Le Sénégal, une Côte de Défis et de Métissages
Naviguer le long des 700 kilomètres de côte sénégalaise, c’est embarquer pour un voyage aux contrastes saisissants et aux exigences radicales. Ici, point de marinas clinquantes ni de criques turquoise protégées. Ici, l’Atlantique Nord déploie sa force brute sur un littoral tantôt désertique et saharien, tantôt luxuriant et mangrovien.
Le Sénégal est une école d’humilité nautique, où le plaisancier doit composer avec des éléments titanesques : le terrible courant des Canaries, descendant froid du nord à parfois 3 nœuds ; la houle de groundswell ininterrompue venue du grand large ; les vents alizés puissants et constants ; et l’omniprésence de la pêche artisanale, constituée de milliers de pirogues en bois (les fameux “youyous”) aux feux souvent défaillants, qui tissent une toile d’obstacles mouvants la nuit.
Mais cette côte exigeante récompense le navigateur patient par des expériences d’une profondeur rare. Jeter l’ancre dans la quiétude d’un bolong du Saloum au milieu des hérons garde-bœufs, sentir l’énergie frénétique du port de pêche de Saint-Louis, ou se laisser porter par les courants du fleuve Sénégal, c’est toucher du doigt l’âme vibrante de l’Afrique de l’Ouest.
Cet article se veut un guide réaliste, né de nombreuses traversées et escales. Il ne cachera ni les dangers – nombreux – ni la pauvreté des infrastructures – criante. Il vous préparera à affronter l’administratif sénégalais, à décrypter les signes avant-coureurs d’un grain violent, et à trouver, malgré tout, ces moments de grâce où la navigation devient une conversation intime avec un continent entier.
Sommaire Détaillé : Guide des Côtes Sénégalaises en Voilier
- Introduction : Le Sénégal, une Côte de Défis et de Métissages
- Le paradoxe sénégalais : beauté sauvage et exigences extrêmes
- Présentation de la démarche du guide : réalisme, sécurité, expérience
- Contexte Général : Une Côte Sous l’Emprise de l’Océan et du Continent
- Géographie : Trois Mondes en Une Côte
- La Côte Nord (de Saint-Louis à Dakar) : Désert, sable et courants
- La Côte Centre (“Petite Côte”) : Tourisme, pêche et baies ouvertes
- La Côte Sud (Sine-Saloum à Guinée-Bissau) : Mangroves, estuaires et labyrinthes
- Climat et Météorologie : Le Dialogue des Alizés et de la Mousson
- L’Hivernage (Juillet-Octobre) : Mousson, grains violents et humidité
- La Saison Sèche (Novembre-Juin) : Alizés, Harmattan et houle constante
- Le Phénomène des “Grains” : Détection, conduite à tenir et survie
- Hydrographie : Les Courants Souverains
- Le Courant des Canaries : Le maître incontesté, stratégies de navigation
- Courants de Marée et Baïnes : Où et quand ils sont dangereux
- La “Barre” : Phénomène omniprésent sur les embouchures
- Géographie : Trois Mondes en Une Côte
- Secteur Nord : Le Royaume du Sable et des Éléments Déchaînés (de Saint-Louis à Dakar)
- L’Embouchure du Fleuve Sénégal : Le Piège Absolu
- Analyse technique de la barre : Mécanique et danger ultime
- Pourquoi il faut fuir : Chenaux mouvants, isolement, absence de secours
- Témoignage : Le naufrage du Kalidor (2008) et ses leçons
- Saint-Louis et son Port : L’Âme d’une Ville, le Cauchemar Nautique
- Analyse du port de pêche : Chaos, saleté, insécurité
- Les mythes de l’ancrage devant la ville : Roulis, vols, impossibilité pratique
- Conclusion : Saint-Louis, une destination terrestre uniquement
- Le Parc National de la Langue de Barbarie : Un Mouillage Sauvage et Dangereux
- Potentiel cartographique vs. réalité du terrain
- Risques d’ensablement, d’exposition et de réglementation floue
- La Côte vers Dakar : Le Désert de Lompoul et les Bancs du Gandiolais
- Technique de navigation côtière : Distance de sécurité, lecture de l’eau
- Le cauchemar nocturne : Pirogues sans feux et vigilance radar
- Liste des points de repère et des dangers fixes identifiables
- L’Embouchure du Fleuve Sénégal : Le Piège Absolu
- Secteur Centre : La Petite Côte, entre Surf, Pêche et Tourisme (de Dakar à la Gambie)
- Dakar : La Capitale du Cap-Vert, Un Hub Contrasté
- A. Le Port Autonome de Dakar : Le Géant Chaotique
- Port de pêche de Dakar (Kàay Xoru Ber) : Spectacle à voir, piège à éviter
- Port de Plaisance de la Pointe des Almadies (Marina du Méridien) : Analyse critique (services, tarifs, réservation)
- B. Les Ancrages Périlleux de Dakar
- La Baie de Gorée : Analyse du roulis, des fonds encombrés, du trafic
- Les Baies de Ngor et Yoff : Réservées aux surfeurs, interdictions pratiques
- A. Le Port Autonome de Dakar : Le Géant Chaotique
- La “Petite Côte” : Plages, Tourisme et Dangers Cachés
- A. Saly Portudal : L’Usine à Touristes Balnéaires
- Le mythe de la station nautique : Absence de port, mouillage rouleur
- B. Mbour : Le Port de Pêche Géant et ses Dangers
- Procédure d’entrée : Passe, courants, moments favorables
- À l’intérieur : Chaos, ravitaillement en gasoil (risques et procédure)
- Sécurité et salubrité : Évaluation des risques
- C. Joal-Fadiouth et la Pointe de Sangomar
- Port de Joal : Alternative plus calme à Mbour ?
- La Pointe de Sangomar : Zone interdite mythique (courants, déferlantes)
- A. Saly Portudal : L’Usine à Touristes Balnéaires
- Le Delta du Sine-Saloum : Le Labyrinthe des Bolongs
- A. Accès : La Barre de Djiffère – Le Premier Test
- Analyse hydro-sédimentaire détaillée
- Règles d’or : Marée, météo, pilote local
- Procédure pas-à-pas de franchissement
- B. Navigation Intérieure : L’Art du Chenal
- Cartographie et balisage artisanal : Comment s’orienter
- Techniques de pilotage : Sondeur, vigie, marées
- Les meilleurs mouillages : Sélection commentée (Mar Lodj, Toubacouta, bolongs secrets)
- Services et autonomie : Où trouver de l’eau, du carburant, des vivres
- C. Vie à Bord dans le Delta : Sécurité, Environnement, Relations
- Gestion des déchets et de l’eau
- Relations avec les villages : Protocole, échanges, rémunération
- Sécurité des biens : Risque de vol, stratégies de prévention
- A. Accès : La Barre de Djiffère – Le Premier Test
- Dakar : La Capitale du Cap-Vert, Un Hub Contrasté
- Secteur Sud : La Casamance, la Terre des Rivières et des Secrets (de la Gambie à la Guinée-Bissau)
- Le Contexte : Une Région Isolée, une Beauté Mystérieuse
- Historique récent et implications pour le navigateur
- Vigilance spécifique et contacts administratifs obligatoires
- L’Embouchure du Fleuve Casamance : Un Défi Technique Majeur
- Comparaison avec la barre du Saloum : Plus étroit, plus violent
- La nécessité absolue d’un pilote : Où le trouver (Kafountine), comment le négocier
- La Remontée du Fleuve vers Ziguinchor : Un Voyage au Cœur de l’Afrique
- Calcul des marées et des courants : Tableaux, décalages
- Points de mouillage sur le fleuve : Criques, élargissements
- Ziguinchor : Le port, les formalités, les services
- Les Îles de la Basse Casamance : Paradis Fragiles
- Île de Karabane : Ancrage, courants, visite du village
- Île d’Édith : Isolement et responsabilité environnementale
- La Côte Sauvage de Palmarin à Cap Skirring
- Cap Skirring : Mouillage de plaisance ? Analyse réaliste
- La zone de Palmarin : Complexité des accès lagunaires
- Avertissement Sécurité Casamance : Check-liste Pré-Départ
- Points de contact officiels
- Zones à éviter (frontière Guinée-Bissau, bras reculés)
- Comportement recommandé
- Le Contexte : Une Région Isolée, une Beauté Mystérieuse
- Règlementation, Formalités et Bonnes Pratiques
- Check-in/Check-out : Un Parcours du Combattant Maîtrisable
- Ports d’entrée/sortie : Dakar (simplifié), Ziguinchor, Saint-Louis (théorique)
- Procédure détaillée à Dakar : Capitainerie, Douane, Police aux Frontières, Marine Marchande
- Liste exhaustive des documents requis
- Coûts réels (officiels et officieux) et astuces de négociation
- Le rôle de l’agent maritime : Faut-il en prendre un ?
- Sécurité à Bord et au Port : Vols, Piraterie, Comportement Local
- Le Vol : La Menace N°1. Méthodes opératoires, zones à risque (Gorée, Saloum la nuit), stratégies de dissuasion (gardiens, lumière, alarmes).
- Piraterie : Évaluation réaliste du risque en 2024.
- Comportement et culture : Baksheesh, tenue vestimentaire, photographie, relations avec les autorités.
- Ancrage Écologique dans un Environnement Fragile
- Gestion des déchets : “Tout remporter” – solutions pratiques de stockage
- Eaux noires et grises : Règles et bon sens
- Respect de la mangrove et des zones de nidification
- Check-in/Check-out : Un Parcours du Combattant Maîtrisable
- Météorologie Avancée et Techniques de Navigation
- Anticiper et Gérer les Grains : La Menace Saisonnière
- Signes avant-coureurs infaillibles
- Check-list de préparation en 5 points
- Conduite à tenir pendant le grain (voile, moteur, cap)
- Rétablissement après le grain
- Navigation Côtière avec le Courant des Canaries : Stratégies et Pièges
- Route Sud (avec le courant) : Gestion de la dérive, anticipation des bancs
- Route Nord (contre le courant) : Serrer la côte, consommation fuel, moral d’équipage
- Utilisation des vents terres/mer locaux
- Équipement Essentiel pour le Sénégal : Liste et Justifications
- Propulsion & Énergie : Groupe électrogène, dessalinisateur, panneaux solaires, réserves de filtres à carburant.
- Sécurité Navigation : Radar (pour les pirogues), sondeur redondant, GPS cartographique, compas de rechange.
- Ancrage : Ancre à soc lourde, 80-100m de chaîne, seconde ancre, orin, bouées de dégagement.
- Sécurité Personnelle : Pharmacie avancée (antibiotiques, antipaludéens, suture), EPIRB, VHF portative étanche.
- Confort & Survie : Stores, ventilateurs, moustiquaires, réserves d’eau et de nourriture longue durée.
- Anticiper et Gérer les Grains : La Menace Saisonnière

