Mais attention au piège : ne vous reposez jamais totalement sur la deuxième personne. Elle peut être malade, endormie ou occupée ailleurs quand le pépin survient.
Bien gérer la dynamique de l’équipage est aussi un point clé pour éviter les tensions sur un voilier en couple.
Le principe de base : ne jamais quitter le cockpit, sauf urgence
Gravez cette règle dans le marbre : le cockpit est votre zone de survie. Chaque sortie de cet espace protégé augmente votre exposition au risque de façon exponentielle, particulièrement la nuit ou par mer formée. Vous devez pouvoir tout gérer d’ici.
La suite de cet article décline ce principe en actions concrètes. Nous allons voir comment faire pour que le pied de mât, la plage avant ou le balcon arrière deviennent des destinations exceptionnelles, réservées aux cas de force majeure.
L’état d’esprit du “bricolage intelligent”
Configurer son voilier ne demande pas forcément un compte en banque illimité. C’est avant tout une question de bon sens, d’observation et d’astuce pour trouver des solutions adaptées à votre réalité.
Un renvoi de drisse efficace peut se réaliser avec quelques poulies bien placées et un bloqueur standard. Cela coûte souvent bien moins cher qu’un système tout intégré proposé par les grands chantiers.
Le “fait maison”, quand il est bien réfléchi, s’avère souvent plus fiable. En plus, vous saurez exactement comment le réparer en mer, contrairement à ces systèmes propriétaires complexes et obscurs.
Évaluer son propre bateau : par où commencer ?
Faites une “navigation test” avec un carnet à portée de main. Notez impitoyablement à chaque manœuvre : “Où ai-je dû aller ?”, “Quel effort cela a-t-il demandé ?”, “Étais-je vraiment en sécurité à ce moment-là ?”.
Je vous suggère même de filmer une sortie en solo. Visionnez ensuite la vidéo à froid pour repérer vos déplacements inutiles, les moments de flottement et les situations à risque. C’est un diagnostic brutal mais nécessaire.
Ce diagnostic terrain sera votre feuille de route personnalisée pour appliquer les conseils techniques qui suivent.
La règle des trois “S” : simplicité, solidité, sécurité
Utilisez cette règle comme filtre absolu pour chaque nouvel équipement. Est-ce simple à utiliser même épuisé ? Est-ce solide et fiable dans la durée ? Cela améliore-t-il concrètement ma sécurité à bord ?
Si la réponse est “non” à une seule question, cherchez une autre solution. Un winch électrique semble simple, mais devient-il un problème si votre parc batterie est à plat ? La fiabilité prime.
Prenons un contre-exemple classique : l’enrouleur de grand-voile dans le mât. C’est simple en apparence, mais cela peut devenir un véritable cauchemar de complexité et de danger si le mécanisme se coince.
Le budget : une question de priorités, pas de richesse
Parlons argent sans tabou : non, il ne faut pas être millionnaire pour bien s’équiper. Mais il faut une discipline de fer pour établir des priorités claires et ne pas céder aux gadgets.
Il vaut mille fois mieux investir dans un excellent pilote automatique et des renvois de qualité que dans un dessalinisateur ou de nouveaux coussins. La sécurité et la facilité de manœuvre passent avant le confort domestique.
Procédez par étapes logiques : d’abord les renvois au cockpit, ensuite le pilote, et enfin les voiles.
L’importance de la redondance : “un plus un égale zéro panne”
La redondance n’est pas un luxe de paranoïaque, c’est une nécessité absolue en équipage réduit. Si un système lâche au milieu de l’Atlantique, personne ne viendra vous aider à le réparer.
Concrètement, cela signifie avoir deux pilotes automatiques (un principal, un de secours), deux moyens distincts de prendre un ris, et deux sources de GPS indépendantes. C’est le prix de la tranquillité d’esprit.
N’oubliez pas que la redondance la plus simple reste souvent manuelle : savoir barrer à la main ou utiliser une barre franche de secours.
Se former : le matériel ne fait pas tout
Le meilleur équipement du monde ne vous sauvera pas si vous ne savez pas l’utiliser les yeux fermés. La compétence du marin reste le facteur déterminant de la sécurité.
