Est-ce que la simple perspective de passer votre croisière la tête dans un seau vous tétanise au point de redouter le mal de mer en voilier ? Rassurez-vous, ce violent conflit sensoriel entre votre vision et votre oreille interne n’est pas une fatalité, car il se maîtrise parfaitement en alliant une bonne préparation mentale à des connaissances physiologiques précises. Nous vous dévoilons ici comment déjouer la terrible loi des 4F et adopter les réflexes préventifs éprouvés pour transformer votre navigation en un pur moment de plaisir, loin des nausées et de l’angoisse.
- Le mal de mer démystifié : le conflit dans votre cerveau
- Plus qu’une question d’estomac : le poids du mental
- Prévenir plutôt que guérir : la préparation avant le départ
- En navigation : les bons réflexes pour rester serein
- L’arsenal des remèdes : des solutions naturelles aux médicaments
- Astuces de vieux loups de mer et techniques alternatives
- S’adapter et se rééduquer : vers la fin du mal de mer ?
- Gérer la crise : que faire quand un équipier (ou vous-même) est malade
Le mal de mer démystifié : le conflit dans votre cerveau

Quand vos sens ne sont plus d’accord
Le mal mer voilier n’est pas une maladie, c’est une réaction normale. C’est un conflit brutal entre ce que vos yeux voient et ce que votre corps ressent vraiment.
Vos yeux fixés sur l’intérieur du carré disent que tout est stable. Pourtant, votre oreille interne détecte violemment le roulis et le tangage. Votre cerveau reçoit deux informations totalement contradictoires et ne comprend plus rien.
Cette confusion sensorielle est la source unique de tous les symptômes désagréables. C’est une véritable alerte système immédiate.
L’oreille interne : votre gyroscope personnel déboussolé
Votre système vestibulaire, caché dans l’oreille interne, agit comme un gyroscope ultra-sensible. Il est responsable de votre équilibre et de la perception fine du moindre mouvement.
Les petits cristaux et les fluides dans les canaux semi-circulaires bougent avec le bateau. Ils informent le cerveau de chaque accélération, de chaque vague. C’est un capteur de mouvement permanent et impitoyable.
C’est la précision de ce système qui pose problème en mer. Sur un voilier, il est sur-sollicité et envoie des signaux constants de mouvement que la vision ne confirme pas.
Les symptômes classiques : reconnaître l’alerte
Les premiers signes arrivent vite : une sensation de malaise, des bâillements, une légère nausée. Ce sont les premiers avertissements.
Les symptômes s’installent ensuite plus lourdement : sueurs froides, vertiges, maux de tête, une pâleur soudaine et bien sûr, les nausées qui s’intensifient. Votre estomac se contracte, signalant que le corps est en détresse.
On atteint le stade ultime : les vomissements. C’est une réaction de défense du cerveau qui tente de purger ce qu’il perçoit comme une intoxication due au conflit sensoriel. Il veut éliminer le poison.
Pourquoi certains sont plus touchés que d’autres ?
Il faut l’admettre, nous ne sommes pas égaux face à la cinétose (eh oui c’est le petit nom scientifique du mal de mer). Environ 25% de la population y est très sensible, c’est une réalité statistique que vous ne pouvez pas ignorer.
Les facteurs de prédisposition pèsent lourd : l’âge (les enfants et les femmes sont souvent plus sensibles), les migraines, et une sensibilité vestibulaire génétiquement plus élevée. Ce n’est absolument pas une question de volonté.
Rassurez-vous, même les plus grands marins ont pu en souffrir. La bonne nouvelle, c’est que le corps peut s’adapter.
Plus qu’une question d’estomac : le poids du mental
Maintenant que l’on a vu la mécanique, il faut comprendre que le moteur n’est pas tout. Le pilote, c’est-à-dire votre état d’esprit, joue un rôle énorme. On oublie trop souvent que le mal de mer se joue autant dans la tête que dans l’oreille interne.

La fameuse “loi des 4F” : vos pires ennemis à bord
En navigation, la règle des “4F” doit devenir votre mantra absolu. C’est un mémo simple et redoutablement efficace pour identifier les facteurs qui transforment un inconfort passager en véritable calvaire.
