De la Bretagne au Pays Basque · Petit Guide du Plaisancier de la Côte Ouest
Carnet de Bord d’un Voilier de 10 mètres en Équipage Réduit
Rade de Brest · Glénan · Golfe du Morbihan · La Trinité-sur-Mer · Belle-Île · Île d’Yeu · La Rochelle · Bassin d’Arcachon · Biarritz · Hendaye
L’Atlantique, l’Océan Vrai — Ce que la Méditerranée n’est Pas
Il est 7h00. Le cockpit sent le café et l’iode. Dehors, l’horizon est une ligne nette entre un océan d’un bleu profond et un ciel qui promet d’être grand. Nous avons quitté le raz de Sein hier soir, et depuis, la houle de nord-ouest nous pousse vers le sud. Elle est longue, régulière, venue de loin, et le bateau danse dessus avec une fluidité que la Méditerranée ne connaît pas. Ici, on ne navigue pas contre la mer, on navigue avec elle. L’Atlantique ne se dompte pas : il s’épouse.
L’Atlantique, c’est l’école de la houle. C’est une mer qui respire par grandes pulsations venues du large, qui modèle les côtes depuis des millénaires et impose son rythme à tous ceux qui la fréquentent. Loin du trafic dense et des contraintes horaires de la Manche, l’Atlantique offre de l’espace, de la lumière, et une liberté que peu de mers en Europe peuvent égaler. De la pointe Bretagne au Pays Basque, c’est une succession de mondes : les îles bretonnes aux eaux turquoises, le golfe du Morbihan et ses mille secrets, la côte sauvage des Landes et ses plages infinies, les falaises vertigineuses du Pays Basque.
Ce guide vous emmène de la rade de Brest et les Glénans jusqu’à la baie de Saint-Jean-de-Luz et la frontière espagnole, en longeant la côte atlantique française dans sa diversité. Un voyage d’environ 700 à 800 milles nautiques, qui peut se faire en plusieurs étapes, sur une saison. Un voyage qui enseigne la patience face aux éléments, l’humilité devant l’océan, et la joie de découvrir des territoires maritimes d’une richesse inouïe.
Ce qu’il faut savoir avant de commencer
L’Atlantique est une mer puissante qui récompense ceux qui la préparent. Trois disciplines sont essentielles : la lecture de la houle (son orientation, sa période, son énergie), la météorologie océanique (les dépressions, l’anticyclone des Açores, les vents thermiques), et la gestion des marées, bien que moins extrêmes qu’en Manche, restent cruciales sur la côte bretonne. Le niveau minimal recommandé est le permis hauturier, avec une expérience significative en mer ouverte.
La vérité sur cet article, je vous la dois : Il est le résultat de plusieurs navigations au fils des années sur cet immense territoire de navigation, depuis mes débuts en navigation embarquée à l’école de voile des Glénans jusqu’à être moniteur en “pur et dur” sur vieux gréement, en passant par l’époque où j’avais un Sangria à Rochefort, puis La Rochelle, aux croisières familiales et petites courses du coté de Golfe Morbihanais et de Brest, … mais j’ai trouvé amusant de vous relater tout cela comme dans un journal de bord continu, un peu agrémenté d’un mini guide touristique et un peu technique.

La Houle : Le Pouls de l’Atlantique
Si en Manche les marées sont le moteur, sur la façade atlantique, c’est la houle qui rythme la vie du navigateur. Elle est le souvenir lointain des tempêtes qui agitent l’Atlantique nord. Elle peut parcourir des milliers de kilomètres avant de venir mourir sur nos côtes. Pour un plaisancier, elle est à la fois une alliée (pour la vitesse au portant) et un danger potentiel (à l’entrée des passes ou sur les côtes exposées).
