Tour Complet de l’Île de Beauté · Cap Corse · Côte Ouest · Bonifacio · Côte Est
Carnet de Bord d’un Voilier de 10 mètres en Équipage Réduit
Réserve de Scandola · Girolata · Calvi · Ajaccio · Bonifacio · Porto-Vecchio · Bastia
Première Nuit en Corse — Quand l’Île Vous Prend

Il est 3 h du matin. Le vent a molli à la tombée de la nuit, comme il le fait souvent en Méditerranée l’été, et le voilier avance au moteur, cinq nœuds à peine, sur une mer d’huile noire. Et puis elle arrive — pas progressivement, mais d’un coup : l’odeur de la Corse. Avant même de voir quoi que ce soit dans l’obscurité, avant même que le GPS indique la proximité des côtes, le maquis parle. Le parfum de ciste, de lentisque, de myrte, d’arbousier et de romarin chargé d’iode vient couvrir l’air marin d’une fragrance qui n’appartient qu’à cette île. La Corse commence ainsi, dans le noir absolu, par le sens qui ne ment pas : l’odeur.
Naviguer en Corse, c’est accepter d’être pris. Pas séduit progressivement, pas conquis mollement — pris, comme à la gorge. La beauté de cette île est d’une violence douce qui ne laisse pas indemne. La côte ouest, découpée en golfes profonds et en criques inaccessibles, les masses rouges des superbes falaises de Scandola qui plongent dans une eau bleue irréelle, les tours génoises perchées sur chaque promontoire, le blanc de Bonifacio suspendu au-dessus du vide, la lumière dorée qui baigne la côte est en fin d’après-midi : aucune description ne prépare vraiment à cela.
La Corse est la deuxième plus grande île de Méditerranée après la Sardaigne, avec 1 000 kilomètres de côtes, dont la majeure partie est accessible uniquement par la mer. Ce guide propose de la parcourir intégralement, dans le sens classique des vents dominants — du cap Corse, en descendant par la côte ouest balayée par le Libeccio, en doublant le cap de Bonifacio, puis en remontant la côte est plus douce — à bord d’un voilier, comme un livre de bord d’un canot en duo. Ce que les Corses appellent, avec une fierté contenue, le « tour de l’île ».
| ⛵ Ce qu’il faut retenir en préambule |
| La Corse offre l’une des navigations les plus belles et les plus complètes de Méditerranée. Elle demande une bonne connaissance des vents locaux (Libeccio, Tramontane, Maestrale), un respect absolu des réserves naturelles (Scandola, Lavezzi), une préparation méticuleuse des mouillages en haute saison, et une capacité à adapter son planning à la météo. En échange, elle donne à chaque plaisancier qui la découvre l’impression d’avoir trouvé le plus beau terrain de voile du monde. |
Les Vents de la Corse : Ce que Tout Plaisancier Doit Savoir
La Corse est une île de vents. Sa position centrale en Méditerranée occidentale, entourée par des reliefs montagneux qui culminent à 2 706 mètres (Monte Cinto), en fait un carrefour de flux atmosphériques complexes. Comprendre les vents de la Corse n’est pas optionnel : c’est la base de toute navigation réussie autour de l’île.
Le Libeccio : le vent de la côte ouest
Le Libeccio (ou Lebeche, ou vent de sud-ouest) est le vent dominant de la côte ouest de la Corse. Il souffle du sud-ouest, parfois avec une très grande violence (30 à 50 nœuds en coup de vent établi), et génère une mer creusée qui peut être très inconfortable sur la côte ouest exposée. Il est caractéristique de l’été méditerranéen et tend à s’établir en cours d’après-midi après une matinée calme. Stratégie : naviguer le matin, mouiller dans une crique bien orientée avant 14h.
La Tramontane et le Maestrale
La Tramontane (vent du nord) et le Maestrale (nord-ouest, équivalent du Mistral pour la Corse) sont les vents les plus redoutés des navigateurs sur la côte nord et nord-ouest. La Tramontane peut souffler à 40-60 nœuds par beau temps apparent — l’air est parfaitement clair, le ciel bleu, et la mer monte rapidement. Elle est particulièrement violente au cap Corse et dans le golfe de Saint-Florent. Ne sous-estimez jamais une alerte Tramontane.
Le Sirocco et le Grecàle
Le Sirocco (sud-est, chaud et humide, parfois chargé de sable saharien) est le vent du mauvais temps sur la côte est. Le Grecàle (nord-est) peut souffler très fort au détroit de Bonifacio, rendant la traversée entre la Corse et la Sardaigne très périlleuse pour les petites unités.
Le détroit de Bonifacio : un passage à part
Le détroit de Bonifacio (entre la pointe sud de la Corse et la Sardaigne) mérite une mention spéciale. Long de 12 milles, il canalise et accélère tous les vents, quelles qu’en soient l’orientation. Par vent de nord ou de nord-est, les rafales peuvent dépasser 50 nœuds dans l’axe du détroit. Ne traversez jamais le détroit de Bonifacio sans une prévision météo très favorable. La CROSS Med (numéro 196) diffuse des bulletins spécifiques au détroit sur VHF canal 16 et 79.

| ⚠️ Météo Corse : les outils indispensables |
| Consultez chaque matin : Météo-France Marine (0 836 680 208 ou www.meteofrance.com), Windy, PredictWind. Les VHF du CROSS Med diffusent des bulletins météo sur canal 79 (zone Provence-Ligure et Corse). Le bulletin 4 fois par jour de Météo-France est référence. En cas d’urgence en mer : CROSS Med au 196. VHF canal 16 en veille permanente. |
Quand Naviguer en Corse ? Les Saisons
La saison de navigation en Corse s’étend de mi-avril à mi-octobre, avec un apogée de juin à septembre. Chaque période a ses avantages et ses contraintes.
Mai – juin : la belle saison avant la foule
Mai et juin sont pour beaucoup de navigateurs les meilleurs mois pour naviguer en Corse. La végétation du maquis est à son apogée (les fleurs de ciste, les ajoncs en fleur), la mer est encore fraîche mais agréable (19-21°C), les mouillages sont encore accessibles sans réservation, et la lumière de pré-été est d’une qualité remarquable. Les ports ne sont pas encore envahis, les restaurants sont ouverts et détendus. La Tramontane peut encore souffler fort en mai, mais les fenêtres de beau temps sont amples et bien prévisibles.