Entraînez-vous sans relâche. Faites des prises de ris par petit temps pour que le geste devienne fluide, empannez seul des dizaines de fois, et testez les limites de votre pilote dans toutes les conditions.
Mettre en place des micro-rituels de navigation permet d’ancrer les bonnes pratiques et de rendre les manœuvres instinctives, même en situation de stress.
Le cockpit, votre centre de commandement : l’art du renvoi des manœuvres
Maintenant que la philosophie est posée, passons au concret. La transformation de votre voilier commence ici, dans le cockpit. C’est le cœur du réacteur, et nous allons le rendre le plus efficace possible.

Le diagnostic : quelles sont les manœuvres à ramener au cockpit ?
Posez-vous cette question simple, mais brutale : qu’est-ce qui vous oblige encore à quitter la barre ou la sécurité du cockpit aujourd’hui ? Si vous devez aller au pied de mât pour hisser ou réduire, vous vous exposez inutilement.
Les suspects habituels sont toujours les mêmes sur un 11 mètres : la drisse de Grand-Voile (GV), les bosses de ris, la balancine de bôme et le hale-bas. Parfois, on y trouve même la drisse de spi ou de gennaker, et le cunningham, ce qui complique tout.
L’objectif est clair : rendre cette liste de déplacements la plus courte possible, idéalement vide. C’est notre cahier des charges pour transformer votre bateau en machine à naviguer seul, sans stress.
Les drisses : la priorité absolue pour hisser et affaler en sécurité
C’est non-négociable : hisser ou affaler face au vent, en équilibre précaire au pied de mât, est une situation à risque que vous devez éliminer. Sur un pont agité, chaque seconde passée hors du cockpit est une seconde de trop.
La solution technique est rodée : une poulie de renvoi solide en pied de mât, un passage propre sur le roof via des organiseurs et un bloqueur de qualité situé près d’un winch de cockpit. Cela permet de gérer toute la puissance de la voile sans bouger.
Imaginez le soulagement de pouvoir affaler la GV en urgence, bien calé derrière la barre, alors qu’un grain violent s’abat sur vous. C’est ça, la vraie sécurité.
La prise de ris automatique ou semi-automatique : un “game changer”
Comprenons bien la différence. Le ris classique demande deux manœuvres distinctes : accrocher le point d’amure au mât, puis régler le point d’écoute. Le ris semi-auto ramène tout au cockpit via deux bouts, tandis que le ris auto n’utilise qu’un seul bout continu.
Pour un 11m, je milite pour le système semi-automatique. C’est un excellent compromis : bien plus simple à gréer et générant moins de frictions que le ris automatique, il reste infiniment plus sûr que le système classique qui oblige à sortir.
Le principe est simple : le bout du point d’amure (votre cunningham de ris) revient au cockpit, juste à côté de la bosse de ris du point d’écoute.
Organiser le “piano” : bloqueurs et taquets coinceurs
Le “piano”, c’est cette console sur le roof où tous vos bouts convergent, véritable clavier du navigateur solitaire. Si c’est le désordre ici, c’est la panique assurée lors d’une manœuvre rapide.
Mon conseil pour l’organiser : regroupez les manœuvres par fonction (les drisses ensemble, les ris ensemble), utilisez des bouts de couleurs différentes pour éviter les confusions, et surtout, investissez dans des bloqueurs de haute qualité qui ne glissent pas sous la charge.
Une astuce toute bête mais vitale : étiquetez clairement chaque bloqueur. Avec la fatigue et le mauvais temps, le cerveau ralentit et on ne doit pas hésiter une seconde.
Le matériel nécessaire : poulies, organiseurs et filières
Détaillons les pièces du puzzle pour réussir cette installation. Il vous faudra des poulies de pied de mât robustes, des organiseurs de pont pour guider les bouts proprement, et éventuellement des poulies plat-pont pour les angles difficiles.
Vous devez insister sur l’importance de minimiser les frictions à tout prix. Utilisez des poulies à billes de bonne qualité et assurez-vous que les angles de tir sont corrects. Un bout qui frotte, c’est un effort supplémentaire inutile et une usure prématurée garantie.
Notez aussi que le perçage du pont doit être fait avec un soin maniaque, en utilisant une contreplaque solide et en assurant une étanchéité parfaite.