- Fatigue : Un corps épuisé lutte moins bien contre le conflit sensoriel.
- Froid : L’hypothermie, même légère, stresse l’organisme et amplifie le malaise ressenti.
- Faim : Garder l’estomac vide favorise l’apparition rapide des nausées.
- Frousse (Peur) : L’anxiété et le stress agissent comme des multiplicateurs de symptômes.
Il existe pourtant un “5ème F” traître et souvent oublié : la “Foif” (Soif). La déshydratation, même minime, dégrade rapidement votre état général et sabote la capacité du corps à gérer le conflit sensoriel.
L’anxiété : l’anticiper, c’est déjà le subir
C’est un cercle vicieux bien connu des marins. La simple peur d’avoir le mal mer voilier suffit à créer un état de stress qui rend le malaise presque inévitable.
Pourquoi ? Parce que le stress libère des hormones comme le cortisol qui augmentent la sensibilité du système nerveux. Votre corps se met en hyper-vigilance, et le moindre mouvement du bateau est alors perçu comme une agression majeure.
Le secret est de dédramatiser la situation. Accepter la possibilité d’être malade est, paradoxalement, le premier pas pour ne pas l’être.
Le rôle de la fatigue : un équipier à ne pas négliger
Revenons un instant sur ce “F” de Fatigue. S’assurer un bon sommeil avant de larguer les amarres n’est pas un luxe, c’est une mesure de sécurité active indispensable.
La fatigue diminue drastiquement vos capacités cognitives. Le cerveau a alors beaucoup plus de mal à gérer le conflit sensoriel et à s’adapter au mouvement. C’est directement lié à la fatigue décisionnelle en voilier, où chaque petite action devient un effort démesuré.
Ne prenez jamais la mer si elle est un tant soit peu agitée après une nuit blanche ou une semaine de travail épuisante. Le repos reste votre première prévention.
Les odeurs : le coup de grâce sensoriel
Les odeurs fortes sont souvent le déclencheur final. Elles peuvent faire basculer la situation en une seconde quand votre organisme est déjà sur le fil du rasoir.
Je parle ici des odeurs de gazole chaud, de cuisine confinée, de tabac froid ou même de certains parfums entêtants. Votre cerveau, déjà en alerte, interprète ces effluves comme une menace toxique supplémentaire.
Le conseil est simple : aérer au maximum. Rester à l’extérieur, dans l’air frais, est la meilleure parade contre cette agression olfactive.
Prévenir plutôt que guérir : la préparation avant le départ
L’hygiène de vie des 24h précédentes
Vous pensez que tout se joue une fois les amarres larguées ? C’est faux. La veille de la navigation est absolument déterminante pour votre confort. C’est précisément à ce moment-là que vous donnez à votre corps les meilleures chances de résister au roulis.
Voici la marche à suivre stricte : il faut dormir au moins 8 heures pour partir reposé. Évitez totalement l’alcool, car il déshydrate massivement et perturbe la qualité de votre sommeil. Fuyez également les repas trop lourds, gras ou épicés ; mangez simple et sain.
L’hydratation est souvent négligée, pourtant c’est capital. Buvez beaucoup d’eau la veille et le matin du départ pour bien préparer l’organisme. C’est une base non négociable si vous voulez éviter le pire.
Le repas du navigateur : léger et stratégique
On entend souvent dire qu’il faut partir le ventre vide pour ne rien avoir à rendre. C’est une erreur monumentale. La faim est un facteur aggravant qui accélère l’apparition du mal de mer.
Je vous recommande un repas léger mais solide. Privilégiez des sucres lents comme les pâtes, le riz ou du pain complet, accompagnés de protéines maigres. Évitez absolument le café excitant, les produits laitiers lourds et les jus de fruits acides.
Le timing est aussi important que le contenu : mangez environ 1h à 1h30 avant d’embarquer. La digestion doit être commencée, mais pas en plein pic d’activité.
Choisir sa tenue : le froid est votre ennemi
Même en plein été, ne sous-estimez jamais l’environnement marin. Le vent et l’humidité peuvent refroidir le corps très vite. Le froid est un stress physique intense qui fragilise votre résistance.