Juillet – août : la haute saison
Juillet et août sont les mois de haute saison. Les mouillages populaires (Girolata, Scandola, Porto-Vecchio, les Lavezzi) sont extrêmement fréquentés. Il faut arriver avant 10h pour trouver une bonne place. Les vents thermiques (Libeccio) sont fiables et réguliers, ce qui permet des navigations prévisibles. Les températures sont élevées (30-35°C à terre) mais la brise en mer rend la navigation agréable. Réservez vos postes de marina à l’avance pour les ports importants.
Septembre : le mois idéal
Septembre est le mois préféré des navigateurs expérimentés. La mer est la plus chaude de l’année (25-27°C), les touristes commencent à partir, les prix baissent, les mouillages se libèrent, la lumière automnale est sublime sur les falaises rouges de Scandola, et les Corses retrouvent leur île avec une hospitalité plus détendue. Les premières perturbations automnales sont encore loin. C’est le mois idéal pour le tour de l’île.
| Mois | Températures (air) | Fréquentation | Recommandation voile |
| Avril–Mai | 18–23°C | Très basse | ★★★★ |
| Juin | 22–27°C | Modérée | ★★★★★ |
| Juillet | 27–33°C | Très haute | ★★★ |
| Août | 28–34°C | Maximale | ★★★ |
| Septembre | 24–29°C | Modérée | ★★★★★ |
| Octobre | 18–23°C | Basse | ★★★★ |
Formalités, Permis et Réglementation en Corse
La Corse est un département et une région de la République française. Les règles de navigation sont celles du droit français : permis côtier ou hauturier (ou licence VHF à défaut pour les petites unités), assurance RC maritime, armement de sécurité catégorie 4 minimum pour la navigation côtière. Aucune formalité douanière particulière pour les ressortissants européens.
Les zones protégées : réglementation stricte
- Réserve naturelle de Scandola (patrimoine UNESCO) : Mouillage interdit dans la réserve. Le périmètre exact est balisé. Navigation lente à l’intérieur (moins de 5 nœuds). Accès à terre interdit. Pêche interdite. La réserve est surveillée par des agents en bateau pneumatique. Les amendes sont élevées.
- Anse de Girolata : Mouillage sur bouées payantes obligatoire (environ 25-35€/nuit selon la taille). Le mouillage libre à l’ancre est de fait très limité et réglementé selon les conditions.
- Îles Lavezzi (réserve naturelle) : Mouillage sur bouées obligatoire (à réserver impérativement en saison). Pêche, chasse sous-marine et cueillette interdites. Accès à l’île autorisé uniquement par sentiers balisés.
- Herbiers de Posidonie : L’ancrage dans les herbiers de posidonie est interdit partout en Corse, conformément à la législation européenne. En cas de doute sur la nature du fond, utilisez les bouées d’amarrage ou mouillez plus profond sur sable.
- Chasse sous-marine : Interdite dans les réserves, à moins de 300 mètres des plages, et toujours avec un pavillon α Alpha signalé sur le bateau de surface.
Le Tour de l’Île : Repartir du Cap Corse
Le tour de la Corse en sens anti-horaire — départ du cap Corse, côte ouest, Bonifacio, côte est — est le sens privilégié par les plaisanciers expérimentés en été. La raison est simple : le Libeccio qui domine la côte ouest s’établit généralement l’après-midi depuis le sud-ouest. En descendant la côte ouest vers le sud, on navigue avec le vent arrière ou au largue — les allures les plus confortables. Remonter la côte est est plus facile car le Mistral et la Tramontane y sont moins virulents.
Chapitre 1 — Le Cap Corse : L’Avant-Poste de l’Île

Bastia · Macinaggio · Île de la Giraglia · Centuri · Saint-Florent
Le cap Corse est une presqu’île de 40 kilomètres de long qui s’avance comme un doigt du Dieu vers le nord en direction de la Ligurie italienne. Sa côte est est dite « côte des Marines » — une succession de minuscules hameaux de pêcheurs accrochés à la roche, chacun avec son église, sa tour génoise et son petit port. Sa côte ouest est plus sauvage, plus exposée au vent, moins fréquentée. Doubler le cap Corse est souvent le premier grand moment d’émotion du tour de l’île.
Bastia : le départ naturel
Bastia est la capitale économique de la Corse et la ville la plus animée de l’île. Son vieux port (Terra Vecchia), au pied de la citadelle baroque, est l’un des plus pittoresques de Méditerranée : des immeubles de sept étages aux façades colorées (ocre, rose, jaune) se mirent dans le bassin où s’alignent les pointus (barques traditionnelles corses). La marina de Toga, à quelques encablées au nord, est la grande marina moderne, bien équipée et idéale pour préparer le départ.
| ✍️ Carnet de bord |
| Premier matin de mouillage en rade de Bastia. Le soleil se lève derrière les montagnes du cap Corse, rasant les toits de la citadelle. Malika (ma compagne de navigation ce t été-là) prépare le café dans le carré pendant que je sors le guide des pavillons. Il y a quelque chose d’unique dans ces premières minutes d’une longue croisière : la sensation que tout est devant soi, que le vent est encore doux, que le tour de l’île commence maintenant. Nous avons trois semaines. Il en faudrait six. Nous le savons déjà. |
Macinaggio : l’antichambre du cap
Macinaggio, sur la côte est du cap Corse, est le dernier port important avant de doubler la pointe. Sa marina bien protégée, ses restaurants de bord de quai et son marché en saison en font une étape idéale pour vérifier les prévisions météo avant d’attaquer le passage du cap. C’est ici que l’on décide : on y va ou on attend ?
Le mouillage de la baie de Santa Maria, à 1 mille au nord de Macinaggio, est l’un des plus beaux du cap Corse : une anse protégée par deux îlots platés, des eaux d’un vert émeraude trop beau pour être vrai, de la garrigue qui descend jusqu’à la plage. La tour génoise qui domine l’anse date du XVIe siècle — à l’époque, ces tours servaient de système d’alerte contre les raids de pirates barbaresques qui ravageaient les côtes corses.