Cas pratique : schéma de renvoi pour un 11 mètres typique
Voici une configuration qui a fait ses preuves. À bâbord, on renvoie la drisse de GV, la bosse de ris 1 et la bosse de ris 2. À tribord, on place la drisse de spi ou gennaker, le hale-bas et la balancine. L’idée est d’équilibrer la charge de travail.
Concrètement, votre piano doit accueillir :
- Drisses (GV, spi) : pour hisser et affaler rapidement.
- Bosses de ris (1, 2, voire 3) : pour réduire la toile sans sortir.
- Hale-bas de bôme : pour contrôler le profil de la GV efficacement.
- Balancine de bôme : pour soutenir la bôme au mouillage ou lors de la prise de ris.
- Bordure de GV et Cunningham : pour les réglages fins de performance.
Ce setup permet de gérer 95% des situations de navigation sans bouger de votre siège. C’est exactement le but de la configuration pour voilier solitaire : efficacité et sérénité.
Le coût de l’installation : investissement ou dépense ?
Abordons l’aspect financier sans détour. Oui, installer une batterie de bloqueurs neufs et des poulies de qualité représente un coût certain, surtout si vous partez de zéro.
Pourtant, je vous garantis que ce n’est pas une dépense, mais un investissement direct dans la sécurité et le plaisir de naviguer. C’est toujours moins cher qu’une visite chez l’ostéopathe après s’être fait un tour de rein sur le pont dans la baston.
Comptez une fourchette large, mais pour un renvoi complet avec du matériel fiable, c’est un budget à prévoir pour naviguer l’esprit tranquille.
Le cas particulier du hale-bas rigide
Le hale-bas rigide est un vérin (souvent à gaz ou ressort) qui soutient la bôme. Son avantage principal est immédiat : il remplace purement et simplement la balancine de bôme.
Sur un 11m, sa pertinence est indiscutable. Il simplifie les manœuvres en supprimant un bout (la balancine), ce qui est toujours bon à prendre pour clarifier le pont. De plus, la bôme ne tombe jamais sur le roof lors de l’affalage.
Attention toutefois, son réglage (le palan intégré) doit impérativement revenir au cockpit pour garder le contrôle du profil de voile.
Et les écoutes de foc ? Le rôle des winches et du barreur
Les écoutes de génois arrivent naturellement au cockpit, c’est la base. Le problème ici n’est pas le renvoi en soi, mais la gestion fluide pendant le virement de bord.
Il est capital d’avoir les winches de génois facilement accessibles depuis la barre. Le barreur doit pouvoir choquer une écoute et border l’autre rapidement sans contorsions impossibles, surtout s’il navigue seul et doit gérer la barre en même temps.
C’est le lien direct avec la section suivante sur le choix et le positionnement des winches, car un winch mal placé ruine toute l’ergonomie.
L’entretien des renvois : garantir la fluidité dans le temps
Un système de renvoi, aussi coûteux soit-il, n’est efficace que s’il reste parfaitement fluide. Le sel, le sable et l’usure naturelle sont ses pires ennemis au quotidien.
Je vous conseille un rinçage systématique à l’eau douce après chaque sortie, sans exception. Un nettoyage annuel complet des bloqueurs et des poulies est aussi une bonne pratique pour éviter les mauvaises surprises.
Pensez aussi à l’inspection visuelle régulière des bouts pour déceler l’usure, surtout au niveau des zones de friction intense comme les mâchoires des bloqueurs.
Le piège à éviter : la jungle de bouts dans le cockpit
Le revers de la médaille de tout renvoyer au cockpit, c’est le fameux “plat de spaghettis”. Un cockpit encombré de bouts en vrac est dangereux : on s’y prend les pieds, on trébuche.
La solution tient en deux mots : organisation rigoureuse. Installez des sacs à drisse ou des bailles à bouts bien positionnés. Chaque bout doit avoir sa place attitrée et y être rangé immédiatement après la manœuvre, c’est pas très compliqué.
C’est une discipline stricte à prendre, qui fait partie intégrante de la navigation en solo/duo pour ne pas se laisser déborder.