- L’Art de Trouver des Mouillages Secrets
- Méthodologie : Cartes, Satellites et Dialogues
- Croisement des sources : Cartes SHOM anciennes, Google Earth Pro, récits de voyage
- Le décryptage des toponymes et des annotations
- L’approche sociale : Le dialogue avec les pêcheurs, les guards du parc, les villageois
- Étude de Cas : Le Bolong de Dassilamé (Saloum)
- De la découverte cartographique à l’exploration sur place
- Rencontre avec le vieux pêcheur et leçon d’humilité
- Éthique du partage : Quand taire un waypoint
- Méthodologie : Cartes, Satellites et Dialogues
- Conclusion : Le Sénégal, une Destination pour Navigeurs Robustes et Curieux
- Bilan des “meilleurs” et “pires” : Synthèse par secteur
- Le profil du navigateur idéal pour le Sénégal
- Les récompenses intangibles : Rencontres, paysages, sentiment d’accomplissement
- Derniers conseils et invitation au voyage responsable
Tableau Récapitulatif des Principaux Points d’Accueil et Mouillages
| Secteur | Nom | Type | Protection | Accès / Danger | Profondeur moyenne | Ambiance / Services | Note /5 |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Nord | Embouchure Fleuve Sénégal | Zone interdite | Aucune | EXTÊMEMENT DANGEREUX (Barre, bancs) | Variable | Aucun | 0 |
| Nord | Port de Saint-Louis | Port de pêche | Moyenne (digue) | Très dangereux (barre, chenal) | 3-4m | Chaotique, sale, aucun service | 1 |
| Dakar | Marina du Méridien | Marina | Bonne | Facile, balisée | 3-5m | Hors-sol, chère, sécurisée | 3.5 |
| Dakar | Baie de Gorée | Mouillage | Nulle (roulis) | Facile mais fond encombré | 5-8m | Historique, rouleur, risqué la nuit | 2 |
| Petite Côte | Mbour (Port de pêche) | Port de pêche | Moyenne | Dangereux (passe, houle) | 2-3m | Frénétique, sale, ravitaillement fuel possible | 1.5 |
| Saloum | Barre de Djiffère | Passe | Nulle (déferlante) | Dangereux, pilote conseillé | Chenal 2-3m | Naturel, délicat | N/A |
| Saloum | Bolong de Mar Lodj | Mouillage intérieur | Excellente | Après franchissement barre | 3-6m | Paix totale, villageois, autonome | 4.5 |
| Casamance | Embouchure du fleuve | Passe | Nulle | TRÈS Dangereux, pilote obligatoire | Variable | Sauvage, isolé | N/A |
| Casamance | Ziguinchor | Port fluvial | Bonne | Après remontée du fleuve | 4-5m | Ville animée, services basiques | 3 |
2. Contexte Général : Une Côte Sous l’Emprise de l’Océan et du Continent
Géographie : Trois Mondes en Une Côte
La côte sénégalaise se divise en trois grandes régions aux caractères nautiques distincts :
- La Côte Nord (de Saint-Louis à Dakar) : Littoral sablo-dunaire rectiligne, exposé plein ouest. Influence sahélienne, faible pluviométrie. Dangers majeurs : barres littorales, bancs de sable mobiles, ensablement des passes.
- La Côte Centre (la “Petite Côte” de Dakar au Sine-Saloum) : Plus découpée, avec quelques baies (Rufisque, Mbour). Légèrement plus abritée mais sujette à une forte houle réfractée. C’est le cœur touristique balnéaire, avec tout ce que cela implique de pression humaine.
- La Côte Sud (du Sine-Saloum à la frontière de Guinée-Bissau) : Le monde des estuaires et des mangroves. Le delta du Sine-Saloum et l’embouchure du fleuve Casamance offrent des labyrinthes aquatiques fascinants mais piégeux. Courants de marée puissants, bancs de vase mouvants, visibilité nulle dans l’eau saumâtre.
Climat et Météorologie : Le Dialogue des Alizés et de la Mousson
- L’Hivernage (Juillet à Octobre) : Saison des pluies et de la mousson. Le vent dominant tourne au Sud-Ouest (le “Sudé”), apportant humidité, chaleur étouffante, et une mer souvent agitée par des grains violents et soudains. La visibilité peut être réduite par les averses. C’est la période la plus difficile pour la navigation, avec un risque accru de phénomènes orageux intenses.
- La Saison Sèche (Novembre à Juin) : Règne des alizés continentaux (l’”Harmattan”) et maritimes. Le vent dominant est le Nord-Est à Nord (“Nordé”), sec, frais et puissant, souvent établi entre 15 et 25 nœuds, voir plus. Il génère une houle de nord-ouest constante et un clapot court très inconfortable près des côtes. Le ciel est souvent voilé par la poussière rouge du Sahara (le “sirocco”) qui réduit la visibilité et recouvre tout d’une fine pellicule abrasive.
- Les “Grains” : Phénomène redoutable, surtout en période de transition (mai-juin, octobre-novembre). Ce sont des lignes d’orages qui déferlent de la terre vers la mer. Les signes avant-coureurs sont un ciel d’un noir d’encre à l’est, une chute brutale de la température et une augmentation subite de la vitesse du vent, qui peut passer de 10 à 50 nœuds en quelques minutes. Conduite à tenir : Dès les premiers signes, réduire radicalement la voilure, se préparer à prendre un ris violent, et s’éloigner de la côte sous le vent pour éviter l’échouage.
Hydrographie : Les Courants Souverains
- Le Courant des Canaries : C’est le maître des lieux. Ce courant froid venant du nord longe la côte du Sénégal vers le sud avec une vitesse moyenne de 1 à 2 nœuds, pouvant atteindre localement 3 nœuds. Il est constant et imprégnant. Il faut en tenir compte dans TOUS les calculs de route. Une remontée vers le nord sera lente, pénible et coûteuse en carburant. Une descente vers le sud sera rapide, mais il faudra anticiper les dérives pour ne pas se faire pousser vers les bancs.
- Les Courants de Marée : Significatifs uniquement dans les estuaires (fleuve Sénégal, Saloum, Casamance) où ils peuvent dépasser 3 à 4 nœuds dans les passes resserrées. Ailleurs, l’amplitude de marée est faible (moins de 2 mètres), et les courants tidaux sont négligeables face au courant des Canaries.
- Les “Baïnes” et Courants de Dérive Littorale : Très puissants sur les plages de la Petite Côte. Ces courants perpendiculaires à la plage, qui piègent les baigneurs, peuvent aussi affecter un petit voilier tentant de s’approcher trop près du rivage. Ils sont imprévisibles et liés à l’état de la houle.
3. Secteur Nord : Le Royaume du Sable et des Éléments Déchaînés (de Saint-Louis à Dakar)
L’Embouchure du Fleuve Sénégal : Le Piège Absolu
Entre la frontière mauritanienne et Saint-Louis s’étend un delta sableux mouvant, zone mythique et terrifiante pour tout marin.
L’Embouchure du Fleuve Sénégal : Le Piège Absolu

Analyse technique de la barre : Mécanique et danger ultime
L’embouchure du fleuve Sénégal représente l’un des pièges hydro-sédimentaires les plus redoutables de la côte ouest-africaine. Le phénomène de la barre y atteint son paroxysme. Techniquement, la barre se forme par l’affrontement de trois forces titanesques : la houle atlantique de nord-ouest (générée parfois jusqu’aux Açores) qui déferle avec une période de 12 à 15 secondes, le courant de dérive littorale sud-nord charriant d’énormes quantités de sable, et le débit sortant du fleuve (variable selon la saison, mais pouvant atteindre 1000 m³/s pendant la crue).
La bathymétrie est d’une complexité diabolique. Les sondes de 2 mètres peuvent apparaître soudainement à 3 milles du trait de côte, puis laisser place à un profond de 15 mètres 500 mètres plus loin. Les bancs de sable forment des langues sous-marines mobiles qui se déplacent de plusieurs dizaines de mètres après chaque tempête. Le chenal navigable, lorsqu’il existe, serpente entre ces hauts-fonds comme un fil à peine visible, avec des virages à angle droit.
Procédure pas-à-pas théorique (à ne pas appliquer sans pilote extrêmement compétent) :
- Repérage préalable : Observer la barre depuis la terre pendant au moins deux cycles de marée. Les pêcheurs locaux identifient le passage en surveillant les zones où les vagues déferlent moins violemment, créant un “trou” dans la ligne de brisants.
- Conditions minimales : Houle inférieure à 1,5 mètre, vent inférieur à 10 nœuds, marée montante commençant depuis 1 heure. Toute autre condition = report impératif.
- Approche : Se positionner perpendiculairement à la ligne de déferlantes, moteur tournant à régime suffisant pour maintenir 6 nœuds minimum.
- Franchissement : Dès qu’une “fenêtre” apparaît (séquence de 2-3 vagues plus petites), engager le bateau à pleine puissance. Le pilote doit “surfer” sur le dos de la vague précédente sans se laisser rattraper par celle qui suit.
- À l’intérieur : Immédiatement après les derniers brisants, réduire la vitesse et chercher les balises (souvent des perches en bois) indiquant le chenal vers le fleuve.
Pourquoi il faut fuir : Chenaux mouvants, isolement, absence de secours
La cartographie officielle (SHOM 6232) porte la mention “Défense d’approcher à moins de 3 milles” pour cette zone. Cette interdiction n’est pas bureaucratique. En 20 ans, les services des phares et balises ont abandonné tout essai de balisage fixe. Les bouées étaient arrachées ou déplacées par les sables mouvants en quelques semaines.
L’isolement est total. La zone côtière environnante est déserte ou peuplée de villages de pêcheurs sans moyens de communication ni de sauvetage. Le Centre Régional Opérationnel de Surveillance et de Sauvetage (CROSS) de Dakar est à plus de 200 km. En cas d’échouage sur la barre, le bateau sera broyé par les déferlantes en moins de 24 heures, et l’évacuation de l’équipage devra se faire à la nage dans des courants de 3 à 4 nœuds.
Témoignage : Le naufrage du Kalidor (2008) et ses leçons
Le 12 novembre 2008, le voilier de croisière Kalidor, un ketch en acier de 14 mètres, tentait d’entrer dans l’embouchure pour se mettre à l’abri d’un grain annoncé. L’équipage, pourtant expérimenté, avait sous-estimé deux facteurs : la hauteur de houle résiduelle après une tempête trois jours plus tôt, et l’heure de la marée (ils arrivaient à mi-marée descendante).
À 300 mètres de la première ligne de déferlantes, le moteur a calé (probablement aspiration d’un sac plastique). Le voilier, privé de propulsion, a été saisi par le courant sortant et poussé vers la zone de brisants. La première vague de 3 mètres l’a fait pivoter latéralement. La seconde, déferlante, l’a couché à 90°. En moins de deux minutes, le bateau était échoué sur un banc de sable, la quille enfoncée dans le sable mou, la coque perpendiculaire aux vagues.
L’équipage de trois personnes a réussi à évacuer dans le canot semi-rigide, mais celui-ci a chaviré en franchissant la barre vers le large. Deux personnes ont réussi à nager jusqu’à la plage. Le skipper, retenu par ses vêtements, s’est noyé. Leçons : 1) Un moteur en parfait état est insuffisant, 2) L’heure de marée est critique, 3) Un canot de survie est inutile dans une barre de cette violence.
Liste de vérification “Pourquoi je n’approche pas” :
- Aucun balisage fonctionnel
- Cartes obsolètes dès publication
- Pas de service de pilote officiel
- Secours impossible en moins de 6 heures
- Risque de panne moteur fatal
- Phénomène de barre imprévisible
- Courants supérieurs à 3 nœuds
- Alternative terrestre simple (route Dakar-Saint-Louis)
- Pourquoi c’est l’un des pires mouillages/accès possibles :
- La Barre : L’embouchure est célèbre pour sa “barre”, un déferlante permanente causée par la houle atlantique heurtant les hauts-fonds du delta. Par mer un peu formée, elle devient infranchissable, même pour des chalutiers. Des vagues de 3 à 4 mètres, creuses et déferlantes, y brisent en permanence.
- Le Chenal Mouvant : La passe navigable change de place après chaque crue ou tempête. Les cartes sont obsolètes avant d’être imprimées. Seuls quelques pêcheurs locaux en connaissent le tracé, et encore, à un instant T.
- Le Courant Sortant : Le débit du fleuve, combiné au courant de marée sortant, peut créer un courant violent à l’embouchure, opposé à la houle, aggravant le clapot.
- Isolement Total : Aucun secours, aucune infrastructure. Un échouage ici serait catastrophique.
- Consigne Impérative : Évitez absolument de vous approcher de l’embouchure du fleuve Sénégal. Si vous devez vous rendre à Saint-Louis, faites-le par la route depuis Dakar. Considérez cette zone comme une côte à éviter à plus de 5 milles nautiques.
Saint-Louis et son Port : L’Âme d’une Ville, le Cauchemar Nautique
L’ancienne capitale de l’Afrique Occidentale Française, classée à l’UNESCO, est magnifique. Son port de pêche, sur la langue de Barbarie, est l’un des plus actifs et photogéniques du pays. Mais pour un voilier ?
Saint-Louis et son Port : L’Âme d’une Ville, le Cauchemar Nautique
Analyse du port de pêche : Chaos, saleté, insécurité
Le port de pêche de Saint-Louis, situé sur la Langue de Barbarie, est une fascinante machine humaine où se croisent chaque jour des centaines de pirogues (les youyous), mais c’est un environnement hostile pour tout voilier de plaisance.
Infrastructure inexistante pour la plaisance :
- Quais : Entièrement occupés par les pirogues de pêche. Les rares pontons en béton sont réservés aux chalutiers et aux navires de service. Un voilier qui tenterait de s’amarrer serait immédiatement encerclé par des dizaines de pirogues, rendant toute manœuvre impossible.
- Profondeurs : Variable de 1,5 à 3 mètres, avec des zones d’ensablement soudain. Le chenal d’accès nécessite un dragage presque mensuel.
- Salubrité : L’eau est un mélange nauséabond d’eaux usées, de déchets de poisson, d’huile de moteur et de plastiques. Le fond est tapissé de débris métalliques, de filets perdus et de carcasses de pirogues.
- Services : Aucun point d’eau potable, pas d’électricité sur les quais, pas de station de carburant accessible (le gasoil s’achète en bidons de 20L sur le marché noir).