L’Île de la Giraglia : le bout du cap
L’île de la Giraglia est le point le plus septentrional de la Corse : un îlot de granite gris sur lequel se dresse un phare blanc de 42 mètres construit en 1844, visible par temps clair à plus de 22 milles. La Giraglia marque le début ou la fin de la côte est du cap, selon le sens du tour. La navigation à proximité de la Giraglia demande de la prudence : les courants sont forts et giratoires, la houle croisée peut créer un clapot désagréable, et le vent qui s’engouffre entre l’îlot et le cap peut accélérer sans prévenir.
| ✍️ Carnet de bord |
| On a doublé la Giraglia par un matin de brume légère, force 3 de nord-est, mer belle. Le phare s’est matérialisé dans la buée comme une apparition. Il y avait quelque chose de solennel dans ce passage — comme si l’île nous jaugeait, vérifiait nos intentions. Juste au moment où on passait à 500 mètres du phare, deux dauphins communs se sont postés devant l’étrave et nous ont escortés pendant vingt minutes. Karine a dit : « ça sent bien bon cette ballade … » Elle avait raison. Le reste du tour allait se passer comme dans un rêve. |
La côte ouest du cap : de Centuri à Saint-Florent
Centuri est l’un des plus beaux ports de pêche de Méditerranée. Ses petites maisons colorées (vert, rose, jaune, blanc) entourent un bassin minuscule où s’entassent les bateaux de pêche. C’est ici que l’on mange certains des meilleurs homards de Méditerranée — les langoustes corses pêchées dans les eaux propres du cap Corse sont d’une réputation bien méritée. Le port est petit et peu profond ; les voiliers de plus de 1,70 m de tirant d’eau doivent s’ancrer au large et venir à terre en annexe.
Entre Centuri et Saint-Florent, la côte ouest du cap Corse est la section la moins fréquentée de tout le tour de l’île. La route de mer longe des falaises de schiste vert-noir tombant directement dans la mer, sans plage, sans port, presque sans trace humaine. Les mouillages provisoires dans certaines anses (Santa Severa, Aliso) sont possibles par beau temps mais délicate en cas de Libeccio.
| 🦞 Escale gastronomique — Centuri |
| La langouste de Centuri (Palinurus elephas) est un met d’exception. Servie grillée à l’huile d’olive locale, accompagnée de tomates confites et d’une demi-bouteille de Patrimonio blanc, elle résume à elle seule toute la générosité de la table corse maritime. Comptez 45 à 80€ pour une demi-langouste dans les restaurants du port. Cher, mais inoubliable. |
Chapitre 2 — Saint-Florent et le Désert des Agriates : La Mer des Plages

Saint-Florent · Plage du Lodo · Plage de Saleccia · Golfe de Saint-Florent
Saint-Florent est l’une des perles de la navigation corse. Ce petit bourg de 1 700 habitants, lové à l’abri du massif du Nebbio dans le fond d’un golfe profond, cumule tous les charmes : une marina bien équipée, une vieille ville aux ruelles encaissées dans les remparts génois, une cathédrale romane du XIIe siècle (Santa Maria Assunta), des bars et des restaurants animés sur le port et, surtout, l’accès direct par la mer au Désert des Agriates — l’une des côtes les plus sauvages et les plus belles d’Europe.
Le Désert des Agriates : le paradis inaccessible
Le Désert des Agriates est un massif de 62 000 hectares de maquis dense et aride, classé site Natura 2000, qui s’étend entre Saint-Florent et l’Ile-Rousse. Son littoral est complètement vierge de toute construction — pas une maison, pas une route, pas un fil électrique sur les 30 kilomètres de cette côte. Les seules manières d’y accéder sont la mer ou un sentier de randonnée. Pour le plaisancier, c’est un cadeau extraordinaire.
Les deux plages-emblèmes du Désert sont accessibles uniquement par bateau depuis Saint-Florent (des navettes de plaisance assurent le service en saison, mais votre propre voilier vous donnera une liberté incomparable). La plage du Lodo, près de l’anse de Fornali, est une langue de sable blanc fin aux eaux turquoise, avec un arrière-pays de maquis aromatique. La célèbre plage de Saleccia est l’autre trésor : environ 1,5 kilomètre de sable d’un blanc immaculé, des eaux colorées par les reflets d’un fond de sable blanc, entourées de tamaris et de pins parasols. Ce fut l’une des plages utilisées dans le film Le Jour le Plus Long (1962) pour recréer les plages du Débarquement de Normandie.
| ✍️ Carnet de bord |
| Ancre mouillée à 7 mètres, fond de sable blanc, à 150 mètres de la plage de Saleccia. Il est 8h30 du matin. Pas un autre bateau à la ronde. L’eau est d’un bleu turquoise qui semble éclairé de l’intérieur. Karine fait sa première nage du voyage depuis l’étrave : elle ressort avec une expression que je ne lui connaissais pas. « C’est comme du verre, » elle dit. « Comme du verre liquide en bleu. » On a passé toute la journée à l’ancre ici. On était venus pour trois heures. Un bœuf (un thon) a sauté à côté du bateau en milieu d’après-midi. On a ouvert une bouteille de Nielluccio rosé pour fêter ça. C’est Saleccia qui nous a donné le rythme du voyage entier : slow, patient, présent. |
| ⚓ Mouillage de Saleccia — Conseils pratiques |
| Mouillage devant la plage de Saleccia : fond de sable propre, 3 à 8 mètres selon la position. L’ansse est bien protégée du Libeccio mais ouverte au nord — si le Maestrale se lève, il faut décamper. En haute saison, arrivez avant 8h pour avoir la place. La plage est accessible en annexe. Pas de services à terre (aucun restaurant, aucun sanitaire). Emportez eau, nourriture et sac poubelle. Le site est protégé : laissez-le tel que vous l’avez trouvé. |
Chapitre 3 — L’Île-Rousse et Calvi : La Balagne Maritime

L’Île-Rousse · Lumio · Calvi · Golfe de Calvi · Revellata
La Balagne, région intérieure de la Haute-Corse, est surnommée le « jardin de la Corse » — une terre de vergers d’oliviers, de vignobles et de villages médiévaux perchés sur leurs promontoires. Vue depuis la mer, la Balagne est une succession de falaises douces descendant dans une eau bleue, avec au loin les cimes enneigées du Monte Padro (2 391 m) et du Monte Cinto. C’est l’une des plus belles arrière-scènes de navigation de toute la Méditerranée.
L’Île-Rousse : le rocher rouge de Pascal Paoli
L’Île-Rousse fut fondée en 1758 par Pascal Paoli, le « Père de la Nation Corse », comme port alternatif à Gênes (Calvi appartenait alors aux Génois). Son nom vient de l’îlot de roches rouges (granite roux) qui forme son port naturel. La ville est agréable, avec son marché couvert de colonnes, ses restaurants sur le port et une marina bien située. La Piazza Paoli, ombragée de vieux ficus, est l’une des places les plus chaudes et les plus belles de la Corse.