Choisir ses winches : la force tranquille au service du solitaire

Une fois que tous les bouts arrivent au bon endroit, il faut pouvoir les manipuler sans s’épuiser. C’est là que les winches entrent en jeu. Ils sont les muscles de votre bateau, et il faut les choisir avec autant de soin que le reste.
Self-tailing ou pas ? la question ne se pose plus
En 2025, pour un programme de navigation en solo ou duo, les winches non self-tailing sont une hérésie. Conserver ce matériel d’un autre âge sur votre pont est un frein direct à votre sécurité et à votre plaisir. Oubliez la nostalgie, l’efficacité prime.
Le self-tailing vous libère littéralement une main indispensable pour la suite de la manœuvre. Une main reste sur la barre pour contrôler le cap, l’autre suffit pour embraquer l’écoute bloquée dans la mâchoire. C’est la définition même de l’autonomie à bord. Tenter de gérer la manivelle, le bout sous tension et la barre en même temps est une recette pour le chaos.
Si le bateau en est équipé, leur remplacement est la première ligne à inscrire sur la liste des travaux.
Le dimensionnement : la juste puissance pour un 11m
Le numéro inscrit sur le dessus du tambour, comme 40 ou 46, indique directement son ratio de puissance mécanique. Plus ce chiffre est grand, plus il démultiplie l’effort que vous fournissez, transformant une traction pénible en formalité. C’est un levier mathématique simple.
Pour un voilier de 11 mètres, la norme actuelle recommande des winches de 44 ou 46 pour les écoutes de génois. Sur le roof, pour gérer les drisses et les bosses de ris, des modèles de taille 35 ou 40 suffisent amplement pour étarquer efficacement.
N’hésitez jamais à viser légèrement trop grand plutôt que trop petit lors de votre choix. Un winch sous-dimensionné est inutile et frustrant dès que le vent monte.
Winches électriques : luxe ou nécessité ?
Beaucoup perçoivent l’assistance électrique comme un caprice coûteux réservé aux yachts, mais c’est une erreur de jugement. Mon opinion est que c’est un équipement de sécurité actif, surtout quand la fatigue s’installe après plusieurs heures de veille.
Un winch électrique permet de border un génois dans la brise sans effort physique ou de hisser la GV sans quitter la barre, même fatigué. Il réduit la charge physique et mentale, lui permettant de rester lucide pour la navigation. Vous gardez votre énergie pour les imprévus.
Le compromis intelligent est d’équiper un seul winch en électrique, celui de drisse/ris sur le roof à tribord (pour un droitier). C’est le plus polyvalent.
Le positionnement stratégique des winches dans le cockpit
Le meilleur winch du monde est inutile s’il est mal placé sur l’hiloire ou le pont. L’ergonomie est reine : si vous devez vous contorsionner pour maniveler, c’est que l’emplacement est mauvais et doit être revu.
Pour les écoutes de génois, le barreur doit impérativement pouvoir les atteindre depuis sa position à la barre, sans se pencher dangereusement. C’est une condition sine qua non pour pouvoir réagir instantanément à une survente ou une vague.
Pour les winches de roof, ils doivent être juste devant les bloqueurs correspondants, avec un angle de travail propre. Cela évite les frottements parasites.
Tableau comparatif : manuel vs. électrique pour un 11m
Pour y voir plus clair dans ce choix technique et budgétaire, voici un résumé des avantages et inconvénients de chaque solution. Analysez bien vos priorités.
| Critère | Winch Manuel | Winch Électrique |
|---|---|---|
| Coût | Abordable | Élevé (x3 à x5) |
| Effort physique | Important, surtout dans la brise | Quasi nul |
| Vitesse de manœuvre | Dépend de l’équipier | Rapide et constant |
| Sécurité | Risque d’épuisement | Réduit la fatigue, permet de rester concentré |
| Fiabilité/Maintenance | Très fiable, entretien simple | Fiable, mais dépendance électrique, maintenance plus complexe |
| Installation | Simple | Complexe (câblage, batterie) |
| Verdict solo/duo | Faisable mais exigeant | Hautement recommandé pour au moins une unité (roof) |
Combien de winches sont vraiment nécessaires ?
Sur un bateau de série de cette taille, il y en a souvent 4 : 2 pour le génois, 2 sur le roof. C’est une bonne base qui couvre la majorité des besoins sans encombrer le plan de pont.
