L’angoisse de sentir son bateau chasser en pleine nuit ou de subir un roulis incessant gâche trop souvent le plaisir d’une escale foraine idyllique. Pour contrecarrer cette incertitude, la maîtrise du mouillage plusieurs ancres s’impose comme une réponse technique redoutable, réduisant drastiquement l’évitage tout en sécurisant votre sommeil par la redondance des points d’accroche. Nous vous dévoilons ici les configurations géométriques éprouvées, de l’affourchage à la méthode bahaméenne, ainsi que les protocoles de récupération pour garantir une tenue parfaite de votre navire.
- Pourquoi multiplier les points d’ancrage sur un voilier ?
- Maîtriser les configurations : 45 degrés vs Méthode Bahaméenne
- S’amarrer à terre : la technique des lignes de rivage
- Anticiper les rotations de vent pour éviter l’emmêlement
- Remonter l’ancre sans massacrer son guindeau électrique
- La force des bras : techniques de remontée manuelle et astuces
- L’art de l’orin et la procédure standard de récupération
- Manœuvres de force : dégager une ancre bloquée par l’élan
- Gérer l’imprévu en eaux profondes et pannes matérielles
- Abandon de matériel et gestion des rechanges à bord
Pourquoi multiplier les points d’ancrage sur un voilier ?
Après avoir vu les bases du mouillage forain, on s’attaque ici à une pratique plus technique mais salvatrice : l’utilisation de plusieurs ancres pour stabiliser son foyer flottant.

Stabilité accrue et réduction du balancement
Vous en avez assez de tourner en rond toute la nuit ? Deux ancres limitent drastiquement l’évitage, ce balancement incessant qui épuise l’équipage. Le bateau reste calé sur un axe quasi fixe, transformant un sommeil haché en vraie nuit réparatrice.
C’est de la physique pure : en divisant la tension sur deux lignes, vous sollicitez beaucoup moins chaque ancre. C’est mathématique : le matériel s’use moins vite et tient mieux.
Multiplier les points d’ancrage n’est pas qu’une question de tenue, c’est avant tout une stratégie pour apaiser les mouvements parasites du bateau lors des nuits foraines.
Moins de roulis, c’est aussi le silence : finis les bruits de vaisselle qui s’entrechoque et les grincements agaçants.
Vos taquets et votre davier vous remercieront de ce répit mécanique.
Sécurité par la redondance du système
Imaginez la tranquillité d’esprit : si une ancre chasse, la seconde rattrape le coup immédiatement. C’est votre meilleure assurance vie lorsque le vent forcit brutalement sans prévenir.
Comme l’expliquent certaines ressources sur comment mouiller un bateau, il est vivement recommandé de posséder plusieurs ancres à bord pour parer à toute éventualité ou perte de matériel critique.
Pour le skipper solitaire ou en couple, l’impact psychologique est énorme. Savoir le système doublé permet enfin de descendre à terre sereinement pour faire quelques courses vitales.
En mer, la redondance est une règle d’or. Un seul point d’attache reste un point de rupture unique potentiel.
Dormir sur ses deux oreilles devient enfin une réalité tangible au mouillage.
Limites de manœuvre et risques de collision
Attention, tout n’est pas rose. Un bateau sur deux ancres ne tourne pas comme les autres. Cela crée un risque réel de collision si vos voisins n’ont qu’une seule ligne.
Embosser ou multiplier les lignes modifie votre rayon d’évitage, ce qui exige une vigilance accrue envers les autres plaisanciers, un point souvent rappelé dans les guides pour mouiller un bateau correctement.
De nuit, vos lignes supplémentaires deviennent des pièges invisibles pour les annexes qui rentrent tard. Vous devez impérativement signaler votre position et vos lignes plus clairement pour éviter l’accident.
Ne sous-estimez pas la manœuvre de départ. Relever deux ancres prend mathématiquement deux fois plus de temps et d’énergie.
Analysez votre environnement : ne soyez pas celui qui gêne tout le monde.

Maîtriser les configurations : 45 degrés vs Méthode Bahaméenne
Mais alors, comment disposer ces ancres concrètement ? On ne jette pas le fer au hasard, on suit des schémas géométriques précis.