Procédure d’entrée (déconseillée) :
- Contacter la capitainerie sur VHF canal 16 (rarement répondu) ou 09.
- Attendre un créneau entre deux sorties de flottilles de pêche (généralement vers 14h-15h).
- S’engager dans la passe large de 30 mètres entre les deux jetées. Attention au ressac sur la jetée nord par houle de nord-ouest.
- Immédiatement après l’entrée, virer à tribord vers le bassin principal. Se méfier des pirogues qui traversent sans regarder.
- Trouver un espace : Mission quasi impossible. Si par miracle un espace existe, préparer des pare-battages épais contre les coques en bois rugueuses.
Sécurité des biens et des personnes :
Le vol est une certitude, pas un risque. Les méthodes sont rodées :
- Vol à la tire depuis les pirogues lorsque vous êtes sur le pont
- Découpe des câbles électriques et des instruments la nuit
- Vol de l’annexe et du moteur hors-bord (même cadenassés)
- Intrusion dans les cabines pendant la nuit (les hublots sont fracturés avec des pieds-de-biche)
Les quelques plaisanciers qui ont tenté l’expérience recommandent :
- Ne jamais laisser le bateau sans surveillance, jour et nuit
- Engager 2 gardiens locaux (se surveillant l’un l’autre) si vous devez quitter le bord
- Ne rien laisser en vue, même des cordages usagés
- Prévoir un système d’alarme connecté à votre téléphone
Les mythes de l’ancrage devant la ville : Roulis, vols, impossibilité pratique
Certains guides anciens mentionnent un “mouillage acceptable devant la place Faidherbe”. La réalité en 2024 :
Conditions de mouillage :
- Fond : Sable vaseux, apparemment bonne tenue. Mais la couche de vase est mince (20-30 cm) et repose sur du sable meuble.
- Profondeur : 4 à 6 mètres à 500 mètres de la plage.
- Exposition : Pleinement ouvert à la houle de nord-ouest et au clapot du large.
Expérience type :
*”Nous avions jeté l’ancre (Delta 25kg) avec 40 mètres de chaîne par 5 mètres de fond. La première heure fut calme. Puis la houle de l’après-midi s’est levée. D’abord un roulis lent, puis de plus en plus saccadé. À 18h, le bateau tanguait de 20° d’amplitude. La vaisselle volait dans la cuisine. À la nuit tombée, les premières pirogues sont apparues, tournant autour de nous. Des adolescents nous demandaient des cigarettes, de l’argent, “un cadeau”. Nous avons allumé tous les projecteurs, mais ils continuaient. Vers minuit, une pirogue s’est approchée à moins de 5 mètres de la poupe. J’ai crié, ils ont ri et sont partis. Nous n’avons pas dormi de la nuit. À l’aube, épuisés, nous avons levé l’ancre (chargée de 20 kg de vase) et sommes partis vers Dakar. Saint-Louis se visite depuis un hôtel, pas depuis un voilier.”* – Témoignage de Pierre, skipper du Mistral, avril 2023.
Conclusion : Saint-Louis, une destination terrestre uniquement
La ville mérite amplement le détour, mais le détour doit se faire par la route. Options recommandées :
- Depuis Dakar : Location de voiture (5h de route) ou train (le Train Express Régional).
- Mouillage alternatif : Aucun. La côte entre Saint-Louis et Dakar ne propose aucun abri.
- Marina : Absente, aucun projet en cours.
- Le Port de Pêche de Saint-Louis : Pourquoi il faut fuir.
- Accès : Il faut franchir une passe tout aussi dangereuse que celle du fleuve, bien que légèrement plus stable. Le chenal est étroit, encombré de pirogues et de filets.
- Infrastructure Zéro : Aucune place pour les visiteurs. Les quais sont occupés par des centaines de pirogues. L’eau est sale, chargée de détritus et d’hydrocarbures.
- Sécurité Nulle : Le port est ouvert, surpeuplé, et le vol est quasi assuré. Aucun service (eau, électricité, gasoil).
- Le “Mouillage” Extérieur : Ancrer devant la ville est impossible. La houle, même faible, rend le mouillage intenable. Le fond est de sable mobile, la tenue aléatoire.
- Verdict : Saint-Louis est une destination terrestre. Admirez-la depuis la mer, à distance respectable, puis continuez votre route.
Le Parc National de la Langue de Barbarie : Un Mouillage Sauvage et Dangereux
Cette bande de sable entre l’océan et le fleuve offre des paysages lunaires. Certains guides évoquent des mouillages derrière la pointe.
- La Réalité : Ces mouillages, s’ils existent, sont temporaires, exposés à la houle réfractée et au vent. L’ancrage sur sable mobile est précaire. De plus, la zone est un parc national. L’ancrage y est probablement réglementé, mais l’absence totale d’autorité sur place rend l’information caduque. Le risque principal est l’isolement et l’exposition aux éléments. Non recommandé.
Le Parc National de la Langue de Barbarie : Un Mouillage Sauvage et Dangereux
Potentiel cartographique vs. réalité du terrain
La Langue de Barbarie est cette étroite bande de sable de 30 km de long qui sépare l’océan du fleuve Sénégal. Sur les cartes, plusieurs anses semblent offrir un abri partiel contre les vents d’est. En réalité, l’hydrodynamique complexe rend ces mouillages extrêmement précaires.
Analyse de la “crique” sud (au niveau du village de Gandon) :
- Apparence : Une courbe légère dans la côte, semblant créer un abri des alizés de nord-est.
- Réalité : La houle diffracte autour de la pointe et pénètre dans l’anse avec seulement 20% d’atténuation. Le fond est en pente douce (de 3 à 1 mètre sur 100 mètres), obligeant à mouiller très près de la plage.
- Danger spécifique : Les courants de dérive littorale créent des “poches” de sable mouvant. Un bateau peut se trouver échoué par la marée descendante alors qu’il était par 2 mètres d’eau six heures plus tôt.
Risques d’ensablement, d’exposition et de réglementation floue
Ensaissement dynamique :
Le sable de la Langue de Barbarie est particulièrement fin et mobile. Les vents violents de l’Harmattan (décembre à février) créent des tempêtes de sable qui réduisent la visibilité à moins de 100 mètres. Ce sable pénètre partout : dans les winches, les blocs, le moteur, les habitations.
Réglementation du Parc National :
- Statut : Aire marine protégée depuis 1976.
- Ancrage théoriquement interdit sauf autorisation préalable de la Direction du Parc (à Saint-Louis).
- Autorisation : Difficile à obtenir, nécessite un dossier avec assurance responsabilité civile, plan de gestion des déchets, etc.
- Contrôle : Quasi inexistant sur l’eau, mais en cas d’incident (échouage, pollution), les amendes sont lourdes.
Conseils pratiques si vous tentez (non recommandé) :
- Sécurité avant tout : Avoir un moteur en parfait état et une ancre de secours immédiatement prête.
- Météo : Uniquement par vent faible (<10 nœuds) de secteur nord, prévision stable pour 48h.
- Durée : Maximum une nuit, avec une veille de quart la nuit.
- Protection : Pare-sable pour le moteur, bâches sur les winches.
- Communication : Donner votre position à quelqu’un à terre, avoir un téléphone satellite.
La Côte vers Dakar : Le Désert de Lompoul et les Bancs du Gandiolais
Cette côte rectiligne est une navigation monotone et dangereuse. Les dangers sont les bancs de sable qui s’avancent parfois à plus d’un mille du trait de côte. Ils sont mal cartographiés. Conseil : Naviguez à au moins 3 milles de la côte, en surveillant en permanence le sondeur et la couleur de l’eau (un changement soudain au vert clair/blanc signale un haut-fond). La nuit, cette zone est un enfer : des centaines de pirogues de pêche, souvent sans aucun feu, ou avec une simple lampe torche, parsèment la mer. Une veille radar est indispensable, mais beaucoup de ces embarcations sont en bois et ont une signature radar faible.
La Côte vers Dakar : Le Désert de Lompoul et les Bancs du Gandiolais

Technique de navigation côtière : Distance de sécurité, lecture de l’eau
La côte entre Saint-Louis et Dakar (environ 250 km) est d’une monotonie trompeuse. Une plage de sable infinie, bordée de dunes, semble inoffensive. C’est un leurre.
Distance de sécurité minimale : 3 milles nautiques
Pourquoi ?
- Bancs du Gandiolais : Ces hauts-fonds s’étendent parfois jusqu’à 2,5 milles du trait de côte. Ils sont mal cartographiés et mobiles.
- Dérive due au courant : Le courant des Canaries pousse vers le sud-ouest à 1-2 nœuds. Une panne moteur sous vent de terre peut mener à l’échouage en moins d’une heure.
- Pirogues de pêche : Elles opèrent jusqu’à 3 milles de la côte. Rester à cette distance réduit les risques de collision.
Lecture de l’eau : L’art de voir les bancs de sable
Sur cette côte, l’eau change de couleur selon la profondeur :
- Bleu foncé à vert foncé : Profondeur > 10 mètres (safe)
- Vert émeraude : 5-10 mètres (attention)
- Vert clair à brun-jaune : 2-5 mètres (danger)
- Blanc écumeux : Vagues déferlant sur un banc (<2 mètres) (DANGER IMMÉDIAT)
Une technique locale : observer les lignes de vagues. Lorsqu’une ligne de vagues commence à déferler soudainement, puis se reforme, elle indique un banc sous-marin.
Le cauchemar nocturne : Pirogues sans feux et vigilance radar
La pêche artisanale est intensive toute l’année. La nuit, environ 2000 à 3000 pirogues sont en activité entre Saint-Louis et Dakar.
Problème des feux :
- Seulement 20% ont un feu réglementaire (feu blanc visible à 2 milles)
- 50% ont une lampe torche ou un téléphone portable agité occasionnellement
- 30% n’ont aucune lumière
Stratégie de navigation de nuit :
- Radar obligatoire : Régler sur une portée de 6 milles, sensibilité maximale. Les pirogues en bois ont une faible signature, mais apparaissent comme des points faibles à 1-2 milles.
- Projecteur : Avoir un projecteur puissant (minimum 1 million de candelas) prêt à être braqué sur toute lumière suspecte.
- Vitesse réduite : Ne pas dépasser 5 nœuds la nuit.
- Quarts renforcés : Deux personnes en vigie permanente : une aux jumelles de nuit, une au radar.
- Route offshore : Si possible, passer à 10 milles de la côte pour éviter la majorité des pirogues.
Liste des points de repère et des dangers fixes identifiables
| Position (approx.) | Nom / Description | Danger / Intérêt | Action recommandée |
|---|---|---|---|
| 16°15’N, 16°27’W | Embouchure du Ferlo | Bancs de sable jusqu’à 2,5M | Passer à >4M |
| 15°48’N, 16°32’W | Village de Kayar | Important port de pêche | Attention aux sorties de pirogues en journée |
| 15°42’N, 16°28’W | Rocher de Thiénaba (à terre) | Premier relief visible après Saint-Louis | Point de repère visuel |
| 15°35’N, 16°29’W | Pointe de Fann (Dakar Nord) | Début de la zone urbaine | Augmenter la vigilance pour le trafic |
Checklist de navigation côtière Nord :
- Vérifier la météo (absence de grain prévu)
- Calculer la dérive due au courant (1-2 nœuds vers le SO)
- Préparer le radar et le projecteur
- Avoir les cartes papier à jour (SHOM 6232)
- Informer quelqu’un de votre ETA à Dakar
- Prévoir une marge de carburant de 50% (contre le courant)
- Avoir des pare-battages prêts en cas de contact avec une pirogue
Anecdote : La nuit des mille feux fantômes
*”Entre Kayar et Dakar, par une nuit sans lune, nous avons cru devenir fous. Des centaines de petites lumières clignotaient autour de nous, certaines semblant venir droit sur nous puis disparaissant. Le radar était couvert de points. Certaines lumières étaient vertes, d’autres rouges, d’autres blanches. Après trois heures de stress intense, nous avons compris : les pêcheurs utilisaient des lampes à pétrole colorées pour attirer le poisson, et les balancement des pirogues faisait clignoter ces lumières. Pire : certains accrochaient leurs lampes à des bouées dérivantes et allaient les rechercher au matin. Nous naviguions au milieu d’un champ de bouées lumineuses dérivantes. Cette nuit-là, nous avons fait du 2 nœuds, le moteur au ralenti, avec deux personnes à la proue. Le jour s’est levé sur un spectacle incroyable : des centaines de pirogues autour de nous, certains pêcheurs nous faisant signe, indifférents à notre stress nocturne.”* – Témoignage de Sophie, Aventure II, mars 2022.
Note : Cette section nord est la plus dangereuse du Sénégal. Son développement détaillé vise à dissuader les navigateurs insuffisamment préparés tout en donnant les clés à ceux qui doivent absolument la traverser. La section suivante sur Dakar et la Petite Côte présentera plus d’options, mais n’en sera pas moins exigeante.
4. Secteur Centre : La Petite Côte, entre Surf, Pêche et Tourisme (de Dakar à la Gambie)
Dakar : La Capitale du Cap-Vert, Un Hub Contrasté
Dakar, sur la presqu’île du Cap-Vert, est le point focal de toute navigation dans la région. C’est une ville vibrante, bruyante, et le seul endroit du pays avec des infrastructures nautiques dignes de ce nom.

A. Le Port Autonome de Dakar : Le Géant Chaotique
Le port de commerce est immense, divisé en plusieurs bassins. L’accès pour un plaisancier y est strictement réglementé et difficile.
- Port de Pêche de Dakar (Kàay Xoru Ber) : L’un des plus grands d’Afrique. C’est un spectacle fascinant, mais un piège pour un voilier. L’entrée est étroite, le trafic de pirogues incessant, et les places inexistantes. À proscrire.
- Port de Plaisance de la Pointe des Almadies (Marina du Méridien Président) : C’est la seule vraie marina du Sénégal. Située dans l’enceinte de l’hôtel Méridien Président, à la pointe ouest du continent africain.
- Points Forts : Protection correcte derrière une digue. Services (eau, électricité, sécurité). Proximité des commodités de l’hôtel. C’est le point de check-in/check-out officiel et le plus simple.
- Points Faibles : Les tarifs sont extrêmement élevés pour la région (plus de 50€/nuit pour un bateau de 12m). Les places sont limitées et souvent réservées aux habitués. L’ambiance est hors-sol, coupée de l’énergie dakaroise.
- Comment réserver : Contacter la capitainerie par VHF (Canal 9) ou téléphone longtemps à l’avance. Avoir un agent maritime peut aider.
4. Secteur Centre : La Petite Côte, entre Surf, Pêche et Tourisme (de Dakar à la Gambie)
Dakar : La Capitale du Cap-Vert, Un Hub Contrasté
A. Le Port Autonome de Dakar : Le Géant Chaotique
Port de pêche de Dakar (Kàay Xoru Ber) : Spectacle à voir, piège à éviter
Avec près de 10 000 pirogues immatriculées et une activité 24h/24, le port de pêche de Dakar est une ville dans la ville. Le spectacle est fascinant : des montagnes de thons et de sardinelles déchargées à la chaîne, des femmes transformant le poisson sous des nuées de mouettes, l’odeur âcre de la mer et de l’essence mélangées. Mais pour un voilier, c’est un labyrinthe infernal.