- Comprendre la houle : La houle se caractérise par sa hauteur (de 1 à 5 mètres ou plus), sa période (de 6 à 14 secondes) et sa direction. Une houle de nord-ouest de 2 mètres avec une période de 12 secondes est confortable. Une houle de 3 mètres avec une période de 7 secondes est creuse, désordonnée et inconfortable, voire dangereuse.
- L’importance de la période : Une longue période (plus de 10 secondes) signifie que l’énergie de la houle est importante, mais elle est plus régulière et moins dangereuse pour la navigation côtière. Une courte période (moins de 8 secondes) est souvent le signe d’un vent local fort ou d’une mer formée par le vent, qui peut rendre les passes impraticables.
- Les houles dominantes : Sur la côte atlantique, les houles de secteur ouest à nord-ouest sont les plus fréquentes, apportées par les dépressions. Elles déferlent avec puissance sur les côtes exposées. Les houles de sud-ouest, moins fréquentes, sont souvent associées à de gros temps. Une houle de secteur est est rare, mais synonyme de beau temps stable.
Les Règles d’Or de la Houle
- Avant d’entrer dans un port ou un chenal, observez toujours la houle. Les passes orientées ouest ou nord-ouest peuvent être dangereuses avec une forte houle.
- Ne prenez jamais une passe par forte houle sans avoir repéré le rythme des vagues et sans vous être assuré que vous pouvez le franchir en sécurité.
- Le mouillage devant une plage peut être agréable par beau temps, mais devient rapidement inconfortable, voire dangereux, si la houle se lève.
- Consultez les prévisions de houle (modèles WaveWatch, Windy, Météo-France) avec la même attention que les prévisions de vent.
La Météorologie de l’Atlantique : L’Anticyclone des Açores et les Dépressions
La météo sur la façade atlantique est gouvernée par le jeu entre l’anticyclone des Açores et les dépressions islandaises. En été, l’anticyclone remonte vers le nord, apportant des vents de nord-ouest à nord-est, des journées ensoleillées et une mer souvent belle, surtout au sud de la Bretagne. En hiver, les dépressions se succèdent, apportant des vents forts de sud-ouest à nord-ouest, une mer très formée et des conditions difficiles.
Les vents dominants
- Nord-ouest (NW) : Le vent le plus typique après le passage d’une dépression. Il amène un temps frais, des éclaircies, mais souvent une mer forte avec une houle résiduelle.
- Ouest (W) : Associé à l’approche des fronts. Temps variable, parfois pluvieux, avec une mer souvent formée. Il peut être soutenu (force 5 à 7).
- Sud-ouest (SW) : Le vent du mauvais temps. Il annonce une dépression, avec de fortes pluies, des vents violents et une mer qui se lève rapidement. Il faut rentrer au port avant son arrivée.
- Nord-est (NE) : Le vent de l’été, en particulier au sud de la Bretagne. Il est souvent modéré, associé à l’anticyclone des Açores. C’est le vent idéal pour une navigation au près serré le long des côtes.
- Est (E) : Le vent de terre, typique en automne et en hiver dans le golfe de Gascogne. Il est souvent sec et peut être froid. Il crée une mer relativement calme le long de la côte.
Les outils météo indispensables
- CROSS (Centres Régionaux Opérationnels de Surveillance et de Sauvetage) : CROSS Etel (Morbihan), CROSS Corsen (Finistère) et CROSS Gris-Nez diffusent des bulletins météo marine pour les zones côtières et hauturières sur VHF.
- Météo-France Marine : Bulletins « Grands Fonds » et bulletins côtiers. Le bulletin « Golfe de Gascogne » est essentiel pour la navigation au sud de la Bretagne.
- Navtex : Indispensable pour les navigations hauturières, surtout au large du golfe de Gascogne, où les conditions peuvent changer rapidement.
- Applications : Windy (particulièrement performant pour la visualisation de la houle), Windguru, PredictWind. Pour la houle, les modèles WaveWatch III sont une référence.
Quand Naviguer sur la Côte Atlantique ?