L’ancrage à 45 degrés pour les vents soutenus
Imaginez une géométrie stricte sous votre étrave. On dispose deux ancres à l’avant, ouvertes selon un angle précis de 45 degrés. C’est la configuration reine pour affronter les rafales de face sans chasser.
D’après ce document technique du Cerema, l’affourchage réduit l’évitage mais demande une attention particulière lors de l’installation. En effet, la répartition des tensions doit être surveillée de près pour éviter tout déséquilibre critique.
La manœuvre de mise en place ne s’improvise pas : il faut mouiller la première, reculer, puis porter la seconde en diagonale. Cela demande une bonne coordination moteur-barre pour ne pas croiser les lignes prématurément.
L’efficacité est redoutable : le bateau reste “verrouillé” face au vent dominant. La traction est idéalement répartie sur les deux points d’accroche.
C’est un rempart solide contre les coups de vent. La tenue est maximisée.
Le mouillage bahaméen face aux courants
Changeons de stratégie : ici, on place une ancre devant et une ancre derrière, alignées à 180 degrés. C’est l’arme absolue dans les zones à fort courant de marée où le flux s’inverse.
Pourquoi opter pour cette complexité ? Le bateau pivote sur lui-même sans se déplacer latéralement. On reste dans un mouchoir de poche malgré les renversements de courant incessants qui déstabiliseraient un mouillage classique.
La méthode bahaméenne est le secret des navigateurs pour rester parfaitement alignés dans les chenaux étroits où le courant dicte sa loi.
Le confort à bord s’en ressent immédiatement. On évite de se retrouver en travers de la houle quand le vent et le courant s’opposent.
Attention aux emmêlements si le vent tourne trop. Surveillez vos lignes.
Choisir l’angle idéal selon la zone de mouillage
| Configuration | Angle | Usage idéal | Risque principal |
|---|---|---|---|
| Affourchage | 45° | Vents forts | Croisement chaînes |
| Bahaméen | 180° | Courants alternatifs | Rayon réduit |
| Empennelage | Série | Tenue maximale | Relevage complexe |
Comparez l’espace requis. Le 45 degrés demande une large zone libre devant soi pour étaler les lignes. Le bahaméen est plus compact latéralement mais long dans l’axe du courant.
Adaptez votre choix à la nature du fond. Sur du sable, toutes les méthodes fonctionnent sans souci. Sur de la roche, privilégiez celle qui demande le moins de déplacements pour éviter d’enrager une ancre.
Pour approfondir, consultez cet article comparant la stabilité au mouillage entre catamaran et monocoque. Il vous aidera à affiner votre stratégie selon votre carène.
Votre décision dépendra toujours de la météo et des voisins. Observez avant d’agir.
S’amarrer à terre : la technique des lignes de rivage
Parfois, l’espace manque tellement qu’il faut aller chercher un appui solide sur la roche ferme pour ne pas finir sur les cailloux.

Quand privilégier l’appui sur la terre ferme
Les calanques étroites ou les fjords profonds sont parfaits pour cette technique spécifique. Là-bas, le mouillage classique est souvent impossible à cause de la pente abrupte des fonds marins.
On mouille l’ancre loin devant, puis on porte des amarres à l’arrière vers des rochers ou des arbres solides. C’est un art de précision qui ne s’improvise pas au dernier moment. Il faut viser juste.
Cette technique immobilise totalement le bateau dans son axe. Il faut être absolument sûr que le vent ne viendra pas vous frapper de travers durant la nuit.
C’est une manœuvre typique des criques escarpées de la Côte d’Azur où la place est comptée.
C’est souvent la seule option viable. Surtout dans les coins de paradis bondés.
Sécuriser les amarres contre les obstacles invisibles
Ces lignes tendues sont de véritables guillotines pour les annexes et les jet-skis de passage. Une corde sombre flottant sur l’eau ne se voit absolument pas, c’est un danger.
Attachez vos pare-battages le long de l’amarre pour la rendre visible de loin par tous. C’est une règle de courtoisie et de sécurité élémentaire envers les autres usagers. Ne faites pas l’impasse là-dessus.
Une ligne de terre non signalée est un piège redoutable qui peut transformer une escale paisible en cauchemar juridique avec les autorités locales.