La meilleure stratégie reste la technique des trois couches. Enfilez un sous-vêtement technique, ajoutez une polaire chaude et terminez par un ciré ou une veste de quart. Elle permet de s’adapter facilement et rapidement aux changements de température.
Ne faites pas l’impasse sur les extrémités : bonnet, gants et chaussettes chaudes sont vitaux. C’est par là que la chaleur corporelle s’échappe le plus vite.
Anticiper avec les solutions naturelles
Pourquoi attendre d’être malade pour réagir ? Introduisez les aides naturelles comme une première ligne de défense, à prendre avant même de sentir les premiers symptômes. C’est de la pure prévention intelligente.
Parlons du gingembre, c’est l’anti-nauséeux naturel le plus reconnu par les experts. Je vous conseille de le prendre en gélule ou frais environ 30 minutes avant le départ pour qu’il fasse effet. C’est simple et souvent radical.
Vous pouvez aussi tester l’option des bracelets d’acupression. Ils ne fonctionnent pas pour tout le monde, c’est vrai, mais pour certains, ils sont très efficaces et n’ont aucun effet secondaire.
Un truc peu connu mais qui semble efficace, surtout si on doit rester à l’intérieur, les lunettes dites “Citroen” (du nom du constructeur de voiture et son inventeur); composé de 4 montures rondes (2 devant pour chaque oeil et 2 de chaque coté) avec un systéme de niveau à bulle dans chaque monture, elle rééduque le cerveau au mouvement en faisant accepter les mouvements par leur visualisation spatiale. Cela fonctionne sur un certains nombre de personne mais il mettre son mouchoir sur sa vanité et son apparence, ca se voit bien et qu’est ce que c’est moche voir ridicule.
En navigation : les bons réflexes pour rester serein
Vous êtes préparé, le voilier quitte le port et l’aventure démarre. C’est exactement à cet instant précis que tout se joue pour votre estomac. Adopter la bonne attitude et les bons gestes peut faire toute la différence entre un calvaire et un plaisir.
La règle d’or : fixer l’horizon
Pourquoi ce conseil revient-il dans la bouche de tous les vieux loups de mer ? C’est la seule méthode fiable pour contrer le mal mer voilier naissant. Fixer l’horizon permet de réconcilier instantanément votre vision avec votre oreille interne.
Votre cerveau voit enfin la ligne d’horizon bouger en rythme avec le bateau. Les informations visuelles confirment ce que votre corps ressent physiquement. Le conflit sensoriel s’apaise. C’est une mécanique physiologique implacable qui sauve bien des équipiers.
Le mot d’ordre est simple : restez dehors et regardez très loin devant. Ne fixez surtout pas les vagues proches ou le sillage hypnotique du bateau.
Trouver sa place sur le voilier
Vous pensez peut-être que ça bouge partout pareil, mais c’est faux. Tous les endroits du pont ne subissent pas les mêmes accélérations. Le choix de votre emplacement est une décision stratégique pour votre confort.
Le meilleur spot se situe au centre de gravité du bateau, là où les mouvements de tangage sont les moins amples. C’est souvent dans le cockpit, près de la descente, au cœur du voilier. Fuyez la pointe avant qui tape ou l’extrême arrière qui amplifie tout.
Rester à l’extérieur est absolument primordial pour prendre l’air frais et voir l’horizon. Descendre dans la cabine est souvent le début des ennuis gastriques.
Les activités à proscrire absolument
Voici la liste noire de ce qu’il ne faut surtout pas faire à bord. Toute activité forçant vos yeux à se concentrer sur un point fixe et proche est à bannir.
Si vous voulez garder votre petit-déjeuner, évitez ces pièges classiques :
- Lire un bon bouquin ou scroller.
- Regarder trop longtemps.
- Faire le point minutieux sur une carte papier à l’intérieur de la cabine.
- Cuisiner la tête penchée au-dessus de la gazinière qui oscille.
Le mieux reste de participer activement à la bonne marche du navire. Tenir la barre est excellent, car cela force à regarder loin et à anticiper les mouvements.
Boire et grignoter en continu
Il est vital de maintenir son corps alimenté et hydraté par petites touches tout au long de la journée. Un estomac vide est aussi traître qu’un estomac trop plein en mer.