Certains envisagent d’en ajouter, par exemple une paire de winches pour le spi ou le gennaker plus en arrière dans le cockpit. Est-ce pertinent ? Cela ajoute du poids, du coût et des obstacles pour les pieds, sans garantie d’efficacité réelle.
Mon avis : sur un 11m, 4 bons winches bien placés et bien utilisés suffisent pour 99% du programme.
La manivelle de winch : un détail qui n’en est pas un
On pense aux winches, mais on oublie trop souvent l’interface humaine : la manivelle. Une bonne manivelle, c’est une bonne prise en main, un système de verrouillage fiable et une longueur adaptée à votre force pour ne pas peiner inutilement.
Je vous conseille d’en avoir au moins deux à poste dans le cockpit, rangées dans des boîtes à manivelle dédiées et accessibles. Une manivelle qui passe par-dessus bord dans un coup de gîte est une très mauvaise nouvelle.
L’entretien annuel : le secret de la longévité et de la fluidité
Un winch qui grogne ou qui force est un winch qui souffre en silence. Un entretien annuel complet est indispensable pour éviter l’usure prématurée des engrenages coûteux et garantir la sécurité.
Le processus est simple : démontage intégral, nettoyage minutieux des pignons à l’essence F, graissage avec la graisse adéquate (pas n’importe laquelle !), et huilage léger des cliquets. Attention, ne graissez jamais les cliquets, cela les ferait coller.
C’est une opération à la portée de tous, qui prend une demi-journée et qui transforme le comportement des winches.
Les accessoires utiles : poignée de manivelle, boîtes à manivelle
Pour optimiser votre force, pensez aux manivelles à double poignée (“double grip”) pour plus de puissance à deux mains. À l’inverse, les manivelles courtes sont excellentes pour des petits ajustements rapides sous faible charge.
J’insiste à nouveau sur les boîtes à manivelle rigides installées dans le cockpit. C’est un accessoire peu coûteux qui évite de perdre une manivelle et de se retrouver démuni au pire moment.
Le cas du winch de mât : faut-il le supprimer ?
Si toutes les drisses sont renvoyées au cockpit via des poulies de pied de mât, le winch de mât devient théoriquement obsolète. Faut-il l’enlever pour gagner du poids ?
Mon conseil : le laisser. Il peut servir de solution de secours inestimable en cas de problème avec les renvois au cockpit ou pour étarquer une drisse coincée. C’est une forme de redondance gratuite.
Le pilote automatique, votre meilleur équipier : choix, configuration et redondance

Vous avez maintenant le contrôle de vos voiles depuis le cockpit. Mais qui tient la barre pendant ce temps ? Le pilote automatique n’est pas une option en solo, c’est un membre d’équipage à part entière. Et il ne tombe jamais malade.
Pourquoi le pilote automatique est absolument indispensable
Je vais être direct : pas de pilote, pas de navigation en solitaire. C’est aussi simple que ça, car personne ne peut barrer 24 heures sur 24 sans s’arrêter. Cet outil vous permet de manger, dormir, aller aux toilettes et régler les voiles en sécurité.
Son rôle dépasse largement le simple fait de “tenir un cap” pendant que vous faites une sieste. Un bon pilote barre bien mieux qu’un humain fatigué, il ne perd jamais sa concentration, économise votre énergie physique et maintient le bateau sur sa route optimale sans zigzaguer. C’est un gain de performance net.
C’est votre équipier le plus fiable, disponible 24/7, qui ne se plaint jamais du froid ou des embruns.
Pilote de barre franche vs pilote in-board : le match pour un 11m
La plupart des voiliers de 11 mètres modernes sont équipés d’une barre à roue. Le choix se portera donc quasi systématiquement sur un pilote “in-board”, car les systèmes de cockpit montrent vite leurs limites sur ces unités.
Un pilote in-board se compose d’un vérin (électrique ou hydraulique) installé dans la soute, agissant directement sur le secteur de barre ou la mèche. C’est plus puissant, plus fiable et plus discret qu’un pilote de cockpit sur roue, souvent trop fragile pour le gros temps. Il barre efficacement quelles que soient les conditions météo.