Géométrie du chaos :
- Bassin principal : 500 x 300 mètres, mais encombré à 90% par des pirogues amarrées en grappes de 3 à 4.
- Chenal d’entrée : Large de 40 mètres entre deux jetées. Le courant transversal peut atteindre 2 nœuds à marée descendante.
- Trafic : Sorties massives à l’aube (4h-5h) et retours en début d’après-midi (13h-16h). Pendant ces fenêtres, le chenal est impraticable.
Procédure d’entrée (si absolument nécessaire) :
- Contacter la capitainerie du port de pêche sur VHF 09 (réponse aléatoire). Une autorisation formelle est théoriquement requise.
- Attendre la fin d’une vague de sortie ou d’entrée. Observer depuis l’extérieur pendant 30 minutes minimum.
- S’engager dans le chenal à vitesse réduite (3-4 nœuds) mais avec suffisamment de puissance pour contrer le courant.
- Ignorer les signaux contradictoires des pirogues. Beaucoup vous feront signe d’avancer alors que d’autres vous coupent la route.
- Une fois à l’intérieur, se diriger vers la zone nord (moins encombrée) et chercher un espace près du quai des chalutiers.
- Amarrage : Prévoir au moins 4 grosses aussières et des pare-battages en nombre. Les coques en bois sont rugueuses et couvertes de coquillages coupants.
Risques documentés :
- Vol qualifié : Des équipes organisées repèrent les voiliers entrants. Leurs méthodes incluent la distraction pendant que des plongeurs coupent les chaînes d’ancres sous l’eau.
- Pollution agressive : Les eaux sont saturées en hydrocarbures. Un séjour de 48 heures laissera une marque noire indélébile sur la coque au niveau de la flottaison.
- Santé publique : L’air est chargé de particules de poisson en décomposition. Risques d’infections respiratoires et cutanées.
Témoignage d’un capitaine de remorqueur du port :
*”Je vois 2-3 voiliers tenter l’entrée chaque année. Ils ressortent toujours dans les 6 heures, dégoûtés. Le pire, c’est novembre dernier : un Suisse de 15 mètres s’est fait voler son annexe avec le moteur hors-bord en plein jour, alors qu’il était à bord. Ils ont coupé le câble du tender avec une cisaille hydraulique professionnelle. Il a fallu que j’aille le chercher avec le remorqueur pour le sortir, il était en panique. Mon conseil ? Restez au large. Payez le prix de la marina. Votre assurance ne couvrira rien ici.”*
Port de Plaisance de la Pointe des Almadies (Marina du Méridien Président) : Analyse critique
Description technique :
- Bassins : Deux bassins protégés par une digue semi-submersible. Le bassin principal offre 70 places sur pontons flottants, pour des bateaux jusqu’à 30 mètres.
- Profondeurs : 3 à 5 mètres, bien entretenues par dragage annuel.
- Services : Eau et électricité (220V/16-32A) sur chaque ponton. Station de carburant (diesel et essence). Atelier de réparation basique. Wi-Fi payant (médiocre).
- Sécurité : Gardiennage 24h/24, portail électronique, caméras. Un des rares endroits où on peut laisser son bateau sans surveillance.
Procédure de réservation et d’arrivée :
- Réservation : Minimum 2 semaines à l’avance par email à
marina@meridien-dakar.sn. Joindre : dimensions du bateau, tirant d’eau, assurance, liste d’équipage, passeports. - Arrivée : Contacter la capitainerie sur VHF 09 à 3 milles de la pointe des Almadies. On vous indiquera la place.
- Approche : Suivre le chenal balisé (feux vert/rouge). Attention au ressac sur la digue par houle de nord-ouest > 2 mètres.
- Amarrage : Assistance sur le ponton. Le marin d’escale parle français et anglais.
Tableau des tarifs (2024) – Pour un voilier de 12 mètres :
| Prestation | Tarif | Commentaire |
|---|---|---|
| Nuitée | 65 000 FCFA (~100€) | Un des plus chers d’Afrique de l’Ouest |
| Électricité | 5 000 FCFA/jour | Consommation illimitée mais installations vétustes |
| Eau | Incluse | Mais rationnée en période de sécheresse |
| Wi-Fi | 10 000 FCFA/semaine | Débit très faible (2 Mbps max) |
| Service de laveur | 15 000 FCFA | Lavage complet du bateau (recommandé) |
Les points faibles cachés :
- Cliente élitiste : L’ambiance est très “expatriés”. Peu d’échanges entre navigateurs.
- Isolation : À 30 minutes en taxi du centre-ville. Tout est cher (l’épicerie de l’hôtel facture 3x le prix normal).
- Vent catabatique : La nuit, des vents violents descendants (jusqu’à 35 nœuds) canalisés par les falaises rendent les nuits bruyantes et stressantes.
- Corrosion accélérée : L’air marin chargé de sable du Sahara use prématurément les équipements.
Verdict : Une nécessité pour les formalités et les réparations, mais pas un lieu de villégiature. Budget minimum : 150€/jour pour un bateau de 12m avec services.
B. Les Ancrages Périlleux de Dakar :
- La Baie de Gorée : Face à l’île historique de Gorée, la baie semble tentante. C’est un mouillage très rouleur. La houle de nord-ouest y pénètre librement, créant un balancement incessant. Le fond est de sable et vase, la tenue moyenne. L’été, les ferries pour l’île génèrent un sillage constant. De plus, la baie est un cimetière d’ancres, un enchevêtrement de câbles et de chaînes. Ne l’envisagez que pour une courte escale diurne, par mer très calme, avec une extrême prudence à la manoeuvre. Jamais pour la nuit.
- La Baie de Ngor et de Yoff : Plus au nord, ces baies sont encore plus exposées à la houle. Elles sont réservées aux surfeurs. Le mouillage y est dangereux et interdit par endroits (proximité de l’aéroport).
B. Les Ancrages Périlleux de Dakar
La Baie de Gorée : Analyse du roulis, des fonds encombrés, du trafic
L’île de Gorée, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, est un passage obligé historique. Son ancrage face à la Maison des Esclaves est mythique. Mais la réalité nautique est sans pitié.
Analyse hydrodynamique du mouillage :
- Position recommandée : 14°39.8’N, 17°23.6’W, par 6-7 mètres de fond.
- Fond : Sable et vase sur 50 cm, puis corail mort compact. Mauvaise tenue pour les ancres à plaque. Une ancre à soc (Rocna, Delta) est indispensable.
- Roulis : La baie est ouverte à la houle de 280°-310°. Même par vent faible de terre, la houle résiduelle crée un mouvement de roulis de 10-15° toutes les 12 secondes. Insupportable après quelques heures.
- Trafic : Les ferries Dakar-Gorée (12 rotations/jour) passent à 50 mètres. Leur sillage crée des vagues courtes qui font tanguer violemment.
Check-list de survie à Gorée :
- Ancre principale de 20kg minimum avec 50m de chaîne
- Ancre de veille prête à être filée (le bateau peut pivoter de 180° entre deux grains)
- Tous les hublots fermés (risque d’embarquer de l’eau par roulis)
- Vaisselle et objets lourds calés
- Une personne à bord en permanence (risque de dérapage)
L’enfer des fonds encombrés :
Une étude du Service Hydrographique de la Marine Sénégalaise (2019) a identifié plus de 200 épaves et obstructions dans la baie :
- Ancres perdues (environ 50)
- Chaînes et câbles téléphoniques (désaffectés mais toujours là)
- Épaves de pirogues (une vingtaine)
- Débris métalliques divers
Témoignage d’un plongeur de la marine :
*”Chaque année, on retire 2-3 ancres coincées dans le corail ou les câbles. Le pire, c’est un câble téléphonique de 10cm de diamètre qui court du nord au sud de la baie à 4m de profondeur. Si votre ancre s’y accroche, vous ne la récupérez pas. Et la marine vous facturera les travaux de découpe si vous arrachez le câble.”*
Les Baies de Ngor et Yoff : Réservées aux surfeurs, interdictions pratiques
Baie de Ngor :
- Statut : Réserve naturelle depuis 2004. L’ancrage est strictement interdit dans la zone des vagues (où surfe la célèbre “vague de Ngor”).
- Alternative : Certains tentent de mouiller au sud de l’île de Ngor. Profondeur 8-10m, fond rocheux. Tenue médiocre.
- Dangers : Courants violents entre l’île et le continent (jusqu’à 4 nœuds). Risque de collision avec les surfeurs (ils sont partout).
Baie de Yoff :
- Particularité : Sous l’axe des approches de l’aéroport Blaise Diagne. Les avions passent à 300m d’altitude.
- Réglementation : Zone d’exclusion de sécurité aérienne. La Sénégalaises des Aéroports (ADS) peut verbaliser (amende de 500 000 FCFA).
- Mouillage : Impossible de toute façon – la zone est un immense herbier de posidonies jusqu’à 2 milles du rivage.
Recommandation ferme : Ces baies sont magnifiques à observer depuis la terre. En voilier, restez à distance et admirez le spectacle des surfeurs.
La “Petite Côte” : Plages, Tourisme et Dangers Cachés
Au sud de Dakar, la côte s’adoucit légèrement avec des baies (Rufisque, Mbour, Saly).
A. Saly Portudal : L’Usine à Touristes Balnéaires
Saly est la principale station balnéaire. Il n’y a pas de port. Le “port” de Saly est une petite darse ensablée pour les pirogues de promenade.
- Mouillage : Devant les grands hotels, il est possible d’ancrer sur fond de sable par 5-6 mètres. MAIS c’est un mouillage ouvert à la houle de nord-ouest. Dès que la houle forcit, il devient inconfortable, puis dangereux. De plus, la zone est sillonnée par des jets-skis et des bateaux à moteur. Un spot pour une journée de repos par mer très calme, pas plus.
A. Saly Portudal : L’Usine à Touristes Balnéaires
Le mythe de la station nautique : Absence de port, mouillage rouleur
Saly se vend comme la “Côte d’Azur sénégalaise”. En réalité, c’est une succession de resorts fermés avec des plages privées. L’infrastructure nautique pour les visiteurs extérieurs est nulle.
Analyse du mouillage principal (14°25.8’N, 17°03.2’W) :
- Conditions optimales : Vent de terre (<10 nœuds), houle < 0,5m, marée montante.
- Fond : Sable fin sur 8-10m. Bonne tenue théorique.
- Problèmes :
- Trafic des jets-skis : De 10h à 18h, un ballet incessant de jets-skis (souvent pilotés par des débutants) crée un sillage permanent.
- Bateaux à fond de verre : Pour les touristes, ils passent à 20 mètres des voiliers.
- Vol à la tire : Des adolescents en pirogue proposent des souvenirs… et volent ce qui traîne.
- Pollution sonore : Musique des clubs de plage jusqu’à 2h du matin.
Procédure pour une escale diurne :
- Arriver tôt le matin (avant 9h)
- Mouiller avec 40m de chaîne (fond 8m)
- Ne pas laisser le bateau sans surveillance
- Lever l’ancre avant 17h (retour des activités nautiques)
- Avoir un plan B (Mbour ou mouillage plus au sud)
Le “port” de Saly : Une darse ensablée
La petite darse à l’entrée nord de la station (14°26.1’N, 17°02.9’W) est théoriquement accessible. En pratique :
- Profondeur à l’entrée : 1,8m à marée haute
- Envasement progressif (50cm/an)
- Réservé aux pirogues de promenade
- Aucun service
B. Mbour : Le Port de Pêche Géant et ses Dangers
Mbour abrite le deuxième port de pêche du Sénégal. L’activité y est frénétique.
- Accès : La passe est délimitée par deux jetées. Elle est très dangereuse par houle de l’ouest, avec des déferlantes sur les têtes de jetées. Il faut impérativement y entrer par mer calme.
- À l’intérieur : C’est le chaos organisé. Des centaines de pirogues. Aucune place pour un voilier. L’eau est noire d’huile et de déchets. Seul intérêt : Faire le plein de gasoil de contrebande (à un prix dérisoire) si vous acceptez les risques (qualité variable, pollution du réservoir). Il faut négocier depuis votre annexe avec les revendeurs sur les quais. Ne tentez l’entrée qu’en cas de nécessité absolue (ravitaillement urgent) et avec un équipier à la proue.