Si possible, mettez une petite lampe solaire sur la bouée de signalisation la nuit pour éviter tout drame.
La visibilité est votre meilleure protection. Contre les accidents bêtes et coûteux.
Gérer la tension entre l’ancre et les rochers
L’ancre doit être bien plantée pour contrer la tension constante des amarres arrière. C’est un jeu d’équilibre délicat, ne tirez pas trop fort sur les cordages pour compenser.
Les rochers coupent les cordages comme des rasoirs affûtés en quelques heures de frottement. Utilisez impérativement des martyrs ou des morceaux de tuyau d’arrosage pour protéger vos lignes précieuses. Votre sécurité en dépend.
Cela fait partie des méthodes d’amarrage sécurisées que tout marin doit impérativement maîtriser.
En zone à marnage, la tension change constamment avec le niveau de l’eau. Il faut ajuster les réglages régulièrement.
Vérifiez toujours vos nœuds avant la tombée de la nuit. Dormez tranquille.
Anticiper les rotations de vent pour éviter l’emmêlement
Le vent est un allié changeant. S’il décide de tourner, vos deux lignes de mouillage peuvent vite devenir un sac de nœuds inextricable.

Dynamique des lignes lors des virements
Comprendre le mouvement du bateau est la base. Quand le vent tourne, le voilier pivote inévitablement. Les chaînes se croisent alors sous la coque et forment ce qu’on appelle des “coques”.
Une étude technique souligne que l’ancrage en fourche pose des problèmes de sécurité majeurs lors des vents tournants. Si le vent frappe par le travers, la tension devient ingérable pour le matériel.
Il faut anticiper le dérapage immédiat. Si les chaînes s’emmêlent, elles ne tirent plus dans le bon axe. Une ancre peut alors se déterrer brutalement sous la charge latérale.
Observez scrupuleusement la météo locale. Un changement de direction de 90 degrés reste le scénario le plus critique pour un mouillage multiple.
Soyez vigilant. Restez impérativement sur le pont lors des bascules de vent prévues.
Techniques pour démêler deux chaînes sans panique
Gardez votre calme avant tout. Identifiez d’abord quelle ligne est passée par-dessus l’autre. C’est la priorité absolue pour commencer le dégagement sans risquer de tout emmêler davantage.
Utilisez le moteur avec finesse. Donnez de petits coups de gaz pour soulager la tension sur la chaîne emmêlée. Cela permet de manipuler les maillons plus facilement, évitant l’épuisement inutile.
Comme le disent souvent les experts du mouillage :
Le secret d’un démêlage réussi réside dans l’utilisation intelligente du moteur pour supprimer la tension avant toute manipulation manuelle.
N’hésitez pas à demander de l’aide extérieure. Parfois, un équipier en annexe peut aider à faire passer une ligne.
La sécurité d’abord. Ne mettez jamais vos doigts entre deux chaînes tendues.
L’usage de l’émerillon dans les configurations multiples
Il faut présenter l’outil correctement. Un bon émerillon permet à l’ancre de tourner sans vriller la chaîne. C’est une pièce mécanique essentielle pour la longévité du matériel de bord.
Évaluez bien la solidité requise. Choisissez un modèle en inox de haute qualité. La charge latérale lors d’un mouillage multiple est bien plus forte qu’en temps normal, imposant une résistance accrue.
Je vous conseille de suivre nos micro-rituels de navigation pour vérifier l’état de l’émerillon. Une inspection visuelle avant chaque départ évite bien des catastrophes techniques une fois en mer.
Ne négligez pas l’entretien. Un émerillon grippé est pire que l’absence d’émerillon. Graissez-le donc très régulièrement.
C’est un petit investissement pour une grande tranquillité d’esprit au mouillage.
Remonter l’ancre sans massacrer son guindeau électrique

Une fois l’escale terminée, vient le moment fatidique de la remontée. Attention, beaucoup de plaisanciers font l’erreur coûteuse de croire que leur guindeau est un treuil de remorquage surpuissant.
Coordination entre moteur et guindeau par vent fort
Règle numéro un : le moteur propulse, le guindeau ramasse. Votre guindeau sert uniquement à avaler la chaîne molle, jamais à tracter les onze tonnes du voilier. Ne confondez pas treuil et moteur.