La saison de navigation s’étend de mai à octobre. Le golfe de Gascogne a la réputation d’être une mer dangereuse en hiver, mais il est magnifique et accueillant en été.
| Mois | Temp. air | Fréquentation | Recommandation | Conditions |
|---|---|---|---|---|
| Mai-Juin | 12-20°C | Modérée | ★★★★★ | Meilleure période. Longues journées. Vents thermiques. Mer parfois fraîche. |
| Juillet-Août | 16-25°C | Très haute | ★★★ | Forte affluence, ports saturés. Vents souvent faibles à modérés. |
| Septembre | 14-22°C | Modérée | ★★★★★ | Idéal. Eau encore chaude, moins de monde, conditions stables. |
| Octobre | 10-18°C | Basse | ★★★ | Risque de coups de vent, mais peut offrir de très belles fenêtres. |
| Nov-Fév | 5-14°C | Nulle | ★ | Navigation déconseillée aux plaisanciers non préparés. Coups de vent fréquents. |
Le Voyage de Brest à Hendaye : L’Atlantique Étape par Étape
Le parcours proposé suit la côte atlantique du nord au sud, depuis la rade de Brest jusqu’à la frontière espagnole. C’est le sens naturel pour profiter des vents dominants de nord-ouest et de la houle.
Le Voyage de Brest à Hendaye : L’Atlantique Étape par Étape
Le parcours proposé suit la côte atlantique du nord au sud, depuis la rade de Brest jusqu’à la frontière espagnole. C’est le sens naturel pour profiter des vents dominants de nord-ouest et de la houle, mais aussi pour bénéficier des courants descendants le long de la côte bretonne. Ce voyage ne se conçoit pas comme une course, mais comme une succession d’étapes de 20 à 50 milles, au rythme des marées, des conditions météo et des escales qui méritent qu’on s’y attarde.
Chapitre 1 — Le Sud-Finistère : L’Écrin des Îles
Rade de Brest · Camaret-sur-Mer · Île de Sein · Baie d’Audierne · Archipel des Glénan · Concarneau · La Forêt-Fouesnant
Le Sud-Finistère, c’est le pays de l’Armor (la mer) dans ce qu’il a de plus pur. Après avoir contourné la Pointe du Raz et son raz mythique, le littoral s’adoucit. Les falaises s’abaissent, les paysages s’ouvrent sur des baies immenses, et surgissent des îles aux eaux couleur de lagon. C’est un terrain de jeu exceptionnel pour le plaisancier, où les possibilités de mouillages sont infinies. Mais c’est aussi une zone technique : courants, passes étroites, roches affleurantes et météo changeante exigent une navigation de pilotage et une bonne connaissance des marées.

1. De la Rade de Brest à Camaret-sur-Mer (15 milles)
La rade de Brest est l’un des plus grands plans d’eau abrités d’Europe. Pour le plaisancier, c’est une base de départ idéale, avec ses nombreuses zones de mouillage, ses ports (Moulin Blanc, Château), et ses services. Avant de prendre le large, c’est ici qu’on fait ses derniers réglages, qu’on s’approvisionne et qu’on consulte les bulletins météo des jours à venir.
La sortie de la rade se fait par le goulet de Brest, un passage de 1,8 mille de large entre la pointe du Petit Minou et la pointe du Portzic. Les courants de marée y atteignent 3 à 4 nœuds en vives-eaux, et le trafic militaire (base navale) impose une vigilance constante. Le balisage est excellent (feu du Petit Minou, feu du Portzic, cardinal Ouest de la Jument). Le passage se fait sans difficulté par temps calme, mais par vent d’ouest, la mer peut devenir formée à la sortie.