Je vous conseille de boire de l’eau régulièrement, mais par toutes petites gorgées. Pour la nourriture, privilégiez des en-cas faciles à digérer et sans acidité : biscuits secs, barres de céréales, fruits secs ou quelques morceaux de pomme.
L’idée directrice est de ne jamais avoir l’estomac ni complètement vide, ni complètement plein. C’est un équilibre constant et subtil à trouver pour durer.
L’arsenal des remèdes : des solutions naturelles aux médicaments
Malgré toute la prévention du monde, parfois, ça ne suffit pas. Il est temps de sortir l’artillerie, des plus douces aux plus puissantes, en sachant exactement ce que l’on fait.
Les méthodes naturelles à la loupe
Revenons d’abord sur le gingembre, véritable allié du marin. Vous pouvez le consommer frais, confit, en tisane ou même en gélules avant le départ. Son efficacité est largement reconnue pour calmer les nausées gastriques.
Ensuite, ne négligez pas la puissance des huiles essentielles. Quelques gouttes d’huile essentielle de menthe poivrée ou de citron sur un mouchoir suffisent. En inhalation, elles provoquent un effet rafraîchissant et anesthésiant qui soulage rapidement.
Ces solutions restent idéales pour gérer des malaises légers ou en complément d’autres stratégies. Le gros avantage, c’est qu’elles n’ont que peu d’effets secondaires gênants.
L’acupression et les fameux bracelets anti-nausée
Le principe est simple : la stimulation mécanique d’un point précis, le point P6 (Nei-Kuan), situé sur la face interne du poignet. C’est une technique issue de la médecine traditionnelle chinoise.
Pour le trouver, placez trois doigts à partir de la pliure du poignet, exactement entre les deux tendons centraux. Les bracelets élastiques exercent une pression continue sur cette zone pour tenter de bloquer le signal nauséeux.
Soyons honnêtes : l’efficacité n’est pas prouvée scientifiquement pour tout le monde, mais beaucoup de navigateurs en sont satisfaits. Ça vaut vraiment le coup d’essayer.
Les traitements médicaux : quand et comment les utiliser
Pour y voir plus clair dans la jungle pharmaceutique, ce tableau résume les options médicamenteuses les plus courantes contre le mal mer voilier.
| Type de traitement | Molécule principale | Mode d’action | Avantages | Inconvénients (effets secondaires) | Accès |
|---|---|---|---|---|---|
| Antihistaminiques H1 | Dimenhydrinate (ex: Mercalm) | Bloquent les récepteurs de l’histamine dans le cerveau | Efficaces, peu chers | Somnolence forte, bouche sèche | Vente libre |
| Anticholinergiques | Scopolamine (ex: Scopoderm TTS) | Bloquent les signaux nerveux entre l’oreille interne et le cerveau | Très efficace, longue durée (patch 72h) | Somnolence possible, troubles de la vision, bouche sèche | Sur ordonnance |
| Homéopathie | Cocculus indicus, Tabacum | Principe de similitude | Pas d’effets secondaires connus | Efficacité non prouvée scientifiquement | Vente libre |
| Prokinétiques | Métoclopramide | Agit sur la motilité de l’estomac | Efficace contre les vomissements | Effets neurologiques possibles, fatigue | Sur ordonnance |
Après lecture de ce tableau, rappelez-vous l’absolue nécessité de consulter un médecin. Lui seul peut prescrire le traitement adapté à votre profil et vérifier les contre-indications. L’automédication est un risque inutile.
Les pièges à éviter avec les médicaments
Le premier piège, c’est d’attendre d’être malade pour prendre son médicament. La plupart sont préventifs et deviennent totalement inefficaces une fois que les vomissements sont installés.
Le deuxième piège, très dangereux, est de mélanger les traitements. Ne jamais associer plusieurs médicaments (comme scopolamine et antihistaminiques) sans avis médical, car les effets secondaires peuvent s’additionner gravement.
Le troisième piège consiste à ignorer la somnolence induite. Un équipier sous antihistaminique n’est plus 100% opérationnel. C’est un facteur de sécurité vital à prendre en compte, surtout en équipage réduit.