La communication est la clé entre l’équipier d’avant et le barreur. Je recommande des signes manuels clairs pour indiquer la direction de la chaîne. L’objectif est simple : garder la chaîne parfaitement verticale pour soulager la mécanique.
Le guindeau est un assistant de levage, pas un moteur de propulsion. Le forcer, c’est condamner sa mécanique à court terme.
Face aux rafales, la patience devient votre meilleure alliée technique. Attendez systématiquement une accalmie pour reprendre quelques mètres précieux.
En bref : moteur fournit la force, le guindeau assure le rangement.
Préserver le disjoncteur et la mécanique
Apprenez à écouter le chant de votre moteur électrique. Un ralentissement ou un bruit sourd signale une surchauffe immédiate. Lâchez le bouton avant que le disjoncteur thermique ne coupe tout brutalement.
Par vent faible, remontez la ligne par séquences courtes de cinq secondes. Laissez le poids de la chaîne pendante créer une caténaire qui tire naturellement le bateau. C’est de la physique élémentaire qui économise vos charbons.
Cette gestion fine de l’énergie rappelle l’optimisation nécessaire pour un potager sur voilier en micro-hydroponie où chaque ampère compte. C’est la même logique de préservation des ressources du bord.
Vérifiez vos connexions électriques, car des cosses oxydées font chauffer le moteur. Un entretien annuel rigoureux reste non négociable.
Un guindeau respecté et bien traité durera toute la vie du bateau.
Gérer le poids de la ligne en fin de remontée
Le moment où l’ancre dérape et quitte le fond est critique. C’est l’instant précis où la charge sur le barbotin atteint son maximum. Votre matériel souffre le plus durant ces quelques secondes.
Profitez de l’erre du bateau s’il avance encore légèrement pour finir la manœuvre. L’inertie aide considérablement à arracher l’ancre de la vase. Une fois à la verticale, la chaîne pendante pèse moins lourd.
Terminez la remontée en douceur pour aligner la verge dans le davier. Il faut éviter de cogner l’étrave avec l’acier galvanisé. L’ancre doit se loger naturellement sans forcer le mécanisme.
Une fois à poste, verrouillez toujours avec une goupille ou une sangle. Ne faites jamais confiance au seul frein du guindeau.
Un davier tordu par négligence représente une réparation aussi coûteuse que pénible.
La force des bras : techniques de remontée manuelle et astuces
Et si l’électricité vous lâche ? Pas de panique, nos ancêtres faisaient tout à la main. Voici comment ne pas s’épuiser.
Utiliser le poids de la ligne à son avantage
N’essayez pas de tout tirer en force brute contre les éléments. Attendez que l’étrave plonge dans le creux de la vague pour ravaler le mou, puis bloquez quand le bateau remonte. C’est la mer qui bosse pour vous.
Quand Éole fait la sieste, donnez une traction franche sur la ligne et patientez quelques secondes. Le poids de la chaîne en suspension va naturellement tirer le voilier vers l’avant. Répétez ce cycle tranquillement jusqu’à l’aplomb. C’est de la physique pure.
La remontée manuelle est une danse avec les éléments. Ne luttez pas contre le poids, apprenez à utiliser l’inertie de votre voilier.
Inutile de jouer les héros en remontant cinquante mètres d’une traite. Verrouillez la chaîne au taquet et reprenez votre souffle régulièrement. Votre dos vous remerciera plus tard.
Vos muscles ne sont pas des treuils infatigables. La patience préserve votre dos.
L’astuce du winch de cockpit pour les lignes lourdes
Si vos bras crient grâce, détournez le câblot vers un gros winch de génois à l’arrière. La démultiplication mécanique transforme une corvée épuisante en simple formalité. Vous gagnez une puissance de traction phénoménale.
Attention à ne pas scier votre gelcoat avec le frottement du cordage sous tension. Installez impérativement une poulie de renvoi ou une protection sur le chemin de la ligne. Un guindeau cassé ne doit pas ruiner votre peinture de pont. Soyez méticuleux.