Camaret-sur-Mer, à l’extrémité de la presqu’île de Crozon, est la première escale naturelle. Son port est l’un des plus beaux de Bretagne : un bassin à flot protégé par une digue, encadré par la célèbre tour Vauban (classée UNESCO) et la chapelle Notre-Dame-de-Rocamadour. L’accès se fait par un chenal balisé, praticable 2 heures avant et après la pleine mer pour un tirant d’eau de 1,50 m. La capitainerie est très active, et les quais offrent toutes les commodités. Le mouillage est possible dans l’anse de Camaret, par beau temps, sur un fond de sable, mais l’exposition au nord-ouest peut être inconfortable.
Carnet de bord — Camaret
Nous avons mouillé dans l’anse, face à la tour Vauban. Le vent de nord-ouest est tombé en fin d’après-midi. La mer est devenue miroir. Nous sommes allés dîner à terre, dans un petit restaurant du port, où l’on sert un plateau de fruits de mer d’une fraîcheur inouïe. Le lendemain, nous prendrons la décision d’appareiller pour les Glénan ou de contourner la Pointe du Raz.
2. De Camaret à l’Île de Sein (25 milles)
Cette étape est l’une des plus techniques du parcours, car elle implique de contourner la Pointe du Raz et de franchir le Raz de Sein, un des courants les plus puissants de Bretagne. Le Raz de Sein sépare la pointe du Raz de l’île de Sein. En vives-eaux, les courants y dépassent 6 nœuds. La mer s’y forme rapidement par vent d’ouest, créant des « moutons » et des creux de 3 à 4 mètres.
Navigation :
- Ne jamais passer le Raz de Sein en vives-eaux par vent d’ouest. La règle est simple : si le coefficient de marée dépasse 80 et que le vent annoncé est force 4 ou plus d’ouest, on attend 24 heures.
- Le passage se fait idéalement à l’étale de courant, soit une demi-heure avant la pleine mer (PM) ou la basse mer (BM) à Brest. L’atlas des courants SHOM (ouvrage 550) est indispensable pour connaître la direction et l’intensité heure par heure.
- La route passe entre la Pointe du Raz et la Pointe du Van, puis par le plateau de Sein, où les hauts-fonds (moins de 5 mètres) sont nombreux. Le balisage est dense (cardinaux, feux) mais exige une lecture attentive.
L’Île de Sein (Enez Sun) est une île basse, à fleur d’eau, entourée de récifs. Elle est accessible par un chenal balisé, mais seul le port de plaisance (petit bassin à flot) permet un accueil sécurisé. Le mouillage forain est dangereux en raison des roches et des courants. L’île a une atmosphère unique : c’est ici qu’est partie, en juin 1940, la première unité française à rejoindre le général de Gaulle à Londres (les « Sénans »). Le phare d’Ar Men, l’un des plus célèbres au monde, se dresse à 7 milles au large, mais n’est pas accessible.
Carnet de bord — Raz de Sein
*Coefficient 72, mortes-eaux. Nous sommes partis de Camaret à 5h00, avant le lever du jour. Le courant était encore favorable. La mer était belle, une houle résiduelle de 1,5 m de nord-ouest. Le passage s’est fait sans accroc, mais le Raz grondait. Au large de la pointe du Raz, l’eau bouillonnait par endroits. Nous avons passé l’étale parfaitement. Une heure plus tard, nous étions à l’abri, sous le vent de l’île de Sein. Le café coulait dans le cockpit. Juliette n’avait pas dit un mot depuis deux heures.*
3. De l’Île de Sein à la Baie d’Audierne (15 milles)
La route se poursuit vers le sud, en longeant la côte sauvage du Cap Sizun. La baie d’Audierne est une vaste échancrure ouverte à l’ouest, réputée pour ses plages de surf et ses vents dominants. Elle n’offre que peu d’abris, mais Audierne (au fond de la baie) dispose d’un port de plaisance bien protégé, accessible 2 heures avant et après la pleine mer. C’est une escale pratique pour se ravitailler ou attendre une fenêtre météo avant de gagner les Glénans.
Une alternative plus sauvage est de contourner la pointe de Penmarc’h (avec son phare d’Eckmühl, visible de très loin) et de faire route directement vers les Glénan. Cette option allonge l’étape de 10 milles mais permet de gagner du temps.