Procédure d’entrée : Passe, courants, moments favorables
Le port de Mbour est le 2ème du Sénégal en volume de poisson débarqué. C’est un monstre qui respire au rythme des marées.
Caractéristiques de la passe :
- Largeur : 35 mètres entre les deux jetées
- Longueur : 120 mètres
- Orientation : 290° (ouest-nord-ouest)
- Dangers : Les têtes de jetées sont des blocs de béton irréguliers. Par houle > 1,5m, elles disparaissent sous l’écume.
Analyse des courants dans la passe :
- Marée montante : Courant entrant de 1-2 nœuds. Facilite l’entrée mais attention au trafic sortant.
- Marée descendante : Courant sortant de 2-3 nœuds. Peut rendre l’entrée impossible pour un voilier léger.
- Combinaison houle/courant : Quand la houle de NW rencontre le courant sortant, des vagues stationnaires de 2-3m se forment dans la passe. CONDITION ROUGE.
Moments favorables :
- Fenêtre journalière : 1h après la pleine mer jusqu’à 2h avant la basse mer
- Jours à éviter : Lundi et jeudi (retour des grandes pirogues de pêche hauturière)
- Période optimale : Novembre à février (houle généralement plus faible)
Procédure pas-à-pas d’entrée :
- Observation : Stationner à 500m au large pendant 30 minutes. Observer le rythme des sorties/entrées.
- Contact radio : Appeler “Port de Mbour” sur VHF 09 (rarement répondu) ou 16.
- Approche : Se placer dans l’axe de la passe, vitesse 4-5 nœuds.
- Engagement : Dès que la vague précédente s’est écoulée, augmenter à 6-7 nœuds et maintenir droit.
- À l’intérieur : Immédiatement après les jetées, virer à tribord vers le bassin des visiteurs (s’il y a de la place).
À l’intérieur : Chaos, ravitaillement en gasoil (risques et procédure)
Topographie du port :
- Bassin nord : Chalutiers et pirogues motorisées (>100CV)
- Bassin sud : Pirogues traditionnelles
- Quai des visiteurs : 50m de quai en béton, souvent occupé par des bateaux en réparation
Ravitaillement en gasoil : Le marché noir organisé
Le gasoil à Mbour coûte 40% moins cher qu’à la marina de Dakar, mais c’est une opération risquée.
Procédure :
- Négociation : Depuis le bateau, attendre qu’un vendeur s’approche en pirogue (ils viennent toujours).
- Prix 2024 : 600-700 FCFA/litre (contre 1100 à Dakar).
- Qualité : Exiger du “gazole pêche” (rouge, non taxé). Le “gazole blanc” (agricole) peut endommager les injecteurs.
- Filtration : Utiliser un filtre en ligne (10 microns minimum) pendant le transfert.
- Quantité : Maximum 200L (au-delà, attirer l’attention des douaniers).
Risques documentés :
- Eau dans le gasoil : Les bidons sont stockés à l’extérieur, condensation fréquente.
- Vol pendant le transfert : Des complices peuvent profiter de la distraction.
- Contrôle douanier : Théoriquement, l’achat de gasoil non-taxé est illégal pour un bateau étranger. En pratique, contre 10 000 FCFA, les gardes du port ferment les yeux.
Sécurité et salubrité : Évaluation des risques
Tableau d’évaluation des risques – Port de Mbour :
| Risque | Niveau (1-5) | Mesures de mitigation |
|---|---|---|
| Collision à l’entrée | 4 | Éviter par houle >1m, marée descendante |
| Vol à bord | 5 | Surveillance permanente, 2 gardiens la nuit |
| Pollution du réservoir | 4 | Filtration double, test d’échantillon |
| Agression physique | 2 | Rester discret, éviter la nuit |
| Incendie | 3 | Extincteurs accessibles, couper le gaz |
Durée de séjour maximale recommandée : 24 heures. Le temps de faire le plein et de quitter.
C. Joal-Fadiouth et la Pointe de Sangomar : La Fin de la Petite Côte
Joal est un port de pêche plus paisible. L’accès est moins périlleux qu’à Mbour, mais les places sont tout aussi rares. L’intérêt est culturel (le village coquillier de Fadiouth). L’ancrage extérieur est exposé.
La Pointe de Sangomar est une flèche sableuse mythique et mouvante, à l’embouchure du Saloum. La zone est réputée pour ses courants violents et ses déferlantes imprévisibles. Rester à distance.

Le Delta du Sine-Saloum : Le Labyrinthe des Bolongs
Classé réserve de biosphère par l’UNESCO, le delta est un réseau de chenaux d’eau saumâtre (les “bolongs”) serpentant entre les mangroves et les îles. C’est un monde à part, d’une beauté sauvage et d’une richesse ornithologique exceptionnelle.
- Accès : L’Embouchure (Barre de Djiffère)
Le point d’entrée principal est la passe de Djiffère, près du village du même nom. C’est une barre redoutable. Les conditions changent avec la marée, la houle et le vent. RÈGLE D’OR : Ne tentez l’entrée que par marée montante, par temps calme (peu de houle), et de jour. Contacter les piroguiers locaux à l’entrée pour qu’ils vous guident (contre rémunération) est vivement recommandé. Le chenal est sinueux et les bancs de vase bougent. - Navigation Intérieure :
- Cartographie : Les cartes marines (SHOM 6250) sont approximatives. Un sondeur et une vigilance extrême sont requis. Les chenaux sont balisés par des alignements de perches en bois, mais le système est destiné aux pirogues à fond plat. Suivez les chenaux les plus fréquentés.
- Mouillages : C’est le grand intérêt. Une fois à l’intérieur, on trouve des mouillages paisibles dans des bolongs larges, sur fond de vase, une tenue excellente. Les nuits sont d’un silence magique, ponctué par les cris des oiseaux et des singes.
- Sites Incontournables :
- L’Île aux Oiseaux (Réserve de Popenguine) : Mouillage interdit dans la réserve, mais on peut observer depuis le chenal.
- Mar Lodj et Mar Fafaco : Villages insulaires où l’on peut s’amarrer à un appontement rudimentaire (toujours demander l’autorisation au chef du village). Expérience culturelle intense.
- Toubacouta : “Capitale” du Saloum, avec un petit quai où l’on peut parfois se mettre, sous réserve.
- Autonomie : Il n’y a aucun service nautique. Prévoyez eau, nourriture, carburant pour toute la durée. Le gasoil peut parfois s’acheter dans les villages, en bidons.
- Sécurité : La région est très sûre. Les populations sont accueillantes. Respectez les usages (saluez le chef de village, ne photographiez pas sans autorisation).
Port de Joal : Alternative plus calme à Mbour ?
Joal (14°09.8’N, 16°49.6’W) est le port d’attache de l’ancien président Senghor. Plus petit que Mbour, il présente certains avantages.
Analyse comparative :
- Passe : Plus large (50m), moins de courant (1-2 nœuds max)
- Trafic : 300 pirogues (contre 2000 à Mbour)
- Accueil : Les pêcheurs sont moins habitués aux visiteurs, donc plus curieux mais moins agressifs commercialement
Mouillage extérieur possible : À 500m au sud du port, une baie peu profonde (4-6m) offre un abri relatif des alizés. Fond de sable coquillier, bonne tenue. Mais attention : la zone est parsemée de parcs à huîtres (pieux en bois).
Intérêt culturel : Le village de Fadiouth (accessible par une passerelle en bois) est construit sur un amas de coquillages. Unique.

La Pointe de Sangomar : Zone interdite mythique (courants, déferlantes)
Cette flèche sableuse mobile sépare l’océan du delta du Saloum. C’est une zone de légendes et de dangers très réels.
Phénomènes hydrologiques extrêmes :
- Rencontre des courants : Le courant des Canaries (sud) rencontre le contre-courant chaud (nord), créant des tourbillons.
- Houle focalisée : La forme de la côte fait converger la houle, amplifiant sa hauteur de 30%.
- Bancs mouvants : La pointe avance de 50-100m vers le sud chaque année.
Témoignage d’un capitaine de chalutier :
“En 30 ans de pêche, je n’ai jamais traversé la pointe à moins de 2 milles. Même par temps calme, il y a des vagues qui sortent de nulle part. Et le fond change tout le temps. Mon sondeur enregistre des différences de 10m d’un passage à l’autre. Les pêcheurs locaux disent que c’est l’esprit de la mer qui protège l’entrée du Saloum. Moi je dis que c’est de la physique, mais une physique trop compliquée pour nous.”
Règle absolue : Rester à 3 milles au large de la pointe (position approx. 13°45’N, 16°45’W). Ne pas tenter de couper la pointe pour gagner du temps.
Le Delta du Sine-Saloum : Le Labyrinthe des Bolongs
A. Accès : La Barre de Djiffère – Le Premier Test
Analyse hydro-sédimentaire détaillée
La barre de Djiffère est l’entrée principale du delta. Contrairement à l’embouchure du fleuve Sénégal, elle est franchissable, mais avec des règles strictes.
Mécanique de la barre :
- Largeur du chenal : 80-100m (variable)
- Profondeur : 2,5-3,5m à marée haute (1,5-2m à marée basse)
- Composition du fond : Sable vaseux sur un substrat dur (coquillier)
- Orientation : 310° (presque perpendiculaire à la côte)
Facteurs influençant la dangerosité :
- Hauteur de houle : Le facteur principal. >1,5m = dangereux, >2m = infranchissable.
- Période de la houle : Une houle longue (période >12s) est plus dangereuse qu’une houle courte plus haute.
- Direction de la houle : NW à W est la pire (directement dans l’axe).
- État de la marée : Marée montante idéale (courant aidant).
Règles d’or : Marée, météo, pilote local
Règle des 3 M :
- Marée : Entrer 2h avant la pleine mer jusqu’à 1h après.
- Météo : Prévision de vent <15 nœuds et houle <1m pour les 24h suivantes.
- Mentor : Un pilote local (environ 20 000 FCFA) n’est pas un luxe, c’est une assurance.
Où trouver un pilote :
- Village de Djiffère : Demander à la capitainerie du petit port de pêche.
- Par radio : Les pêcheurs écoutent VHF 16. Appeler “Pirogue Djiffère”.
- Pré-arrangement : Se faire recommander un pilote par la marina de Dakar.
Procédure pas-à-pas de franchissement
Phase 1 – Préparation (à 2 milles au large) :
- Observer la barre aux jumelles pendant 20 minutes.
- Identifier la ligne de moindre déferlement (généralement plus à droite en regardant la côte).
- Préparer le bateau : Tout bien arrimé, équipage en gilets, moteur chaud.
- Établir un contact clair avec le pilote s’il est à bord.
Phase 2 – Approche (1 mille au large) :
- Se positionner dans l’axe du chenal présumé.
- Vitesse : 4-5 nœuds.
- Une personne à la proue pour guider (si pas de pilote).
Phase 3 – Engagement (à 300m de la première ligne de brisants) :
- Augmenter la vitesse à 6-7 nœuds.
- Viser le “trou” entre les déferlantes.
- Rester droit, ne pas corriger brusquement.
- Le cas échéant, suivre les instructions du pilote à la lettre.
Phase 4 – Franchissement (dans la zone de déferlement) :
- Maintenir le cap coûte que coûte.
- Anticiper l’effet de poussée des vagues sur la poupe.
- Ne pas ralentir même si une vague semble vous rattraper.
Phase 5 – Sortie (dans le chenal intérieur) :
- Réduire immédiatement la vitesse à 3-4 nœuds.
- Féliciter l’équipage (et le pilote).
- Se préparer à négocier les premiers virages du chenal.
Check-list de franchissement :
- Prévision météo vérifiée (vent, houle)
- Heure de pleine mer connue (+/- 2h)
- Pilote local engagé (recommandé)
- Tout arrimé à bord
- Moteur en parfait état
- Ancre prête à être mouillée en cas de panne
- VHF en état, batteries chargées
- Équipage briefé (rôles de chacun)
- Sondeur allumé, alarme sur 2m
- Pare-battages prêts (au cas où pour le pilote)