Le golfe de Calvi et la citadelle
Le golfe de Calvi est l’un des plus beaux golfes de la Méditerranée occidentale. Sur sa rive nord, la citadelle de Calvi — enceinte génoise du XVe siècle perchée sur un promontoire rocheux — domine le golfe et fait office de repère pour tous les navigateurs arrivant du nord. La plage de sable de Calvi s’étire sur 5 kilomètres au pied de la citadelle, offrant un mouillage de rêve par beau temps.
Calvi est notamment connue pour être, selon la tradition locale, la ville natale de Christophe Colomb (débat historique non tranché avec Gènes et d’autres villes), et pour abriter la base de la Légion étrangère (2e REP). Sa vie nocturne en été est particulièrement animée. La marina est grande, bien équipée, mais peut être saturee en août.
La pointe de la Revellata : la sentinelle du golfe
La pointe de la Revellata, à l’extrémité ouest du golfe de Calvi, est l’une des régions de plongée les plus réputées de la Méditerranée. Ses fonds rocheux tombent rapidement de 0 à 60-80 mètres, avec une biodiversité marine exceptionnelle. Le mouillage devant la plage de l’Alga (côté intérieur du golfe) est l’un des plus beaux de la Balagne. Pour les plongeurs, le passage sous la pointe est un site mythique.
| ✍️ Carnet de bord |
| On est arrivés à Calvi par une fin d’après-midi de mistral mourant. La citadelle se découpait en contre-jour sur un ciel orange. On avait lutté pendant trois heures contre un bon force 5 qui venait contrer la houle rémanente — la grand voile prise à deux ris, louvoyant au près serré. Fatigués certes mais intacts finalement. Dans le port, le marineros qui nous assignait notre place a regardé le ciel, a hoché la tête et a dit simplement : « C’est calme demain. Vous serez bien pour Girolata. » Et il est reparti sans ajouter un mot. C’est ça, les Corses : peu de mots, mais toujours les bons. |
Chapitre 4 — Porto, Scandola, Girolata : Le Sanctuaire

Golfe de Porto · Réserve de Scandola · Anse de Girolata · Calanques de Piana
Entre Calvi et Ajaccio se trouve le tronçon de côte le plus spectaculaire de la Méditerranée. La réserve naturelle de Scandola, l’anse de Girolata, le golfe de Porto et les Calanques de Piana forment un ensemble classé double patrimoine mondial de l’UNESCO (paysage naturel et marin) depuis 1983. C’est la seule réserve naturelle marine française classée par l’UNESCO. Quand on dit que la Corse est une île de beauté, c’est principalement de ce coin-là qu’on parle.
La réserve naturelle de Scandola
La réserve de Scandola est un ensemble de falaises volcaniques (rhyolites et andésites) d’un rouge, d’un orange et d’un noir intenses, sculptées par l’érosion en colonnes, en arches, en cavernes et en pics qui surgissent de la mer comme les décors d’un film de science-fiction. Aucune route terrestre n’y accède. La seule manière de voir Scandola est de venir par la mer.
La beauté de Scandola est d’abord sous-marine : des eaux d’une pureté et d’une transparence absolues (30 mètres de visibilité par beau temps), des grottes sous-marines, des fonds de posidonie intacts, une faune exceptionnelle (mérous bruns, langoustes, corb, mostelle…). La réserve abrite l’une des plus grandes colonies de balbuzards pêcheurs de France — ces aigles marins qui plongent dans la mer pour capturer des poissons. Les voir chasser depuis votre cockpit est l’un des spectacles naturels les plus impressionnants de la Méditerranée.
Attention : La navigation est autorisée dans la réserve, mais à allure réduite (moins de 5 nœuds) et à distance des rochers. Le mouillage est interdit. La pêche et la chasse sous-marine sont interdites. Les agents de la réserve patrouillent régulièrement et verbalisent sans hésiter.
L’anse de Girolata : le mouillage de rêve
L’anse de Girolata est le seul village de la réserve de Scandola, accessible uniquement par la mer ou par un sentier de randonnée depuis la col de la Croix (3 heures de marche). Une dizaine de maisons de pêcheurs, une tour génoise, un fortin, quelques restaurants et une eau d’un bleu irreel : Girolata est à la fois préservée et étonnamment vivante en saison. Les bouées d’amarrage payantes (installation gérée par la mairie) permettent de s’y arrêter en toute légalité.
La population permanente de Girolata est d’une dizaine de personnes en hiver. En été, les restaurants servent des poissons et des fruits de mer locaux à des plaisanciers venus du monde entier. La dégustation d’une soupe de poisson ou d’une daurade aux herbes corses dans le seul restaurant de Girolata, face à la mer et aux falaises de Scandola, est l’une des expériences gastronomiques les plus émotionnelles de la navigation méditerranéenne.
| ✍️ Carnet de bord |
| J’étais amarré à la bouée numéro 7 à Girolata — la dernière disponible ce soir-là. Derrière moi, une file d’attente de quatre voiliers qui espéraient une libération. Le coucher de soleil sur les falaises rouges de Scandola a duré une quarantaine de minutes de pur spectacle: les roches passaient du rouge sang au rose bonbon, au violet, puis au gris métal. Un hélicoptère de la réserve est passé bas surveiller les mouillages. Sur le bateau d’à côté, un quinquagénaire anglais lisait tranquillement. Il a levé les yeux sur le spectacle du ciel, a refermé son livre sans un mot, et n’a plus bougé jusqu’à l’obscurité complète. C’est la bonne façon d’être à Girolata. |

Le golfe de Porto et les calanques de Piana
Le golfe de Porto est encadré au nord par Scandola et au sud par les calanques de Piana — d’immenses aiguilles et blocs de granit orange vif qui plongent dans la mer. L’effet est saisissant depuis la mer : des formes sculptées par des millions d’années d’altération, d’un rouge-orange lumineux, qui nécessitent une certaine distance pour apprivoiser leur échelle.