4. L’Archipel des Glénan : Le Paradis du Plaisancier
À 15 milles au large de Concarneau, l’archipel des Glénan est sans doute l’une des destinations nautiques les plus prisées de France, et à juste titre. Neuf îles principales et des dizaines d’îlots émergent d’un plateau rocheux. L’eau y est d’une transparence étonnante, le sable est blanc, la végétation est presque méditerranéenne. C’est le berceau français de l’école de voile (les Glénans), et c’est aujourd’hui une réserve naturelle.
Naviguer aux Glénans : approche et pilotage
- L’archipel est entouré de hauts-fonds. L’approche se fait par l’est (depuis Concarneau) ou par l’ouest (depuis la baie d’Audierne). Dans les deux cas, le balisage est dense mais il faut suivre les chenaux balisés avec une attention de tous les instants. Les cartes marines (SHOM 7137, 7335) et les guides de pilotage (Bloc Marin, Glénans) sont indispensables.
- Les courants de marée peuvent atteindre 2 à 3 nœuds dans les passes entre les îles, en particulier dans le chenal de La Chambre. Il est conseillé d’arriver à l’étale de haute mer pour avoir une bonne visibilité des hauts-fonds.
- Le mouillage est libre dans certaines zones, mais il est interdit dans les réserves intégrales (balisées). Les zones autorisées sont nombreuses : baie de La Chambre, anse de Penneck, nord de l’île de Bananec, est de l’île Saint-Nicolas.
Les mouillages :
- La Chambre : le plus célèbre, entre Saint-Nicolas et Le Loc’h. Eau turquoise, sable blanc. Très fréquenté en été. Bonne tenue par vent de nord-ouest. Fond de sable, 2 à 5 mètres.
- Penneck (île de Penneck) : plus calme, eau moins profonde (1,5 à 3 m). Protégé des vents d’ouest. Idéal pour un équipage qui cherche la tranquillité.
- Bananec : au nord de l’île, mouillage sur sable, abrité du vent de sud. Un peu isolé, mais très beau.
- Le grand large : il est possible de mouiller au sud de l’archipel, face à la plage de Saint-Nicolas, mais par houle de sud-ouest, c’est inconfortable.
À terre :
- Seules les îles Saint-Nicolas et Le Loc’h sont habitées. L’accès à terre est réglementé. On y trouve l’école de voile des Glénans, un petit restaurant, une boutique, et des sentiers de découverte. Les autres îles sont interdites à l’accès pendant la nidification des oiseaux marins (printemps-été).
Carnet de bord — Les Glénans
*Mouillage à Penneck, par 3 mètres d’eau, sable blanc. Le vent est tombé dans la soirée. Nous sommes allés à terre en annexe. Le sable est si blanc qu’il en est presque aveuglant. Nous avons marché jusqu’à la plage du grand large. Pas un bruit, juste le ressac au loin. Le lendemain, un coup de vent de nord-ouest est annoncé. Nous décidons de partir tôt pour Concarneau, avant que la mer ne se forme.*
5. Des Glénans à Concarneau (15 milles) et La Forêt-Fouesnant
Le retour vers le continent se fait par le chenal de Concarneau, balisé et bien protégé. C’est une navigation côtière facile, sauf par vent de sud-ouest qui peut lever une mer courte.
Concarneau est l’une des villes les plus animées de la côte bretonne. La ville close, entourée de remparts, est un site touristique majeur, mais le port de plaisance (bassin à flot, plusieurs centaines de places) est très fonctionnel. L’accès se fait par un chenal balisé, avec une écluse. La capitainerie est efficace. On trouve à Concarneau toutes les commodités : grandes surfaces, chantiers navals, commerces.