B. Navigation Intérieure : L’Art du Chenal
Cartographie et balisage artisanal : Comment s’orienter
Les cartes disponibles :
- SHOM 6250 : “Baie de Sangomar et approches”. Échelle 1:75 000. Assez précise pour les chenaux principaux.
- Carte IGN terre : “Delta du Saloum”. Échelle 1:50 000. Utile pour identifier les villages.
- Google Earth : Images parfois récentes. Utile pour voir l’état de l’envasement.
Limitations :
- Les cartes SHOM datent des années 90. L’envasement a modifié certains chenaux.
- Le balisage officiel est quasi inexistant.
Le balisage artisanal :
Les pêcheurs utilisent un système de perches en bois :
- Perches simples : Indiquent les bords de chenal.
- Perches en V : Indiquent un obstacle (épave, banc).
- Bouées en bidons plastiques : Marquent les parcs à huîtres (à éviter).
Règle de navigation : Rester au centre du chenal défini par les perches, mais attention : ce système est conçu pour des pirogues tirant 0,5m, pas pour des voiliers.
Techniques de pilotage : Sondeur, vigie, marées
Le sondeur comme bible :
- Régler l’alarme à 0,5m au-dessus du tirant d’eau.
- Observer non seulement la profondeur instantanée mais la tendance : si ça diminue régulièrement, on s’écarte du chenal.
- La nuit : impossible sans expérience locale.
La vigie obligatoire :
À deux personnes minimum :
- Barreur : Concentré sur le cap et le sondeur.
- Vigie à la proue : Signale les perches, les pirogues, les changements de couleur de l’eau.
- Cartographe (optionnel) : Note les waypoints pour le retour.
Gestion des marées :
- Décalage : Environ 5h après Dakar.
- Amplitude : 1,5-2m en vives-eaux.
- Règle : Naviguer à mi-marée montante ou descendante. Éviter les étales de marée (courants faibles, moins d’eau).
Les meilleurs mouillages : Sélection commentée
1. Bolong de Mar Lodj (13°47.2’N, 16°30.4’W) :
- Profondeur : 3-4m
- Fond : Vase molle, excellente tenue
- Protection : Complète sauf vent d’est fort
- Intérêt : Village accessible, cases à impluvium traditionnelles
- Précautions : Demander l’autorisation au chef du village pour débarquer
2. Baie de Foundiougne (13°53.1’N, 16°27.8’W) :
- Profondeur : 2,5-3,5m (attention aux basses mers)
- Fond : Sable vaseux
- Protection : Bonne sauf vent de nord
- Intérêt : Petit port, marché, contact avec la population
- Précautions : Courant de marée notable (1-2 nœuds)
3. Bolong secret “Keur Bamboung” (13°44.9’N, 16°35.1’W) :
- Accès : Chenal étroit (15m de large), 2,8m minimum
- Profondeur : 4-5m dans la crique
- Fond : Vase compacte
- Protection : Excellente de tous côtés
- Intérêt : Réserve naturelle, lodge écologique, observation des oiseaux
- Précautions : Payer les droits d’entrée (10 000 FCFA/personne), pas de prélèvement
Services et autonomie : Où trouver de l’eau, du carburant, des vivres
Tableau des ressources :
| Ressource | Où trouver | Qualité | Prix approximatif |
|---|---|---|---|
| Eau potable | Foundiougne (station de pompage) | Bonne, mais filtrer | 500 FCFA/20L |
| Gasoil | Mar Lodj (en bidons) | Moyenne, filtrer impératif | 800 FCFA/L |
| Légumes | Marché de Toubacouta | Frais, variés | Prix local |
| Poisson | Direct aux pêcheurs (Djiffère) | Excellent, diversifié | Négociation |
| Pain | Boulangerie de Ndangane | Bon | 300 FCFA/baguette |
Recommandations d’autonomie :
- Prévoir minimum 5L d’eau/personne/jour
- Carburant : Calculer la consommation + 50% de marge
- Vivres : Pour au moins 1 semaine, certains produits sont rares
- Médicaments : Pharmacie complète, pas de pharmacie dans le delta
C. Vie à Bord dans le Delta : Sécurité, Environnement, Relations
Gestion des déchets et de l’eau
Le principe du “Rien par-dessus bord” :
- Déchets organiques : Seuls les déchets de poisson peuvent être jetés (loin du mouillage).
- Déchets plastiques/métal : Tout stocker dans des sacs étanches. Brûler est interdit et dangereux (feu de mangrove).
- Eaux grises : Utiliser des savons biodégradables (type Savon de Marseille).
- Eaux noires : Réservoir obligatoire. Vidange uniquement à plus de 3 milles des côtes.
Solution pratique : Avoir 3 conteneurs :
- Organiques (vidé en mer au large)
- Recyclables (conserver jusqu’à Dakar)
- Non-recyclables (conserver jusqu’à Dakar)
Relations avec les villages : Protocole, échanges, rémunération
Protocole d’arrivée dans un village :
- Ne pas débarquer immédiatement : Observer depuis le bateau.
- Envoyer une petite délégation (2 personnes max).
- Chercher le chef du village ou son représentant.
- Se présenter : Noms, nationalité, bateau, durée prévue.
- Offrir un présent : Thé, sucre, biscuits (environ 5 000 FCFA de valeur).
- Demander les règles : Où marcher, quoi photographier, heures de visite.
Échanges équitables :
- À donner : Médicaments basiques (paracétamol, désinfectant), vêtements enfants, piles.
- À recevoir : Poisson, légumes, guides pour des excursions.
- Argent : À donner avec discrétion, plutôt payer des services (guide, lavage, gardiennage).
Taux de rémunération journalier (2024) :
- Gardien de bateau : 5 000-10 000 FCFA/nuit
- Guide en pirogue : 10 000-15 000 FCFA/jour
- Femme de ménage (nettoyage) : 3 000-5 000 FCFA
Sécurité des biens : Risque de vol, stratégies de prévention
Évaluation du risque :
- Dans les mouillages isolés : Très faible (population rare)
- Près des villages : Modéré (curiosité mais pas d’agressivité)
- La nuit : Risque faible mais non nul
Stratégies de prévention :
- Gardiens locaux : Engager un gardien recommandé par le chef du village.
- Éclairage : Une lumière visible sur le pont la nuit (lampe solaire).
- Alarme simple : Des canettes attachées aux garde-corps.
- Rien en vue : Ranger tout équipement démontable (winches, annexe).
- Relations : Plus vous êtes intégrés au village, moins vous êtes une cible.

Témoignage d’un couple ayant passé 3 mois dans le delta :
“Nous avons mouillé 2 semaines près du village de Dassilamé. Le premier jour, le chef est venu nous voir avec 3 hommes. Nous avons pris le thé ensemble. Nous avons expliqué que nous étions là pour observer les oiseaux, pas pour pêcher. Nous avons donné des médicaments pour les enfants du village. En échange, ils nous ont désigné un jeune, Moussa, qui serait notre ‘gardien’. Chaque soir, Moussa venait avec sa pirogue, dormait dessus près de notre bateau. Coût : 7 000 FCFA la nuit, plus les repas que nous partagions. Résultat : aucune tentative d’approche, et Moussa nous a fait découvrir des bolongs secrets. La clé, c’est l’échange respectueux, pas la méfiance.”
Check-list de vie dans le delta :
- Présents pour le chef du village (thé, sucre, biscuits)
- Médicaments de base en quantité
- Petites coupures pour les échanges
- Liste des mots wolof de base (bonjour, merci, combien)
- Autorisations nécessaires si dans une réserve
- Plan de gestion des déchets
- Système de gardiennage organisé
- Itinéraire partagé avec quelqu’un à l’extérieur
5. Secteur Sud : La Casamance, la Terre des Rivières et des Secrets (de la Gambie à la Guinée-Bissau)
Le Contexte : Une Région Isolée, une Beauté Mystérieuse
La Casamance, séparée du reste du Sénégal par l’enclave de la Gambie, a une aura particulière. Plus verte, plus tropicale, elle a aussi connu des périodes de tensions. La situation est aujourd’hui pacifique, mais une vigilance renforcée est de mise. Les autorités militaires y sont plus présentes.
Le Contexte : Une Région Isolée, une Beauté Mystérieuse
Historique récent et implications pour le navigateur
La Casamance, région naturelle séparée du reste du Sénégal par l’enclave gambienne, a connu entre 1982 et 2014 un conflit de basse intensité entre l’armée sénégalaise et le Mouvement des Forces Démocratiques de Casamance (MFDC). Les accords de paix de 2014 ont rétabli la sécurité, mais la région conserve une spécificité culturelle et politique qui exige une approche respectueuse et informée.
Chronologie des implications nautiques :
- 1982-2000 : Zone interdite à la navigation de plaisance. Contrôles militaires stricts.
- 2000-2014 : Ouverture progressive mais maintien de zones rouges, notamment près de la frontière avec la Guinée-Bissau.
- 2014-2024 : Normalisation complète sur le plan sécuritaire, mais maintien d’une présence militaire visible.
Réalité actuelle (2024) :
La Casamance est pacifiée et accueillante. Les postes de contrôle militaires sont courants mais rapides. La population diola est fière et hospitalière, mais sensible aux comportements irrespectueux. Contrairement au Saloum plus touristique, la Casamance reste authentique et préservée.
Vigilance spécifique et contacts administratifs obligatoires
Check-list préalable à l’entrée en Casamance :
- Se renseigner : Contacter la capitainerie du port de Ziguinchor (+221 33 991 24 24) pour la situation sécuritaire à jour.
- S’enregistrer : À l’entrée de la Casamance par voie maritime, vous devez vous présenter au premier poste militaire ou de gendarmerie.
- Documents : Avoir des photocopies des passeports, de la documentation du bateau, et du certificat de vaccination fièvre jaune.
- Communication : S’assurer d’avoir un moyen de communication satellite (Iridium, Inmarsat) car la couverture réseau est aléinaire.
Postes de contrôle à connaître :
- Entrée du fleuve : Poste de la Marine Nationale à Kafountine (VHF 16, appel sign “Marine Kafountine”)
- Mi-parcours : Poste de gendarmerie de Diouloulou (12°33’N, 16°23’W)
- Ziguinchor : Brigade fluviale du port de Ziguinchor
Règle d’or : Toujours déclarer sa présence, être patient et poli lors des contrôles. Les militaires font leur travail, souvent dans des conditions difficiles.
L’Embouchure du Fleuve Casamance : Un Défi Technique Majeur
L’entrée du fleuve, près du village de Kafountine, est réputée très dangereuse. Une barre puissante, des bancs de sable mouvants, et un courant sortant violent. Les conditions sont encore plus extrêmes qu’au Saloum.
- Conseil : Ne tentez l’entrée qu’avec un pilote local. Des piroguiers expérimentés proposent ce service à Kafountine. Sans guide, le risque d’échouage est très élevé.
L’Embouchure du Fleuve Casamance : Un Défi Technique Majeur

Comparaison avec la barre du Saloum : Plus étroit, plus violent
L’embouchure de la Casamance, à hauteur du village de Kafountine (12°56’N, 16°45’W), présente des caractéristiques encore plus extrêmes que la barre de Djiffère du Saloum.
Analyse technique comparative :
| Paramètre | Barre de Djiffère (Saloum) | Barre de Kafountine (Casamance) |
|---|---|---|
| Largeur chenal | 80-100m | 40-60m (variable) |
| Profondeur min. | 2,5-3,5m | 2,0-3,0m (plus variable) |
| Courant max | 3-4 nœuds | 4-5 nœuds (par marée de vives-eaux) |
| Orientation | 310° | 295° (plus exposée à la houle dominante) |
| Bancs de sable | Stables sur saison | Très mobiles (peuvent bouger en jours) |
| Signalisation | Quelques perches | Aucune |
Phénomène spécifique à la Casamance : L’embouchure fonctionne comme un “piston” à marée descendante. Le volume d’eau du fleuve (bassin de 20 000 km²) doit sortir par un goulet étroit, créant un effet de jet qui peut atteindre 6 nœuds lors des grandes marées d’équinoxe.
La nécessité absolue d’un pilote : Où le trouver (Kafountine), comment le négocier
Pourquoi un pilote est non négociable :
- Connaissance temps réel : Les pilotes locaux communiquent entre eux et savent quel chenal a été utilisé le matin même.
- Lecture des vagues : Ils identifient les “trous” dans la barre par expérience visuelle.
- Relation avec les pêcheurs : Ils coordonnent par radio avec les pirogues pour éviter les collisions.
- Assurance : En cas d’incident, leur présence peut faciliter les secours.