Le port de Porto lui-même est modeste : un petit bassin intérieur (attention au peu de tirant d’eau) et un mouillage forain assez exposé au Libeccio. Le village de Porto, à 500 mètres à l’intérieur, à quelques épiceries et restaurants. L’organisation idéale pour les grands voiliers : mouiller à Girolata la nuit et faire une journée de navigation à Scandola et Porto le lendemain.
| 🌊 Plonger à Scandola |
| Les eaux de la réserve de Scandola sont parmi les plus belles de Méditerranée pour la plongée. Les grottes sous-marines (la « grotte de Turquoise », la « grotte des Cormorans ») sont accessibles au snorkeling dans les zones autorisées hors réserve stricte. Des mérous de plus de 50 cm attendent les plongeurs curieux et patients dans les failles de rochers. Ne touchez rien, n’emportez rien. |
Chapitre 5 — Ajaccio : La Cité Impériale

Golfe d’Ajaccio · Ajaccio · Îles Sanguinaires · Baie de Sagone
Ajaccio est la capitale de la Corse et la ville natale de Napoléon Bonaparte (15 août 1769). Cette origine impériale a donné à la ville une ambiance singulière : des statues à chaque carrefour, des plaques mémoriales sur chaque bâtiment historique, une fierté locale légèrement surjouée mais sincère. La ville est belle, animée, avec un front de mer qui évoque Nice ou Bastia, et un centre historique de ruelles génoises où le palais impérial, la cathédrale et le marché couvert se côtoient.
Le golfe d’Ajaccio et l’arrivée en mer
L’arrivée dans le golfe d’Ajaccio depuis le nord est l’une des plus impressionnantes de Méditerranée. Le golfe est immense (11 km de large), protégé du Libeccio par la pointe de la Parata et les Îles Sanguinaires, et fermé au sud par le cap de Muro. La ville apparaît progressivement : ses immeubles blancs et ocres alignés sur le front de mer, le clocher de la cathédrale, les grues du port commercial… et puis, comme toile de fond, les sommets enneigés du massif d’Ajaccio par beau temps.
Les Îles Sanguinaires : le coucher de soleil absolu
L’archipel des Îles Sanguinaires marque l’entrée occidentale du golfe d’Ajaccio. Ces quatre îlots de granite rouge-noir, le plus grand couronné d’un phare (Mezzu Mare), doivent leur nom non pas à quelque histoire sanglante mais à la couleur de leurs roches qui tournent au rouge sang au coucher du soleil. C’est l’un des spectacles naturels les plus célèbres de Corse. Mouiller devant les Sanguinaires au soleil couchant, avec une bouteille de rosé du Cap Corse, est l’une des expériences les plus agréable de ce tour de l’île.
Le mouillage est possible dans l’anse de Minaccia, protégé du Libeccio par les îlots. Attention : l’ancrage dans les herbiers est interdit, fond sableux à identifier à l’oeil ou au sondeur pour les mieux équipés. L’accès à la Grande Sanguinaire (la grande île) est protégé — pas de débarquement sans autorisation.
Ajaccio : une journée d’escale
La marina de Tino Rossi (du nom du célèbre chanteur corse, dont la statue veille sur les pontons) est grande, bien équipée et bien placée pour explorer la ville à pied. Les indispensables pour une escale ajaccienne : la Maison Bonaparte (place Letizia, visite payante, récit de la naissance de Napoléon dans la maison familiale), le marché central du mardi au dimanche matin (charcuteries corses, fromages, vins, confitures, tout est là), la cathédrale Santa Maria Assunta (où Napoléon fut baptisé), et le cours Napoléon, la grande avenue avec ses cafés et ses boutiques.
La charcuterie corse mérite un paragraphe à elle seule. Le lonzu (filet sec), la coppa (échine séche), le figatellu (saucisse de foie fumée, consommée cuite en hiver, crue en été), le prisuttu (jambon cru) et la salumu (saucisson) sont produits à partir du porc corse semi-sauvage (nustrale) qui végète dans les forêts de chêtigniers. Ces produits sont à la fois les meilleurs vivres du bord et les meilleurs souvenirs à ramener à quai.
| ✍️ Carnet de bord |
| Ajaccio sous la pluie — une journée de mistral fort où l’on ne pouvait pas partir. La pire chose qui puisse arriver en navigation ? Non. Je suis allé au marché central sous un parapluie, j’ai passé deux heures à gouter du fromage brocciu, du lonzu, de la confiture de myrte et des châtaignes au miel. Je suis revenu avec un panier plein pour 35€. Le cuisinier de bord (moi en l’occurence) a préparé ce soir-là des cannelloni au brocciu avec une sauce de tomates du jardin achetées au marché. La pluie continuait de battre le taud. Dehors, le Mistral sifflait dans les hâubanages. C’était parfait. |
Chapitre 6 — Le Golfe de Valinco : La Corse Profonde

Propriano · Filitosa · Campomoro · Tour de Campomoro · Golfe de Valinco
Entre le golfe d’Ajaccio au nord et le cap de Bonifacio au sud, la côte du Sartenais est l’une des moins fræquentées de la Corse occidentale. Le golfe de Valinco est un profond enfoncement maritime protégé du Libeccio par les caps de Muro et de Senetosa. Ses eaux calmes et peu fréquentées (hors haute saison) lui confèrent un charme particulièrement apprécié des plaisanciers qui recherchent l’authenticité.
Propriano : la portée de la préhistoire
Propriano est le principal bourg du golfe de Valinco, avec une marina correcte et un port de ferry (liaisons avec Marseille et la Sardaigne). La ville est agréable mais sans caractère particulier — son intérêt principal est d’être le point de départ pour visiter Filitosa, le site archéologique le plus important de la Corse.
Filitosa (6 km de Propriano) est un ensemble de statues-menhirs datées de 3 500 ans avant J.-C. Ces grandes stèles de granit taillées en formes humaines (visages sculptés, épées et armures représentées) sont les témoignages d’une civilisation mégalithique complexe dont on sait encore peu de choses. Le site, dans un cadre bucolique d’oliviers millénaires, est l’un des plus émouvants de la Méditerranée occidentale.
Campomoro : la tour, le golfe, le silence
Campomoro est un hameau à l’extrémité sud du golfe de Valinco, dominé par une tour génoise du XVIe siècle particulièrement bien conservée. La tour est la plus grande de Corse et son panorama sur le golfe depuis les créneaux est exceptionnel. L’anse de Campomoro elle-même est un mouillage de rêve par beau temps : fond de sable propre, eaux transparentes, petit village de pêcheurs à terre avec un ou deux restaurants discrets.
Au-delà de Campomoro, la côte jusqu’au cap de Senetosa est sauvage et pratiquement inhabitée. Les calanques de Senetosa, accessibles uniquement par la mer ou à pied depuis Tizzano, sont parmi les plus belles de la côte sud. Leurs eaux vertes entre des rochers de granite brut, sans un immeuble à l’horizon, donnent l’impression d’avoir trouvé la Corse telle qu’elle était à sa création.