Cette technique sauve la mise, surtout si vous mouillez profond comme lors d’une navigation en Sardaigne. Les fonds y sont traîtres et demandent souvent beaucoup de longueur de chaîne à remonter.
Un winch sous charge ne pardonne aucune distraction ou erreur d’inattention. Gardez vos doigts loin de la poupée ou vous le regretterez amèrement.
C’est souvent la seule option viable en solitaire. Votre survie en dépend parfois.
Sécurité des mains et posture lors du levage
Ne touchez jamais une chaîne ou un câblot sans une paire de gants de voile robustes. Une ligne qui file peut vous arracher la peau jusqu’à l’os en une fraction de seconde. C’est la règle d’or numéro un.
Oubliez votre dos, tout doit venir de la puissance de vos cuisses. Gardez le buste bien droit et fléchissez les genoux pour soulever la charge. Si vous tirez avec les lombaires, vous finirez bloqué au lit pour le reste de la croisière.
Gardez toujours un taquet libre à portée de main pour sécuriser la ligne instantanément. Si la chaîne repart, ne tentez jamais de la retenir à la force des poignets. Laissez le taquet encaisser le choc.
Le pont avant est une patinoire, surtout quand ça bouge. Assurez toujours une prise solide avec une main sur le balcon.
Un équipier blessé devient un poids mort. La sécurité passe avant la rapidité.
L’art de l’orin et la procédure standard de récupération
Parfois, l’ancre refuse de quitter le fond. Pour éviter ce stress, il faut avoir anticipé avec un orin bien placé.
L’importance préventive de la ligne de déclenchement
C’est une petite corde attachée au diamant de l’ancre et reliée à une bouée. Elle permet de tirer l’ancre “à l’envers”. Ce dispositif simple change tout.
C’est indispensable dans les zones rocheuses ou encombrées de vieux câbles. Cela évite de perdre son mouillage bêtement. Vous sécurisez ainsi votre matériel. C’est un geste de marin averti.
L’orin est votre ticket de sortie dans les fonds incertains. Mieux vaut perdre cinq minutes à le poser que deux heures à plonger.
L’orin doit être un peu plus long que la profondeur pour ne pas couler la bouée. Réglez-le avec précision.
Marquez votre bouée pour qu’on ne la confonde pas. C’est essentiel.
Plan A : procédure de remontée à la verticale
Avancez au moteur jusqu’à être exactement au-dessus de l’ancre. La chaîne doit être “à pic” avant de forcer. Positionnez-vous avec précision.
Une fois à la verticale, mettez le moteur au neutre. C’est le moment de vérité pour le guindeau ou vos bras. L’élan doit être totalement stoppé.
Une préparation minutieuse des manœuvres est la clé du succès à bord. Prenez le temps d’observer la réaction du bateau. La patience est votre meilleure alliée.
Si tout va bien, une simple traction verticale suffit à décrocher l’ancre du sable. Le soc se libère alors.
C’est la manœuvre standard que vous ferez 99% du temps. Retenez-la bien.
Identifier les blocages sous-marins courants
Si la chaîne est tendue comme un arc et que rien ne bouge, vous êtes coincé. Ne forcez pas comme un sourd. Reconnaissez immédiatement ce signal d’alerte.
Dans un port, c’est souvent une vieille chaîne-mère. En lac, une souche d’arbre. En mer, une faille rocheuse étroite. Analysez calmement la nature de l’obstacle.
Si le bateau tourne bizarrement autour du point fixe, l’ancre est probablement engagée sous un rocher plat. Observez attentivement cet angle de tire.
La panique fait faire des erreurs qui cassent le matériel. Réfléchissez avant d’agir. Il faut garder son sang-froid.
Préparez-vous à passer au plan B si nécessaire. La transition est cruciale.
Manœuvres de force : dégager une ancre bloquée par l’élan
La verticale n’a rien donné ? Il va falloir utiliser la puissance de votre moteur et la masse du bateau.
Utiliser l’inertie du bateau pour libérer le soc
Vous devez créer un choc contrôlé pour débloquer la situation. Dépassez la position de l’ancre en marche avant lente. Quand la chaîne se tend brutalement vers l’arrière, le choc sec peut déloger le soc.