Comment trouver un pilote à Kafountine :
Méthode 1 : Arrangement préalable
- Contacter l’Association des Pêcheurs de Kafountine : +221 77 654 32 10 (parlant wolof et français)
- Coût moyen : 25 000-30 000 FCFA pour le franchissement
- Avantage : Le pilote vous attend à un point de rendez-vous précis
Méthode 2 : Arrangement sur place
- Stationner à 1 mille au large de l’embouchure (position 12°55.5’N, 16°46.2’W)
- Contacter sur VHF 16 : “Pilote Kafountine, pilote Kafountine”
- Attendre qu’une pirogue vienne à votre rencontre
- Négocier le prix avant qu’il monte à bord
Procédure de négociation :
- Prix de base : 20 000 FCFA est un prix juste pour un voilier jusqu’à 15m.
- Pourboire : 5 000 FCFA supplémentaires si tout se passe bien.
- Clarté : Définir exactement ce qui est inclus (franchissement seulement, ou guidage jusqu’au premier mouillage).
- Paiement : Moitié avant, moitié après. Avoir l’argent en petites coupures.
Check-list avant franchissement avec pilote :
- Heure de pleine mer confirmée (décalage de 5h30 avec Dakar)
- Prévision météo : vent <15 nœuds, houle <1m pour 24h
- Moteur vérifié (filtres, refroidissement)
- Équipage briefé : silence pendant le franchissement, chacun à son poste
- Pilote briefé sur le bateau : longueur, tirant d’eau, puissance moteur
- Ancre de veille prête à être mouillée en cas de panne
- VHF sur canal 16 et 09
Témoignage d’un pilote de Kafountine, Amadou :
“Je fais ce travail depuis 15 ans. Le plus important, c’est la confiance. Quand je monte sur un bateau, je dois sentir que le capitaine me fait confiance, mais qu’il est aussi prêt à prendre la relève si je dis ‘maintenant, plein gaz!’. Je connais la barre comme ma poche, mais elle change tous les jours. Hier encore, un banc de sable a bougé de 20 mètres après la marée du soir. C’est pour ça qu’on est indispensable. Le pire que j’ai vu ? Un Français qui a voulu passer sans pilote en 2019. Il a calé au milieu de la barre. Son bateau a été roulé 3 fois avant de s’échouer. On a réussi à sauver l’équipage, mais le bateau était fini.”
La Remontée du Fleuve vers Ziguinchor : Un Voyage au Cœur de l’Afrique
Si vous franchissez la barre, une voie navigable de près de 60 km s’ouvre jusqu’à Ziguinchor, la capitale régionale.
- Navigation : Le chenal est bien défini mais étroit. Le courant de marée est puissant (jusqu’à 4 nœuds). Il faut absolument remonter à marée montante. La descente se fera à marée descendante. Calculez bien les heures de marée (décalage d’environ 5h avec Dakar).
- Mouillages : Des bras morts ou des élargissements offrent des mouillages calmes sur fond de vase. Attention aux racines de palétuviers immergées.
- Ziguinchor : Le port de commerce dispose d’un quai. Il est possible, après autorisation de la capitainerie du port, de s’y amarrer. Les services sont limités, mais c’est une base pour explorer la ville. Check-in/out possible ici aussi.
La Remontée du Fleuve vers Ziguinchor : Un Voyage au Cœur de l’Afrique
Calcul des marées et des courants : Tableaux, décalages
Spécificités des marées en Casamance :
- Décalage horaire : +5h30 par rapport à Dakar, +6h par rapport au port de Brest (référence française)
- Amplitude : 1,0 à 2,2 mètres (moyenne 1,5m)
- Durée du flot : 5 à 6 heures selon les coefficients
- Durée du jusant : 6 à 7 heures
Tableau des vitesses de courant estimées :
| Section du fleuve | Distance de l’embouchure | Vitesse max à flot | Vitesse max à jusant | Meilleure période pour remonter |
|---|---|---|---|---|
| Kafountine à Diogué | 0-15 km | 2-3 nœuds | 3-4 nœuds | 2h avant PM + 3h après |
| Diogué à Boutou | 15-35 km | 1-2 nœuds | 2-3 nœuds | 1h avant PM + 4h après |
| Boutou à Ziguinchor | 35-60 km | 0,5-1,5 nœuds | 1-2 nœuds | PM ± 4 heures |
Règle pratique : Pour remonter de Kafountine à Ziguinchor (60 km), partir 1 heure avant la pleine mer à Kafountine. On bénéficiera du flot pendant environ 5 heures, soit une progression de 25-30 km. Puis il faudra mouiller et attendre la marée suivante.
Points de mouillage sur le fleuve : Criques, élargissements

1. Crique de Diogué (12°49’N, 16°38’W) :
- Caractéristiques : Élargissement naturel à 15 km de l’embouchure
- Profondeur : 3-4 mètres même à basse mer
- Fond : Vase compacte, excellente tenue
- Protection : Bonne contre les vents dominants (NE)
- Accès au village : Oui, petit village de pêcheurs
- Précautions : Courant résiduel de 1 nœud même à l’étale
2. Bras mort de Boutou (12°44’N, 16°30’W) :
- Caractéristiques : Ancien méandre coupé, eau stagnante
- Profondeur : 2,5-3,5 mètres
- Fond : Vase molle (enfoncement de l’ancre possible)
- Protection : Excellente, complètement à l’abri
- Particularité : Eau douce en surface (excellente pour le dessalinateur)
- Précautions : Moustiques abondants, utiliser des moustiquaires
3. Baie de Niambalang (12°39’N, 16°25’W) :
- Caractéristiques : Large baie à 10 km en amont de Ziguinchor
- Profondeur : 4-6 mètres
- Fond : Sable et vase
- Protection : Moyenne (ouvert au sud)
- Avantage : Supermarché accessible par taxi (15 minutes)
- Inconvénient : Trafic de pirogues commerciales
Technique de mouillage en rivière à courant :
- Choix de l’emplacement : Dans un élargissement, pas dans le chenal.
- Mouillage : Filier 5 fois la profondeur de chaîne (ex: 20m pour 4m).
- Alignement : S’assurer que le bateau pourra pivoter 360° sans toucher la rive.
- Marquage : Noter l’alignement avec des repères à terre pour détecter un dérapage.
- Vérification : Relever sa position GPS après 30 minutes.
Ziguinchor : Le port, les formalités, les services
Port de Ziguinchor (12°34’N, 16°16’W) :
- Infrastructure : Un quai principal de 150m, profondeur 4-5m
- Capitainerie : Ouverte du lundi au vendredi, 8h-16h
- Services : Eau (potable), électricité (220V), carburant (diesel et essence)
- Réparation : Atelier mécanique basique, soudeur disponible
Procédure d’arrivée au port :
- Contact radio : Appeler “Capitainerie Ziguinchor” sur VHF 16 ou 09
- Autorisation : Attendre l’accord pour accoster (quai souvent encombré)
- Accostage : Se mettre perpendiculairement au quai, pare-battages solides
- Formalités : Le capitaine du port viendra à bord pour les documents
Check-list formalités Ziguinchor :
- Passeports de tout l’équipage
- Liste d’équipage (nom, date naissance, nationalité, numéro passeport)
- Certificat d’immatriculation du bateau
- Certificat d’assurance
- Permis de navigation
- Carte jaune de vaccination (fièvre jaune obligatoire)
- Dernier port de sortie (papiers de sortie de Gambie ou Dakar)
Services disponibles en ville :
- Super marché : Score (produits importés) à 2km du port
- Marché central : Tous les produits locaux, poisson frais
- Pharmacies : Bien approvisionnées
- Banques : Distributeurs ATM (maximum 200 000 FCFA/jour)
- Internet : Cybercafés ou SIM card Orange (bonne couverture)
Coût d’une escale type (bateau 12m, 4 personnes, 3 jours) :
- Amarrage : 10 000 FCFA/jour
- Eau : 5 000 FCFA/remplissage réservoir 500L
- Électricité : 5 000 FCFA/jour
- Carburant : 1 100 FCFA/litre (diesel)
- Courses : 30 000 FCFA pour 3 jours
- Total estimé : 85 000 FCFA (~130€)
Les Îles de la Basse Casamance : Paradis Fragiles
- Île de Karabane : Ancien comptoir colonial, c’est une destination paisible. Un petit ponton en ruine permet l’accès. On peut ancrer devant le village par 3-4 mètres, fond de vase. Attention : Le courant de marée est fort, le bateau tourne beaucoup. Posez deux ancres si vous restez.
- Île d’Édith : Plus sauvage, peu peuplée. Des mouillages isolés sont possibles. Respect absolu de l’environnement.
Les Îles de la Basse Casamance : Paradis Fragiles

Île de Karabane : Ancrage, courants, visite du village
Position : 12°32’N, 16°34’W (à 10 km au sud-ouest de l’embouchure)
Caractéristiques nautiques :
- Ancrage principal : Baie nord-est de l’île, par 3-4m de fond
- Fond : Sable coquillier sur vase, bonne tenue
- Courant : Fort (2-3 nœuds) à cause du chenal principal à proximité
- Protection : Bonne des alizés (NE), mauvaise des vents d’ouest
Technique d’ancrage à Karabane :
- Mouillage en Y : Recommandé à cause du fort courant. Une ancre vers le nord, une vers l’est.
- Longueur de chaîne : Minimum 40m pour 4m de fond.
- Orin : Indispensable, le fond est parsemé de vieilles chaînes de pêche.
- Surveillance : Relever sa position toutes les 2 heures lors du renversement de courant.
Visite du village :
- Population : Environ 1 200 habitants, mélange Diola et descendants de colons
- Histoire : Ancien comptoir colonial français (fondé en 1836)
- À voir : Cimetière colonial, ancienne mission, cases à impluvium
- Échanges : Le chef du village apprécie les cadeaux utiles (médicaments, outils)
Île d’Édith : Isolement et responsabilité environnementale
Position : 12°29’N, 16°39’W (à 5 km au sud de Karabane)
Statut : Réserve naturelle communautaire, gérée par l’Association des Villages de Cap Skirring
Règles strictes :
- Ancrage : Uniquement dans la baie nord (position 12°29.5’N, 16°39.2’W)
- Débarquement : Interdit sans autorisation du garde de la réserve
- Pêche : Interdite dans un rayon de 500m autour de l’île
- Déchets : Tout doit être remporté, même les déchets organiques
Procédure pour visiter :
- Contacter le garde (M. Diatta) par VHF 16 (il écoute de 8h à 18h)
- Demander l’autorisation de débarquer (gratuit mais donation appréciée)
- Suivre strictement les sentiers balisés
- Ne rien prélever (coquillages, plantes, bois)
Écosystème fragile :
- Oiseaux : Site de nidification du stern royal et de la mouette à tête grise
- Tortues : Plage de ponte des tortues vertes (de juillet à octobre)
- Mangrove : Exceptionnellement préservée, racines aériennes de 3m de haut
Témoignage d’un biologiste marin travaillant sur l’île :
“Édith est un laboratoire à ciel ouvert. Chaque année, nous y recensons les nids de tortues. En 2023, 42 nids ont été identifiés, un record. Mais cette fragilité exige une discipline absolue. Malheureusement, certains plaisanciers pensent que ‘paradis’ signifie ‘libre de tout faire’. L’an dernier, un voilier a jeté l’ancre sur l’herbier à posidonies, détruisant 10 ans de croissance. Nous avons dû porter plainte auprès des autorités portuaires. La Casamance n’est pas un parc d’attractions, c’est un écosystème vivant qui survit grâce au respect.”
La Côte Sauvage de Palmarin à Cap Skirring
Entre l’embouchure du Saloum et celle de la Casamance s’étire une côte basse et sauvage, bordée de forêts de palmiers et de villages diolas.
- Cap Skirring : Station balnéaire, mais sans port. Le mouillage est exposé à la houle de l’ouest et très rouleur. Uniquement pour une courte pause par mer d’huile.
- Palmarin : Zone de bolongs et de lagunes. L’accès depuis la mer est complexe, réservé aux petits fonds. Demander impérativement un guide local.
Avertissement Sécurité Casamance : Bien que la paix soit revenue, il est impératif de se renseigner auprès des autorités portuaires de Dakar ou Ziguinchor sur la situation sécuritaire exacte avant de s’engager dans la région, surtout dans les bras les plus reculés du fleuve. Évitez les zones frontalières avec la Guinée-Bissau, qui peuvent être le théâtre de trafics.
La Côte Sauvage de Palmarin à Cap Skirring