Chapitre 7 — Bonifacio : Le Bout du Monde

Bonifacio · Détroit de Bonifacio · Îles Lavezzi · Grottes de Bonifacio
Il faut voir Bonifacio une première fois depuis la mer pour comprendre pourquoi tous les navigateurs qui ont doublé ce cap en gardent un souvenir inoubliable. La ville haute — la « haute ville » génoise — est construite sur un promontoire de calcaire blanc qui surplombe directement la mer à 70 mètres de hauteur, sur tröis faces. Les maisons de six étages semblent pousser directement de la roche. Les remparts génois du XIIIe siècle courent jusqu’à l’extrême bord de la falaise. Plus impressionnant encore : la nature grignote l’arrière des maisons depuis des siècles, et certaines ont leurs fondations littéralement dans le vide. Bonifacio est une ville suspendue.
Le chenal d’entrée : navigation technique
L’entrée dans le chenal de Bonifacio est une navigation qui mérite une attention totale. Le chenal est étroit (250 mètres de large en son point le plus réserré), sinueux, avec des zones rocheuses peu profondes balisées. L’effet de canal accélère le vent et le courant dans le chenal. Par Libeccio fort, les rafales dans le chenal peuvent dépasser 40 nœuds. La règle d’or : entrer au moteur, voiles fermées, et ne jamais tenter l’entrée si le Libeccio dépasse force 5 de face.
Une fois passé les premiers rochers, le chenal s’élargit en une rade magnifique, entourée de falaises blanches, d’un calme absolu qui contraste avec la violence de l’extérieur. La marina est bien équipée mais chère en haute saison (80-100€ la nuit pour un 10m en août). Beaucoup de plaisanciers préfèrent mouiller sur ancre dans l’anse de Sperone (au nord-est) ou dans la baie de Santa Manza, plus tranquilles et moins couteuses.
La vieille ville : escalier du Roi d’Aragon
La haute ville de Bonifacio est un labyrinthe de ruelles génoises suspendues au-dessus du vide, sillonner de fortifications et ponctuées de terrasses avec des vues vertigineuses sur le détroit. L’attraction la plus spectaculaire est l’escalier du Roi d’Aragon : 187 marches taillées dans la falaise qui descendent à pic de la haute ville à la mer; selon la légende cet escalier fut taillé dans la roche en une seule nuit par les soldats aragonais lors du siège de 1420. La réalité est plus prosaïque (l’escalier servait à aller chercher l’eau d’une source), mais la descente reste impressionnante.
Les Grottes marines de Bonifacio
La falaise extérieure de Bonifacio (face au large, au sud) est percée de grottes marines spectaculaires. La plus célèbre est la grotte du Sdragonato, dont le plafond est éclairé par une ouverture naturelle en forme de Corse — un hasard géologique qui déclenche l’enthousiasme de tous ceux qui la découvrent. Les grottes sont accessibles par navette officielle depuis la marina. En voilier de 10 m, l’accès à certaines grottes par la mer est possible par beau temps absolu avec une mer plate (pas de houle).

Les Îles Lavezzi : la réserve au bout du monde

Les Îles Lavezzi sont un archipel de rochers de granite arrondi par les éros ions, situé à 5 milles à l’est de Bonifacio dans le détroit. Classées réserve naturelle, elles hébergent une faune marine exceptionnelle et des écosystèmes côtiers préservés. Le mouillage sur bouées (réservation obligatoire en saison, environ 30€/nuit) dans l’anse de Cala Lazarina est l’un des plus beaux de toute la Corse.
Les Lavezzi sont un haut lieu de la mémoire maritime : c’est ici que la frégate « La Sémaillante » fit naufrage dans la nuit du 15 février 1855, par une tempête de Maestrale violent. Les 773 soldats et marins à bord périrent. Les Lavezzi abritent toujours leurs tombes, dans un cimetière marin à ciel ouvert battu par le vent. Alphonse Daudet (qui visita le site quelques années plus tard) en tira une nouvelle inoubliable (« Les Naufrages de la Sémaillante », dans Lettres de mon Moulin). Poser le pied aux Lavezzi, c’est poser le pied sur un lieu qui a absorbé des centaines de morts — la beauté du site en est rendue plus étrange et plus profonde.
| ✍️ Carnet de bord |
| Bouées des Lavezzi, 23h. L’ancre — pardon, la bouée — tient bien. Le vent du détroit bruisse dans les haubanages à force 2, juste assez pour faire danser le mât. J’ai pris le quart de minuit. La voix lactée était si dense que je distinguais mal l’horizon des étoiles. J’ai pensé aux marins de la Sémaillante, à 169 ans de là. À ce que ça avait dû être : la même mer, le même détroit, la même nuit. Mais eux sans les instruments, sans le GPS, sans la météo. Juste la compassion et la fureur des éléments. En navigation, les lieux de naufrage ont une présence particulière. Ils rappellent pourquoi la mer se respecte. |
| ⚓ Réservation Lavezzi |
| Les bouées des Îles Lavezzi doivent impérativement être réservées en haute saison (juillet-août). Contact : réserve naturelle des Bouches de Bonifacio (Office de l’Environnement de la Corse). Tarif : environ 28 à 38€/nuit selon la longueur du bateau. Ouverture aux visiteurs : bateaux jusqu’à 20 m. |
Chapitre 8 — La Côte Est : La Plaine Orientale
Porto-Vecchio · Solenzara · Fiumorbo · Aléria · Corte (depuis la mer)
La côte est de la Corse est radicalement différente de la côte ouest. Plus douce, plus rectiligne, avec moins de calanques et de reliefs dramatiques, elle est frangée de plages de sable fin qui s’étirent sur des kilomètres. La plaine orientale, derrière la côte, est la seule zone basse et agricole de l’île. Mais la côte est a sa propre magie : des eaux différentes (moins profondes, plus vertes), des mouillages plus accessibles, des lagons bleux à l’arrière-plan, et une navigation plus tranquille car protégée des vents du large par la masse de l’île elle-même.
Porto-Vecchio : l’élégance du golfe

Porto-Vecchio est l’une des villes les plus chic de Corse, connue pour ses boutiques de luxe, ses plages célèbres (île du golfe de Porto-Vecchio) et sa marina bien équipée. Mais surtout, elle est entourée de certaines des plus belles plages de la Méditerranée : Palombaggia (ses eaux verde-bleues et son sable rose, entourés de pins-parasols) et Santa Giulia (une lagune aux eaux turquoise encadrée de dunes) sont régulièrement classées parmi les plus belles plages d’Europe.