Astuces de vieux loups de mer et techniques alternatives
Au-delà de la science et de la pharmacie, il y a l’expérience. Des générations de marins ont développé leurs propres trucs et astuces. Certains sont surprenants, mais valent la peine d’être connus.
Le mystère du sparadrap sur le nombril
C’est un classique des pontons, souvent moqué mais toujours pratiqué discrètement avant de larguer les amarres. Le principe est enfantin : vous devez simplement coller un morceau de sparadrap directement sur votre nombril.
Soyons clairs : aucune étude scientifique ne valide cette méthode à ce jour. Les médecins parlent d’un puissant effet placebo, tandis que d’autres évoquent une action mécanique sur un centre nerveux abdominal spécifique.
Mon avis ? Ça ne coûte rien d’essayer. Si ça marche pour vous, qu’importe la raison, c’est gagné !
La technique de la vision périphérique
Voici une approche basée sur la concentration visuelle qui change la donne. Plutôt que de fixer un point précis qui bouge, on cherche à “défocaliser” son regard pour tromper le cerveau.
Concrètement, portez votre regard vers l’horizon, mais forcez-vous à percevoir tout votre champ de vision, y compris sur les côtés. L’idée est d’embrasser le mouvement global du bateau plutôt que de lutter inutilement contre chaque vague.
C’est une forme de méditation active efficace qui aide votre cerveau à accepter ce mouvement comme la nouvelle normalité.
La gestion de la respiration pour calmer la nausée
Avez-vous remarqué que votre respiration devient courte et saccadée dès que l’anxiété ou la nausée montent ? Reprendre le contrôle de votre souffle permet souvent de reprendre la main sur votre estomac.
Essayez cet exercice de cohérence cardiaque tout simple : inspirez lentement par le nez en comptant jusqu’à cinq, puis expirez tout aussi doucement par la bouche pendant cinq secondes. C’est mécanique, cela force le corps à ralentir.
Répéter cet exercice pendant quelques minutes aide à calmer le système nerveux et peut repousser efficacement la nausée.
S’adapter et se rééduquer : vers la fin du mal de mer ?
Les remèdes c’est bien, mais ne plus en avoir besoin, c’est mieux. La solution sur le long terme, c’est l’adaptation de votre corps. On appelle ça l’amarinage. C’est la lumière au bout du tunnel pour tout marin qui se respecte.
L’amarinage : combien de temps pour avoir le pied marin ?
L’amarinage n’est que l’acclimatation naturelle de votre organisme au mouvement de la mer. Votre cerveau finit par comprendre qu’il doit ignorer ce conflit sensoriel. C’est un véritable apprentissage physiologique.
Pour la grande majorité, les symptômes s’estompent drastiquement après 24 à 72 heures en mer. Votre cerveau s’habitue enfin à cette nouvelle réalité mouvante. Il calibre une “stabilité” différente pour vous soulager. Vous retrouvez alors l’appétit.
Malheureusement, cet acquis précieux se perd assez vite une fois rentré au port. Après quelques semaines à terre, il faudra souvent se ré-amariner.
Accélérer l’adaptation : le secret des navigations courtes et répétées
Vous voulez vous amariner durablement sans trop souffrir ? Le meilleur conseil reste de naviguer le plus souvent possible. Mais attention, il ne faut pas le faire n’importe comment.
Privilégiez des sorties courtes et fréquentes par mer calme au début. Augmentez progressivement la durée et l’état de la mer. C’est bien plus efficace qu’une seule longue traversée difficile qui vous dégoûterait. Cette méthode douce fonctionne.
Voyez cela comme un entraînement sportif régulier. On expose son corps à petites doses pour qu’il se renforce sans craquer.
La rééducation optocinétique : une solution pour les cas sévères
Cette technique s’adresse à ceux que le mal de mer handicape vraiment au quotidien. C’est une option sérieuse quand rien ne marche. C’est une sorte de kiné pour l’oreille interne.
Sous la supervision d’un médecin ORL ou d’un kiné spécialisé, vous travaillez devant un écran. On expose le patient à des stimulations visuelles qui recréent le conflit sensoriel. Tout se fait de manière contrôlée et progressive.