Le pilote de barre franche est réservé aux unités plus petites ou s’utilise uniquement comme pilote de secours sur le safran de secours.
La puissance du vérin : ne pas sous-dimensionner
L’erreur classique que je vois trop souvent est de choisir un pilote juste à la taille recommandée pour le déplacement théorique du bateau. C’est un pari risqué.
Mon conseil est sans appel : toujours prendre la taille au-dessus. Un bateau chargé pour le voyage est bien plus lourd que sur la brochure, et dans une mer formée, le pilote doit forcer considérablement pour tenir le cap. Un vérin surdimensionné, comme un modèle poussant 84 kg ou plus, travaillera moins et durera plus longtemps.
C’est une assurance indispensable contre la surchauffe et la panne mécanique qui survient toujours au pire moment possible.
Le cerveau du système : compas, gyroscope et calculateur
Le vérin n’est que le bras musclé du système ; le véritable cerveau est le calculateur, qui reçoit et analyse les informations du compas. Sans de bonnes données, le vérin s’agite pour rien.
Je ne saurais trop insister sur l’importance d’un compas gyroscopique (gyrocompas) plutôt qu’un simple fluxgate. Il stabilise les informations de cap en analysant les mouvements sur 9 axes, même quand le bateau roule ou tangue violemment, pour un pilotage beaucoup plus doux et précis.
Les calculateurs modernes intègrent des algorithmes d’apprentissage sophistiqués qui s’adaptent en temps réel au comportement dynamique de votre bateau.
Mode cap, mode vent et mode GPS : quand utiliser quoi ?
Votre pilote propose trois modes principaux qu’il faut maîtriser. Le Mode Cap suit bêtement un cap magnétique, le Mode Vent maintient un angle constant par rapport au vent apparent ou réel, et le Mode GPS suit une route tracée entre deux waypoints.
Voici la règle d’or : utilisez le Mode Vent pour la navigation à la voile, c’est le plus efficace et le plus confortable pour le gréement. Le Mode Cap est réservé à la navigation au moteur. Le Mode GPS sert pour les longues traversées au moteur ou par vent très stable pour corriger la dérive.
Utiliser le mode vent évite les empannages intempestifs si le vent adonne ou refuse brutalement. C’est une sécurité active majeure.
La télécommande du pilote : la liberté absolue
C’est un accessoire qui change radicalement la vie du solitaire à bord. Plus besoin d’être rivé au pupitre de commande à l’arrière du cockpit pour changer de cap ou engager le pilote.
Avec la télécommande au poignet ou autour du cou, vous pouvez aller régler un chariot d’écoute, préparer un repas à l’intérieur ou aller en pied de mât pour une manœuvre tout en gardant le contrôle total et immédiat du cap du bateau.
La redondance : le régulateur d’allure, votre assurance-vie
Que se passe-t-il si le pilote électrique tombe en panne au milieu de l’Atlantique ou si vos batteries sont à plat ? La question n’est pas “si”, mais “quand” cela arrivera.
C’est là qu’intervient le régulateur d’allure (ou pilote à vent). C’est un système purement mécanique, comme les modèles Ariès, qui utilise la force du vent sur un aérien et la vitesse de l’eau pour barrer. Pas d’électronique, pas de consommation électrique, juste de la physique.
C’est la meilleure police d’assurance pour un navigateur au long cours. C’est aussi un excellent pilote principal aux allures portantes par vent fort.
Consommation électrique : le talon d’Achille du pilote in-board
Un pilote in-board est particulièrement gourmand en énergie, surtout lorsque la mer est formée et qu’il doit corriger sans cesse. Il peut consommer plusieurs ampères en moyenne, avec des pics à 9A.
Cela impose une réflexion sérieuse sur le bilan énergétique global du bateau avant le départ. Il faut impérativement un parc de batteries de service suffisant et des moyens de production d’énergie fiables et diversifiés (panneaux solaires, hydrogénérateur) pour compenser cette demande constante.
Un bateau bien équilibré sous voiles sollicitera beaucoup moins son pilote, et donc consommera nettement moins d’énergie.
L’intégration avec les autres instruments : AIS et radar
Un pilote moderne ne travaille pas seul, il peut et doit être connecté au réseau NMEA2000 du bord pour communiquer. Cela décuple ses capacités.