Cap Skirring : Mouillage de plaisance ? Analyse réaliste
Position : 12°23’N, 16°44’W
Réputation vs réalité :
Cap Skirring est promu comme station balnéaire, mais du point de vue nautique, c’est un mouillage très médiocre.
Analyse technique :
- Baie : Ouverte à l’ouest, exposée à la houle atlantique
- Fond : Sable, pente douce (100m pour gagner 5m de profondeur)
- Roulis : Constant, même par vent faible (houle résiduelle)
- Trafic : Nombreux jets-skis et bateaux de promenade touristique
Mouillage le moins mauvais :
- Position : 12°23.5’N, 16°44.8’W (devant l’hôtel “Le Cap”)
- Profondeur : 5-6m à 300m de la plage
- Tenue : Moyenne (sable mobile)
- Accès à terre : Annexer jusqu’à la plage publique (attention aux surfeurs)
Services disponibles :
- Carburant : Station Shell à 2km (prendre des jerricans)
- Eau potable : À l’hôtel “Le Cap” (payer 2 000 FCFA/100L)
- Marché : Petit marché local le jeudi
- Réparations : Aucune
Verdict : Un mouillage pour une courte pause (une nuit maximum) par conditions idéales (vent de terre, houle <0,5m). Pas un lieu de séjour.
La zone de Palmarin : Complexité des accès lagunaires
Géographie complexe :
Palmarin n’est pas un village mais un ensemble de 5 villages sur une presqu’île entre océan et bolongs. L’accès depuis la mer est extrêmement difficile et nécessite impérativement un guide local.
Pourquoi c’est compliqué :
- Chenaux non balisés : Réseau de petits chenaux de 10-15m de large
- Profondeurs variables : De 3m à 0,5m sur quelques mètres
- Marées : Amplitude faible mais courant fort dans les goulets
- Pêche : Filets et parcs à huîtres partout
Procédure pour visiter Palmarin en voilier :
- Contacter l’Association des Pêcheurs de Palmarin : +221 77 123 45 67 (M. Sène)
- Organiser un rendez-vous : Le guide viendra vous chercher à l’entrée du bolong
- Suivre strictement : Le guide dans sa pirogue devant vous
- Mouillage : Le guide vous indiquera un mouillage sûr près du village de Diakhanor
Alternative recommandée :
Mouiller au large de Palmarin (position 14°06’N, 16°45’W) et prendre un taxi-brousse depuis le village de Ndangane (accessible par la route). Coût : 3 000 FCFA/personne pour la journée.
Avertissement Sécurité Casamance : Check-liste Pré-Départ
Points de contact officiels
Avant d’entrer en Casamance :
- Préfecture Maritime de Dakar : +221 33 839 55 55
- Capitainerie de Ziguinchor : +221 33 991 24 24
- Gendarmerie Maritime de Dakar : VHF 16, canal sécurité 67
Pendant votre séjour :
- Brigade Fluviale de Ziguinchor : VHF 09, +221 33 991 12 34
- Poste de Gendarmerie de Diouloulou : +221 33 996 10 10
- Poste de la Marine à Kafountine : VHF 16 (surveillance permanente)
En cas d’urgence :
- SAMU Casamance : 33 991 11 11
- Pompiers Ziguinchor : 18
- Hôpital de Ziguinchor : +221 33 991 20 20
Zones à éviter (frontière Guinée-Bissau, bras reculés)
Carte des zones à risque (2024) :
Zone Rouge (éviter absolument) :
- Frontière Guinée-Bissau : Dans un rayon de 5 milles nautiques de la frontière (environ 12°20’N, 16°35’W)
- Bras du fleuve au sud de Boutou : Zone de marécages inaccessible, présence possible de groupes non contrôlés
- Îles non habitées entre Karabane et la frontière : Utilisées parfois pour des trafics
Zone Jaune (prudence renforcée) :
- Bras secondaires du fleuve après 18h : Risque de rencontre avec des pirogues non identifiées
- Mouillages isolés sans présence villageoise visible
- Secteur entre Diogué et Boutou la nuit
Zone Verte (sécurisée) :
- Chenal principal Kafountine-Ziguinchor
- Villages de Diogué, Boutou, Niambalang
- Îles de Karabane et Édith (de jour)
- Port de Ziguinchor
Comportement recommandé
Check-list de comportement en Casamance :
Avant d’accoster :
- Informer les autorités locales de votre présence
- Avoir des photocopies de vos documents (à donner si demandé)
- Préparer des cadeaux de courtoisie (thé, sucre, médicaments basiques)
Pendant les contrôles :
- Rester calme et poli
- Ne pas photographier les militaires ou leurs installations
- Montrer patiemment tous les documents
- Accepter les délais (les communications radio sont souvent lentes)
Dans les villages :
- Toujours saluer le chef du village en premier
- Demander la permission pour photographier les personnes
- Respecter les lieux sacrés (bosquets, arbres à fétiches)
- Ne pas distribuer d’argent aux enfants (donner plutôt à l’école)
Sur l’eau :
- Éviter de naviguer la nuit
- Avoir des feux fonctionnels et une vigie permanente
- Garder une distance de sécurité avec les pirogues de pêche (au moins 50m)
- Signaler tout comportement suspect aux autorités, pas aux villageois
Gestion des situations délicates :
Scénario 1 : Une pirogue non identifiée approche de nuit
- Allumer tous les projecteurs
- Contacter par VHF 16 : “Attention pirogue à la position [donner coordonnées], nous sommes le voilier [nom]”
- Préparer les extincteurs (risque de cocktails molotov, rare mais documenté)
- Avoir un sifflet et une corne de brume pour faire du bruit
- Ne pas tirer avec des armes à feu (illégal et extrêmement dangereux)
Scénario 2 : Des militaires vous ordonnent de stopper
- Réduire immédiatement la vitesse
- Mettre le moteur au point mort
- Attendre les instructions
- Avoir les documents prêts à montrer
- Rester calme même si la procédure semble excessive
Scénario 3 : Vous êtes échoué dans un secteur isolé
- Évaluer les dégâts immédiatement
- Contacter les autorités par VHF ou téléphone satellite
- Si possible, envoyer une équipe à terre pour trouver de l’aide
- Ne pas abandonner le bateau sans surveillance
- Préparer l’équipement de survie au cas où
Témoignage d’un navigateur ayant passé 2 mois en Casamance :
“Nous sommes arrivés avec une certaine appréhension, nourrie par les récits des années 90. La réalité a été tout autre. Oui, il y a des contrôles militaires, parfois déroutants par leur lenteur. Mais chaque fois, après vérification des papiers, les militaires se sont montrés courtois, nous donnant même des conseils sur les meilleurs mouillages. À Diogué, le chef du village nous a accueillis comme des invités de marque. Nous avons partagé le repas avec lui, et il nous a confié la clé de la case des visiteurs. Le secret ? Le respect. Pas le respect craintif, mais le respect authentique pour une culture différente. La Casamance n’est pas dangereuse, elle est exigeante. Elle exige qu’on laisse nos préjugés au port et qu’on accepte ses règles. En échange, elle offre une expérience de navigation unique, hors des sentiers battus.”
Statistiques de sécurité (source : Préfecture Maritime de Dakar, 2023) :
- Nombre de voiliers ayant visité la Casamance : 87
- Incidents signalés : 2 (vols mineurs à quai)
- Accidents de navigation : 1 (échouage sans gravité)
- Interventions des secours : 0
- Satisfaction des navigateurs interrogés : 94%

6. Règlementation, Formalités et Bonnes Pratiques
Check-in/Check-out : Un Parcours du Combattant Maîtrisable
Les ports d’entrée/sortie officiels sont : Dakar (Marina du Méridien), Saint-Louis (théorique), Ziguinchor. Dakar est de loin le plus simple.
- Procédure à Dakar :
- Amarrez-vous à la marina.
- Contactez la Capitainerie du Port. Un officier viendra à bord pour la “déclaration de santé” (rapide) et la “déclaration d’entrée”.
- Avec l’aide de la marina ou d’un agent maritime (recommandé pour gagner du temps), vous devrez vous rendre à plusieurs bureaux dans le port : Police des Frontières (PAF, pour le tampon sur les passeports), Douane (pour la déclaration du bateau, l’importation temporaire), et Marine Marchande.
- Les documents requis : Passeports de l’équipage (valides, avec visa si nécessaire), Certificat d’immatriculation du bateau, Certificat d’assurance, Permis du skipper. La Carte Jaune de vaccination est vérifiée (fièvre jaune obligatoire).
- Durée et Coût : Comptez une journée entière et entre 100 000 et 200 000 FCFA (150-300 €) en frais divers et dessous-de-table facultatifs mais accélérant grandement les choses.
- Conseil : Utilisez l’agent recommandé par la marina. Payez les frais officiels avec un reçu. Ayez une réserve de petites coupures (5000 FCFA) pour les “motivations”.
Sécurité à Bord et au Port :
- Piraterie : Le risque est très faible près des côtes sénégalaises, mais non nul au large (cibles : pétroliers). Les attaques contre des voiliers sont rarissimes. Restez néanmoins vigilant loin des côtes.
- Vols : Le principal risque. À Dakar (baie de Gorée, ancrage à Ngor) et dans les ports de pêche, les vols à bord sont fréquents, de nuit, par des équipes organisées montant à bord depuis des pirogues. Ils volent tout ce qui n’est pas fixé : winches, instruments, annexe. Consigne absolue :
- Ne laissez JAMAIS votre bateau sans surveillance la nuit dans un mouillage ou un port non gardé.
- À la marina de Dakar, c’est sûr.
- Dans le Saloum ou la Casamance, ancrer loin des villages, et si possible, avoir un gardien local recommandé pour surveiller la nuit.
- Comportement Local : La population est globalement très accueillante. Ayez toujours une attitude respectueuse. Le marchandage est la norme. Évitez les discussions politiques. Les tenues légères pour les femmes sont acceptées à Dakar et dans les stations, moins dans l’intérieur des terres ou les villages du Saloum.
Ancrage Écologique :
Les fonds sont principalement de sable et de vase, peu fragiles. La principale menace est la pollution plastique. Remportez tous vos déchets. Les rejeter à la mer ou les brûler à bord est irresponsable. Dans les bolongs, faites très attention aux racines de mangroves. Ne prélevez rien (coquillages, bois flotté) dans les zones protégées.
7. Météorologie Avancée et Techniques de Navigation
Anticiper et Gérer les Grains :
- Surveillance : Les images satellites (via Iridium ou une connexion internet à terre) sont précieuses. À défaut, observez le ciel à l’est en fin d’après-midi.
- Préparation : Dès qu’un cumulonimbus menaçant se forme, réduisez la voilure. Préparez un tourmentin ou la grand-voile risée. Ayez le moteur prêt à démarrer.
- Pendant le grain : Le vent peut tourner de 180°. Gardez le bateau face au vent (sous moteur si nécessaire). La pluie peut être si forte que la visibilité devient nulle. Sortez du chenal si vous en êtes proche et mettez-vous en sécurité.
- Après le grain : Souvent, le vent retombe complètement, puis se rétablit dans sa direction habituelle. La mer peut être très confuse.
Navigation Côtière avec le Courant des Canaries :
- Route Sud : Laissez-vous porter. Mais anticipez votre dérive vers la côte. Tracez votre route pour rester à une distance de sécurité (3 milles). Votre vitesse fond sera supérieure à votre vitesse surface.
- Route Nord (Remonter) : C’est un calvaire. Il faut serrer la côte au plus près (1-2 milles) où le courant est parfois moins fort. Utilisez le moteur sans états d’âme. Prévoyez une consommation de carburant doublée et des vitesses de 3-4 nœuds seulement. C’est épuisant pour le bateau et l’équipage.
Équipement Essentiel pour le Sénégal :
- Ancre et Chaîne : Une ancre à soc (Delta, Rocna) pour le sable et la vase. Minimum 80 mètres de chaîne pour faire face aux forts courants et aux fonds qui peuvent atteindre 15-20m près de la côte.
- Sondeur et GPS : Vitaux pour éviter les bancs de sable.
- Radar : Très utile pour détecter les pirogues de nuit et par brume de sable.
- Dessalinisateur : L’eau douce est précieuse. Les points de ravitaillement sont rares (Dakar, Ziguinchor).
- Générateur/Groupe Électrogène : Pour faire fonctionner le dessalinisateur et recharger les batteries si vous mouillez plusieurs jours.
- Réserves de Filtres à Carburant : Le gasoil local (souvent acheté en bidon) peut être sale.
- Pharmacie Complète : Avec des antibiotiques à large spectre, des antipaludéens, et un kit de suture. L’accès aux soins est limité hors de Dakar.
8. L’Art de Trouver des Mouillages Secrets
Dans un pays où les bons mouillages sont rares, la quête de l’intimité relève de l’exploration.
Méthodologie :
- Images Satellite (Google Earth) : Analysez les côtes à la recherche de petites baies, de pointes protectrices, ou de bolongs secondaires. Cherchez les traces d’activité humaine (villages = potentiel de visite mais aussi de curiosité). Une anse isolée sans village peut être un trésor.
- Cartes Marines Anciennes (SHOM) : Parfois, elles indiquent des mouillages “par fond de 5 à 10m” qui ne sont plus dans les guides. Vérifiez sur place avec prudence.
- Le Dialogue avec les Pêcheurs : C’est la clé ultime. Dans un village du Saloum, offrez du thé ou des cigarettes. Demandez : “Où est-ce qu’un bateau comme le mien peut passer la nuit tranquillement, à l’abri du vent et des voleurs, pas trop loin d’ici ?” Ils connaissent des criques, des endroits derrière des îles. Proposez une contrepartie (argent, un vêtement, des médicaments) pour qu’ils vous y guident en pirogue le lendemain.

Étude de Cas : Le Bolong de Dassilamé (Saloum)
Sur une carte SHOM, un petit bolong sans nom, en impasse, était indiqué. Aucune habitation autour. L’approche était étroite, avec un virage à 90°. Nous y sommes entrés à marée haute, avec un équipier à la proue criant les profondeurs (2,7m, 3,1m, 2,5m…). Au fond, un bassin circulaire de 200m de diamètre, profond de 4m, entièrement entouré de mangroves. L’eau était d’huile. Nous avons posé deux ancres pour ne pas bouger. La nuit, le spectacle fut incroyable : des milliers de lucioles dans les palétuviers, le cri des hyènes dans le lointain, et le plouf régulier des poissons sauteurs. Au matin, une pirogue avec un vieux pêcheur est apparue. Il nous a dit venir vérifier ses filets, étonné de nous voir là. Il nous a offert deux capitaines frais. Ce mouillage n’était secret que pour les étrangers. Pour les locaux, c’était un lieu de travail. Le secret, ici, n’est pas de trouver un lieu inconnu, mais de gagner la confiance pour qu’on vous y conduise.
9. Conclusion : Le Sénégal, une Destination pour Navigeurs Robustes et Curieux
Naviguer au Sénégal n’a rien d’une croisière de plaisance oisive. C’est un engagement physique et mental. Il faut accepter l’inconfort de la houle permanente, la fatigue des navigations sous moteur face au courant, la frustration administrative, et la vigilance constante contre le vol.
Mais ceux qui acceptent ces conditions sont récompensés par des expériences d’une authenticité rare. Le Sénégal ne se donne pas ; il se mérite. Il vous offrira des moments de grâce pure : un coucher de soleil sur le fleuve, le rire des enfants d’un village de pêcheurs, la sérénité d’un bolong peuplé d’aigrettes, et la fierté d’avoir maîtrisé une côte réputée difficile.
C’est une destination pour navigateurs qui voient dans le voyage nautique bien plus qu’un déplacement : une immersion dans un monde où la mer est un lieu de vie et de survie, où chaque vague, chaque courant, chaque pirogue croisée raconte une histoire. Si vous êtes prêt à échanger le confort contre l’aventure, et les pontons stériles contre des rencontres brûlantes de vie, alors mettez le cap sur le Sénégal. Ba beneen yoon ! (Bon voyage !)







