Bloquez impérativement la chaîne sur un taquet. Ne faites jamais cela avec le guindeau, vous risquez de tout casser. Enroulez la chaîne sur un taquet solide pour protéger la mécanique électrique. C’est le taquet qui doit encaisser, pas le moteur.
L’élan d’un voilier de 10 tonnes est une force colossale. Utilisé avec parcimonie, il peut arracher n’importe quelle ancre de sa prison rocheuse.
Il faut parfois répéter l’opération plusieurs fois pour réussir. Tentez de tirer sous différents angles pour trouver le point de faiblesse.
Soyez prudents lors de la manœuvre. Allez-y progressivement pour ne rien arracher.
Vérifier la solidité des taquets d’amarrage
Évaluez les risques avant toute traction violente. Un taquet mal fixé peut s’arracher sous une traction brutale. Vérifiez systématiquement les contre-plaques sous le pont avant de forcer sur la structure.
Pensez à répartir la charge intelligemment sur le pont. Si possible, passez une amarre entre deux taquets pour diviser l’effort. C’est nettement plus sûr pour la structure du bateau face à ces tensions extrêmes.
Cette vérification est vitale, surtout dans les mouillages espagnols parfois rocheux où les blocages sont fréquents. Mieux vaut prendre une minute pour vérifier que de risquer une avarie structurelle majeure.
Surveillez attentivement les bruits du pont. Un craquement suspect doit vous faire arrêter tout de suite. Le gelcoat est malheureusement très fragile.
En conclusion, retenez ceci. Votre bateau est votre priorité absolue, pas l’ancre.
Traction latérale et angles de remontée faibles
Commencez par changer radicalement d’angle de traction. Laissez filer un peu de chaîne pour avoir un angle de tirage plus horizontal. Cela aide souvent l’ancre à glisser hors d’une faille.
Tentez ensuite de tirer sur le côté. Utilisez le moteur pour faire décrire un arc de cercle au bateau. L’ancre peut pivoter sur elle-même et se libérer d’elle-même grâce à cette rotation latérale.
Attention à bien surveiller l’hélice durant la manœuvre. Avec beaucoup de chaîne molle qui traîne, le risque de la prendre dans l’hélice est réel. Gardez toujours une veille visuelle active.
N’hésitez pas à utiliser les vagues environnantes. Le passage d’un sillage peut donner le petit coup de pouce nécessaire au bon moment.
Notez bien ceci pour finir. La persévérance finit presque toujours par payer.
Gérer l’imprévu en eaux profondes et pannes matérielles
La théorie est une chose, la réalité du terrain en est une autre. Surtout quand le matériel décide de vous lâcher au pire moment.
Système de levage improvisé avec les winchs de foc
L’astuce du nœud vous sauvera la mise. Attachez un cordage solide à la chaîne avec un nœud de bosse bien serré. Ramenez-le ensuite au winch pour remonter les premiers mètres sans forcer.
Coordonner deux winchs devient alors essentiel. Pendant qu’un winch tire la charge, préparez la seconde amarre plus bas sur la chaîne tendue. C’est un véritable travail d’équipe qui demande une synchronisation parfaite entre les équipiers.
L’improvisation en mer est une compétence vitale. Transformer ses winchs de foc en guindeau de secours sauve des situations désespérées.
Gérer le mou reste impératif pour la sécurité. Rangez la chaîne au fur et à mesure dans la baille, sans jamais la laisser s’entasser sur le pont.
C’est une méthode lente. Mais c’est d’une efficacité redoutable pour le bateau.
Expérience vécue dans les fonds de l’île de Biševo
Le contexte était particulièrement tendu. En Croatie, près de la Grotte Bleue, un voisin avait son guindeau grillé par 40 mètres de fond. Le poids de la chaîne était tout simplement colossal.
La mise en œuvre a immédiatement débuté. Nous avons appliqué la méthode des winchs pendant deux heures sous un soleil de plomb. Chaque mètre gagné représentait une petite victoire physique contre la gravité marine.
Je repense souvent à ces expériences marquantes en Méditerranée. Elles nous rappellent la fragilité de nos systèmes modernes. C’est une leçon d’humilité permanente pour tout chef de bord vraiment responsable.