L’objectif est de forcer le cerveau à gérer ces informations contradictoires. Cela demande plusieurs séances mais peut donner d’excellents résultats.
Le mal de terre : l’étrange sensation du retour
Abordons enfin ce phénomène inverse et souvent méconnu des néophytes. Après une longue navigation, le retour à la terre ferme peut provoquer une sensation bizarre de tangage. Le sol semble bouger.
C’est paradoxalement la preuve que l’amarinage a parfaitement fonctionné là-bas. Votre cerveau s’est habitué au mouvement perpétuel. Il doit maintenant faire l’effort inverse et se réhabituer à la stabilité du plancher des vaches.
Pas de panique, cette sensation est tout à fait normale. Elle disparaît généralement en quelques heures ou deux jours maximum.
Gérer la crise : que faire quand un équipier (ou vous-même) est malade
La théorie c’est bien beau, mais la réalité du cockpit en est une autre. Quand quelqu’un vire au vert, il faut agir vite et bien, pour son confort immédiat mais surtout pour la sécurité de tout le navire.
Les premiers gestes pour soulager la personne malade
Voici la marche à suivre pour stabiliser la situation :
- Installez la personne dehors, bien au centre du bateau, face à la route.
- Ordonnez-lui de verrouiller son regard sur l’horizon.
- Faites-lui boire de l’eau fraîche, par petites gorgées.
- Couvrez-la immédiatement si elle frissonne.
- Parlez-lui doucement pour calmer ses nerfs.
Ces actions attaquent frontalement la règle des “4F”. On stoppe le froid, on combat la déshydratation, on apaise la frousse et on aide le cerveau à se recaler. C’est de la mécanique corporelle pure.
Donnez-lui un seau ou calez-la sous le vent pour l’inévitable. Ce n’est pas glamour, mais vous devez protéger le cockpit des salissures. Soyez pratique avant tout.
Vomir : faut-il lutter contre ou laisser faire ?
Je vais être franc : lutter contre l’envie de vomir est une perte d’énergie totale. Quand ça doit sortir, retenez-vous et vous ne ferez que prolonger le supplice inutilement.
Paradoxalement, vomir offre souvent un répit immédiat, une sorte de “reset” du système digestif. Le vrai danger, c’est ce qui suit : votre priorité absolue devient alors de compenser les pertes liquides. Il ne faut pas rester vide.
Forcez-vous à avaler de l’eau, un soda ou un bouillon salé juste après. Toujours par petites quantités pour ne pas brusquer l’estomac.
Un équipier malade est un équipier en moins : la question de la sécurité
Ne comptez plus sur une personne en pleine crise de naupathie pour vous aider. Elle est physiquement HS et son jugement est totalement altéré. Considérez-la comme absente de l’effectif actif.
C’est un risque majeur si le vent monte ou si vous êtes en équipage réduit. Un équipier prostré devient un poids mort dangereux pour le groupe. Imaginez devoir gérer une manœuvre de récupération d’homme à la mer avec quelqu’un d’incapable de bouger ou de réagir aux ordres.
Le skipper doit simplifier la navigation immédiatement. Si la situation devient trop tendue, déroutez-vous sans état d’âme pour protéger le bateau.
Quand faut-il s’inquiéter et envisager de faire demi-tour ?
Le mal de mer tue rarement, mais ses complications ne sont pas à prendre à la légère. Il faut savoir repérer quand le simple inconfort vire à l’urgence médicale réelle.
Voici les drapeaux rouges : des vomissements incoercibles empêchant toute réhydratation ou une apathie totale inquiétante. Si les propos deviennent confus, c’est grave. Surveillez aussi les signes de déshydratation sévère comme l’absence d’urine ou des yeux cernés.
Face à ça, surtout avec un équipage novice, faire demi-tour vers le port le plus proche est la seule option.
Le mal de mer n’est pas une fatalité, c’est souvent juste une étape avant l’amarinage. En respectant la règle des 4F et en préparant votre organisme, vous mettez toutes les chances de votre côté. Ne laissez pas la peur vous priver du plaisir de naviguer : écoutez votre corps, anticipez et profitez du large


