L’anse de Favone, à mi-chemin entre Bonifacio et Solenzara, est un mouillage discret et charmant, moins fréquenté, avec un petit village de pêcheurs campeurs et une qualité d’eau exceptionnelle. Idéale pour les plaisanciers qui cherchent un peu de calme après le mouvement intense du golfe de Porto-Vecchio.
Solenzara : la porte du Fiumorbo
Solenzara est un bourg côtier à l’embouchure de la Solenzara, rivière descendant des hautes crêtes corses. Sa marina est une des mieux situées de la côte est pour qui veut rayonner à terre : les gorges de la Restonica et les hautes forets de l’intérieur sont à 1 heure de voiture. La plage de Solenzara est agréable et les eaux y sont généralement moins fréquentées qu’à Porto-Vecchio.
Aléria et l’Antiquité
Aléria (anciennement Alalia) est la plus ancienne ville de Corse, fondée par des colons grecs de Phocée vers 565 avant J.-C. (soit trente ans avant Massalia/Marseille), puis développée par les Romains comme capitale de la province corse. Ses ruines, que l’on peut visiter à terre après avoir mouillé dans l’étang de Diane voisin, sont un témoignage concret de l’importance historique de la Corse dans le monde antique. Le musée Jérôme Carcopino (dans le fort génois surplombant le site) présente une collection archéologique de premier ordre.
| ✍️ Carnet de bord |
| C’est entre Solenzara et Bastia que le vent nous a lachés complètement. Calme plat, mer miroir, 34°C à l’ombre. On a mis le moteur en râling et on a avancé doucement, sans parler, en regardant défiler la côte. La Corse vue de l’est est différente : elle est verte, douce, sans le drama des calanques de l’ouest. Il y a quelque chose d’apaisé dans cette côte. Peut-être parce que la montée vers Bastia sent le retour. Peut-être parce qu’on commençait à compter les jours restants. On a plongé en plein milieu de l’après-midi — juste là, moteur coupé, en pleine mer, avec 40 mètres de fond. L’eau était à 26°C. C’est une des joies simples et absolues de la vie à bord. |
Chapitre 9 — Le Golfe de Saint-Florent et Bastia : Le Bouclement du Tour

Canal de Corse · Bastia · Golfe de Saint-Florent · Biguglia
Les dernières étapes du tour de l’île réclament une attention particulière. Le canal de Corse — le bras de mer entre la Corse et l’Italie — est un secteur où les vents peuvent accélérer brusquement. La proximité de la Ligurie italienne et des Alpes crée des dépressions qui génèrent des vents du nord forts et soudains, particulièrement en automne. La météo sur le canal de Corse doit être surveillée avec une attention spéciale.
Bastia : le retour à la ville
Revenir à Bastia après trois semaines de tour de l’île est un moment toujours étrange. La ville paraît plus grande, plus “bruiteuse”, plus animée qu’au départ. Et pourtant, de retour au vieux port de Terra Vecchia, entouré par les façades colorées et les senti ors de café et de charcuterie du marché du dimanche, on comprend pourquoi les Bastiais aiment leur ville avec une passion qui résiste à toutes les critiques. Bastia est la vraie Corse — pas la Corse carte postale, mais la Corse qui vit, qui travaille, qui gronde et qui chante.
Le bilan du tour
Ce tour complet de la Corse en voilier de 10 mètres en équipage réduit couvre environ 420 à 500 milles nautiques selon les détours, les détaillements de l’exploration et les escales à terre. Il demande 3 à 4 semaines pour être bien vécu — deux semaines permettent de faire le tour mais sans le savourer vraiment. Voici les étapes clés avec les distances approximatives :
| Trajet | Distance | Durée approximative |
| Bastia → Cap Corse (Macinaggio) | 20 milles | 1/2 journée |
| Cap Corse → Saint-Florent | 25 milles | 1 journée |
| Saint-Florent → L’Île-Rousse | 15 milles | 1/2 journée |
| L’Île-Rousse → Calvi | 18 milles | 1/2 journée |
| Calvi → Girolata/Scandola | 35 milles | 1 journée |
| Girolata → Ajaccio | 50 milles | 1 à 2 journées |
| Ajaccio → Propriano/Campomoro | 40 milles | 1 journée |
| Campomoro → Bonifacio | 40 milles | 1 journée |
| Bonifacio → Porto-Vecchio | 20 milles | 1/2 journée |
| Porto-Vecchio → Solenzara | 30 milles | 1 journée |
| Solenz ara → Bastia | 65 milles | 1 à 2 journées |
La Gastronomie Corse : Le Maquis dans l’Assiette
La gastronomie corse est l’une des plus originales et des plus savoureux de la Méditerranée française. Elle repose sur quelques piliers fondamentaux : le porc corse nustrale élevé en liberté dans les châtaigneraies, le châtaignier (farine de châtaigne utilisée dans le pain, les gâteaux, la bière), les fromages de brebis et de chèvre (brocciu, niolo, sartenais, bastelicacciu), les vins AOC Corse (Patrimonio, Ajaccio, Porto-Vecchio, Figari, Sartene) et les produits de la mer locaux (langoustes de Centuri, daurades, pageots, pieuvres).
Les indispensables du plaisancier corse
- Le brocciu (ou brocciu passu) : fromage frais de lactosérum de brebis ou de chèvre, la mémoire gustative de la Corse. Se mange nature au petit déjeuner avec du miel, ou cuisiné (cannelloni, omelette au brocciu, fiadone = flan au brocciu).
- Le lonzu : filet de porc corse séché et épicé, très tendre, sévèrement différent du rosette lyonnais. Se mange en fines tranches à l’apéritif avec un verre de Patrimonio blanc.
- La soupe corse : bouillon de légumes (courgettes, pommes de terre, haricots) enrichi de pate ou de pain sec, de parmesan et de charcuterie. Réconfortante et roborative — idéale pour les soirées de bord après une longue journée de navigation.
- Le veau aux olives : ragoût de veau corse aux olives noires, à la tomate et aux herbes du maquis. Une viande d’une qualité rare car les veaux corses broutent librement dans le maquis.
- La chataigne et ses dérivés : farine de châtaigne (pulenda, polenta corse), bière à la châtaigne (Pietra), pain de châtaigne, confiture de châtaignes. L’arbre à pain de la Corse alpine.