L’intérêt est double : afficher les informations du pilote sur les traceurs multifonctions, et surtout, utiliser les données des autres capteurs pour piloter intelligemment. Il utilise la girouette-anémomètre pour le mode vent et le GPS pour le mode route, garantissant une précision redoutable.
Pour que cela fonctionne, un bon GPS marin pour bateaux est la base de cette intégration technique.
Le calibrage : une étape souvent négligée
Un pilote sortant du carton fonctionne, certes, mais pas de manière optimale pour votre carène spécifique. Le calibrage est fondamental et trop souvent bâclé.
La procédure est stricte : lancez le “dockside wizard” pour les réglages de base à quai, puis effectuez impérativement les essais en mer (ronds dans l’eau, zigzags) pour ajuster la sensibilité, le gain et le contre-rudder aux réactions réelles du bateau.
Un pilote bien calibré est plus réactif, plus doux à la barre et consomme beaucoup moins d’électricité.
La garde-robe idéale pour un 11 mètres en solo ou duo

Le moteur de votre voilier, ce sont ses voiles. Avoir les bonnes voiles, et surtout des voiles faciles à manipuler, est la troisième pierre angulaire de la configuration pour l’équipage réduit. Oubliez les voiles de régate fragiles et compliquées.
La grand-voile : le cœur du réacteur
La GV est la voile de base, celle qui sert tout le temps. Elle doit être robuste et facile à ariser.
Mon choix : une GV classique à 3 ris, avec un lazy-bag et des lazy-jacks. C’est le système le plus fiable et le plus simple à gérer seul. La voile tombe dans le sac, c’est propre, c’est net.
Éviter à tout prix les enrouleurs de GV (dans le mât ou la bôme) sur un bateau de voyage. Le risque de blocage est trop grand.
Le génois sur enrouleur : l’évidence même
Y a-t-il encore besoin de le présenter ? L’enrouleur de génois a changé la vie des navigateurs.
Il permet d’adapter la surface de la voile d’avant à la force du vent depuis le cockpit, en tirant sur un seul bout. C’est la simplicité incarnée.
Choisir un enrouleur de qualité, robuste et bien dimensionné pour l’étai.
Le tissu des voiles : dacron ou laminé, le choix de la raison
Les voiles en laminé (mylar, carbone…) sont performantes mais fragiles et chères. Elles ne sont pas adaptées au voyage.
Pour un programme solo/duo, le Dacron de haute qualité (type cross-cut ou triradial) est le meilleur choix. Il est durable, tolérant, et peut être réparé facilement n’importe où dans le monde.
La longévité et la fiabilité priment sur le dernier dixième de nœud de vitesse.
Le foc autovireur : le summum du confort au près
Le principe est simple : un rail fixé à l’avant du mât sur lequel l’écoute de foc coulisse.
L’avantage est immense en solo : pour virer de bord, il suffit de tourner la barre. Pas d’écoute à choquer, pas de winch à border. C’est magique.
L’inconvénient est une perte de puissance, surtout par petit temps. C’est un choix de confort.
Les voiles de portant : gennaker et spi asymétrique sur emmagasineur
Le génois est peu efficace aux allures portantes. Il faut une voile dédiée pour avancer correctement quand le vent vient de l’arrière.
Oublier le spi symétrique et son tangon, trop complexe à gérer seul. La solution moderne est le gennaker ou le spi asymétrique sur emmagasineur.
On le hisse roulé, on le déroule, et on l’enroule avant d’affaler. C’est presque aussi simple qu’un génois sur enrouleur.
Le gréement de côtre : une option sérieuse à considérer
Voici ce qu’est un gréement de côtre : un étai principal avec un génois, et un étai largable (ou fixe) plus en arrière pour une trinquette.
Adapter votre 11 mètres pour le solo ou le duo n’est pas une question de luxe, mais de sécurité pure. Avec un cockpit ergonomique, un pilote infatigable et des manœuvres fluides, vous transformez la contrainte en liberté. L’équipement est là pour vous servir, pas l’inverse. Maintenant, à vous de jouer : préparez votre monture et profitez du large en toute sérénité

