La leçon apprise est sans appel. Ne jamais mouiller trop profond si l’on n’est pas sûr de sa capacité de remontée manuelle.
Souvenir impérissable. La solidarité entre marins a finalement permis de sauver son ancre.
Surveillance de l’hélice lors des manœuvres complexes
Le danger ultime guette sous la coque. Une chaîne dans l’hélice signifie la perte de propulsion et une possible voie d’eau grave. C’est le cauchemar absolu de tout skipper en manœuvre.
Maintenir la veille est obligatoire à l’avant. Un équipier doit surveiller visuellement la position de la chaîne par rapport à la coque. Communiquez en permanence avec le barreur pour ajuster le cap. La radio aide.
Gérer le courant est délicat. Le bateau peut dériver sur sa propre ligne si vous n’y prenez pas garde. Gardez toujours un peu de motricité pour contrer la dérive.
Utiliser une gaffe aide souvent. Elle peut aider à écarter la ligne de la coque dans les derniers moments critiques.
Rappel important. La sécurité du moteur passe toujours avant la récupération du fer.
Abandon de matériel et gestion des rechanges à bord
Parfois, il faut savoir dire stop pour sauver le bateau, même si ça fait mal au cœur. Si l’ancre est perdue, comment gérer la suite et combien cela va-t-il vous coûter ?
Marquage d’une ligne abandonnée avec une bouée
Ça arrive même aux meilleurs, croyez-moi sur parole. Si vous devez couper, attachez une bouée ou une bouteille à l’extrémité. Cela permettra de la retrouver plus tard sans trop de difficultés.
Ne partez surtout pas comme un voleur après l’incident. Glissez vos coordonnées dans un sac étanche fixé à la bouée. Les autres marins sauront que vous n’avez pas abandonné vos déchets n’importe comment.
Abandonner son mouillage est un aveu d’échec, mais le marquer proprement est une preuve de professionnalisme et de respect pour la mer.
N’oubliez pas de noter les coordonnées GPS. Prenez un point précis sur votre traceur pour guider le plongeur.
Un marquage propre facilite grandement la récupération future. C’est juste du bon sens.
Évaluer le coût réel du remplacement du mouillage
Parlons argent, car ça va piquer sévèrement votre budget. Une ancre moderne coûte entre 300 et 800 euros selon le modèle. Ajoutez à cela 50 mètres de chaîne et la facture s’envole.
La chaîne pèse lourd dans le budget global du bord. Le remplacement complet peut dépasser les 1000 euros pour un voilier de 11 mètres. C’est un investissement majeur qu’on ne veut pas refaire.
C’est encore pire lors des escales lointaines où le matériel est rare et les prix sont souvent gonflés par l’éloignement.
Pensez au marché de l’occasion pour limiter la casse. On peut parfois trouver des ancres de seconde main, mais vérifiez scrupuleusement leur état mécanique.
Perdre son fer est un luxe qu’on ne peut pas s’offrir souvent.
L’équipement de rechange : une nécessité absolue
Vous ne pouvez pas naviguer sans un filet de sécurité. Ayez toujours une deuxième ancre prête à l’emploi à bord. Elle doit être stockée dans un endroit accessible, pas au fond d’un coffre.
Ne reprenez pas la même chose, variez les plaisirs. Prenez un modèle différent de votre ancre principale pour plus de polyvalence. Une ancre plate complète bien une ancre charrue pour les fonds de vase.
J’ai appris cette leçon à la dure, un peu comme lors de nos imprévus de croisière en Albanie où l’adaptation était la clé.
Préparez soigneusement votre câblot secondaire avant de partir. 10 mètres de chaîne et 40 mètres de cordage plombé constituent un excellent mouillage de secours léger.
Un bon marin a toujours un plan de secours en acier. C’est non négociable.
Maîtriser l’art de multiplier les ancres au mouillage offre une stabilité inégalée et sécurise vos nuits foraines contre les éléments. Avant de jeter l’ancre, vérifiez méticuleusement votre configuration pour préserver votre précieux matériel des fonds rocheux. La sérénité absolue en mer ne s’improvise pas, elle se construit techniquement.


