Les vins de Corse
La Corse produit des vins AOC d’une grande qualité et d’une grande diversité. Les cépages régionaux (Nielluccio pour les rouges, Vermentino pour les blancs) donnent des vins avec un caractère très distinct des vins continentaux. Le Patrimonio (au nord de Bastia) produit des rouges et des blancs de grande classe. L’Ajaccio est réputé pour ses rouges à base de Sciacarello. Le Figari et le Porto-Vecchio produisent des rosés et des blancs légers et fruités, parfaits pour les déjeuners en mer. Un vin de Corse à bord, c’est l’île toute entière dans un verre.
Informations Pratiques et Budget
Comment rejoindre la Corse
- Par avion : Quatre aéroports en Corse : Bastia Poretta (BIA), Ajaccio Campo dell’Oro (AJA), Calvi Sainte-Catherine (CLY), Figari-Sud Corse (FSC, pour Bonifacio et Porto-Vecchio). Vols directs depuis Paris, Lyon, Marseille, Nice, Toulouse, Bordeaux, Nantes, Rennes… Les tarifs sont raisonnables hors août.
- Par ferry : Liaisons fréquentes depuis Marseille (11 h de traversée, ou 8 h en ferry rapide), Nice (4 h 30) et Toulon (11 h) vers Bastia, Ajaccio, Calvi, L’Île-Rousse et Porto-Vecchio. Compagnies : Corsica Ferries, La Méridionale, CFF.
- Avec son propre bateau depuis la France : Traversée Nice-Bastia : 100 milles (15-20 h de navigation). Traversée Toulon-Ajaccio : 150 milles (24-30 h). Ces traversées en pleine mer, souvent de nuit, demandent un bateau et un équipage préparés.
Logistique en Corse
- Les supermarchés (Spar, Super U, Intermarché) sont présents dans toutes les villes importantes. Dans les petits ports et mouillages isolés, les provisions doivent être prévues à l’avance.
- Les marchés locaux (tous les matins dans les grandes villes, hebdomadaires dans les villages) sont la meilleure source de charcuteries, fromages, fruits, légumes et produits artisanaux.
- L’eau potable est disponible dans toutes les marinas et la plupart des ports. La qualité est bonne. Hors marina, les sources d’eau ne sont pas toujours fiables.
- Le carburant diesel est disponible dans les marinas importantes (Bastia, Calvi, Ajaccio, Bonifacio, Porto-Vecchio). Prix légèrement supérieur au continent (environ +5 à 10 centimes par litre).
- Le Wi-Fi est disponible dans les marinas mais la qualité est variable. Une carte SIM française (ou Orange/SFR/Bouygues avec forfait inclus) fonctionne bien sur toute la côte en 4G.
Budget estimé pour le tour de la Corse
| Poste de dépense | Tarif indicatif | Commentaire |
| Location voilier 10 m (basse saison, mai-juin) | 1 200€ – 1 800€/semaine | 2 à 4 personnes |
| Location voilier 10 m (haute saison, août) | 2 000€ – 3 000€/semaine | Tarifs Corse élevés |
| Amarrage marina (10 m, haute saison) | 40€ – 100€/nuit | Bonifacio en tête |
| Bouées réserve (Lavezzi, Girolata) | 25€ – 40€/nuit | Réservation obligatoire |
| Mouillage libre (hors réserve) | Gratuit | Dès lors qu’il n’y a pas de bouée |
| Carburant diesel marina | 1,70€ – 2,10€/litre | Variable selon les ports |
| Budget nourriture (marché + bord) | 15€ – 25€/personne/jour | Fait à bord = économie importante |
| Restaurant terre (1 soir/2) | 25€ – 60€/personne | Langoustes, spécialités corses |
| 💶 Budget global du tour de la Corse |
| Pour 3 semaines de tour de la Corse en voilier de 10 m, comptez en haute saison (août) un budget location + frais de port + carburant + nourriture de l’ordre de 4 500 à 7 000€ à deux personnes (soit 75 à 120€/personne/jour tout compris). En juin ou septembre, le même voyage coûte 30 à 40 % moins cher. |
Conclusion : Ce que la Corse Fait aux Navigateurs
La Corse a une capacité propre à se rendre indispensable. Chaque plaisancier qui a fait le tour de l’île une fois veut le refaire différemment : dans l’autre sens, plus lentement, plus vite, plus tôt dans la saison, avec un plus grand bateau, avec un plus petit. L’île résiste à la compréhension totale et c’est précisément ce qui y attire. Scandola ne se révèle jamais deux fois de la même manière. Girolata a une atmosphère différente selon l’heure, la saison, l’humeur de la mer. Les Lavezzi sont toujours à la fois belles et graves.
La Corse à la voile, c’est aussi la Corse des Corses — ces hommes et ces femmes que vous ne rencontrerez qu’en équipage réduit, sur les pontons peu fréquentés, dans les ports actifs où les plaisanciers ne s’arrêtent pas. Le vieux pêcheur de Centuri qui inspecte vos amarres sans un mot avant de repartir. La femme qui vend ses fromages au marché de Saint-Florent en bénissant vos choix d’un regard sérieux. Le capitaine de la criée d’Ajaccio qui vous fait un prix sur les daurades du matin parce que « vous êtes des gens de mer ». Cette Corse-là ne se visite pas. Elle se fréquente, avec du temps, de la disponibilité et un certain talent pour le silence partagé.
Bon vent. Et que le maquis vous guide à bon port.
| ⛵ Epilogue du carnet de bord |
| Le dernier soir du tour, mouillé en rade de Bastia, Karine a dit : « On a fait 487 milles. On a mouillé sur 23 ancres ou bouées différentes. On a bu 14 bouteilles de vin corse. On a vu trois tornades d’eau (à distance), deux orages qui ont fuis, un banc de dauphins qui nous a suivis pendant une heure au large d’Ajaccio, et une langouste vivante à Centuri qui pesait 1,8 kg. On a cuisiné 23 repas à bord, dû attendre deux fois pour cause de Libeccio, et lu 4 livres et demi. Et maintenant on est tristes de rentrer. » C’est exactement ça, un tour de Corse en voilier. Mais bon pour nous il y a encore la traversée vers le continent, puis le trajet jusqu’au Rhône avec quelques endroits superbes. |








