La Forêt-Fouesnant, à 4 milles à l’est, est une alternative plus calme. Son port de plaisance (port de plaisance de La Forêt) est abrité, moins cher, et la petite ville a du charme. C’est aussi le point de départ pour visiter les îles de Loc’h et le bois de l’île, une petite réserve naturelle accessible en annexe.
6. Navigation côtière : Concarneau à Lorient (25 milles)
La route longe la côte sud du Finistère, en passant par les Abers (Les Abers du Sud : Aber Wrac’h, Aber Benoît — à ne pas confondre avec ceux du nord) et la baie de La Forêt. C’est une navigation de cabotage agréable, avec des mouillages possibles dans les anses (Mousterlin, Beg-Meil). Il faut cependant surveiller les hauts-fonds qui s’avancent loin au large (plateau des Glénan, roches de Penfret).
L’entrée dans le Morbihan se fait par la presqu’île de Quiberon et le passage de la Teignouse, qui sera détaillé dans le chapitre suivant.

Compléments techniques pour une croisière en voilier
Préparation météo avant chaque étape :
- Consulter les bulletins côtiers de Météo-France (zone « Iroise », puis « Belle-Île – Glénan »).
- Vérifier la houle : sur Windy, le modèle WaveWatch III donne la hauteur, la période et la direction. Une houle de plus de 2,5 mètres avec une période inférieure à 8 secondes rend les passes dangereuses.
- Les vents thermiques (nord-est) sont fréquents l’après-midi en été. Partir tôt le matin est souvent une bonne stratégie.
Marées et courants :
- Le Raz de Sein : consulter l’heure de l’étale à Brest. L’étale de pleine mer est le meilleur moment pour passer (courant nul, puis portant vers le sud). Le SHOM donne les coefficients et les horaires. Une erreur de calcul peut entraîner un courant de travers de 4 nœuds, déroutant rapidement le bateau.
- Aux Glénan, les courants sont modérés mais les hauts-fonds rendent le sondeur indispensable. Naviguer à vue avec les cartes « papier » ou sur tablette (Navionics, Géovoile) en vigilance constante.
Zones de mouillage :
- Camaret : anse de Camaret, fond sable, abri modéré. Tenue par vent de nord-ouest.
- Glénan : mouillages réglementés. Se renseigner auprès de la mairie de Fouesnant ou de la capitainerie de Concarneau. La plaisance y est surveillée.
- Concarneau : port à flot, réservation conseillée en été.
- Forêt-Fouesnant : mouillage possible dans la baie, mais fond vaseux par endroits.
Ravitaillement :
- Camaret : supermarchés, carburant (à la capitainerie), fruits de mer.
- Île de Sein : épicerie, mais stock limité. Mieux vaut prévoir avant.
- Concarneau : tous commerces, grandes surfaces, marché quotidien (excellent pour les poissons et crustacés).
- La Forêt-Fouesnant : marché le mercredi matin, supermarchés à proximité.
Sécurité :
Le CROSS Corsen (Finistère) couvre toute cette zone. Le canal 16 doit être écouté en permanence. Les bulletins météo sont diffusés sur VHF à heures fixes.
Les zones militaires (défense de Brest, zone d’entraînement de l’école navale) sont signalées sur les cartes. Ne pas y pénétrer sans autorisation.
Chapitre 2 — Le Morbihan : Le Golfe aux Mille Îles
Lorient · Port-Louis · Golfe du Morbihan · Île aux Moines · Île d’Arz · Belle-Île-en-Mer · Houat · Hoëdic · Quiberon · La Trinité-sur-Mer
Le Morbihan (Mor-Bihan, la « petite mer » en breton) est un concentré de tout ce qui fait la beauté de la côte atlantique française. C’est à la fois un golfe intérieur labyrinthique et une côte ouverte sur les îles les plus célèbres de Bretagne. La navigation y est d’une richesse exceptionnelle, mais aussi d’une complexité qui demande une préparation minutieuse. Ici, le plaisancier passe d’un univers protégé, presque lacustre, à une mer ouverte balayée par la houle atlantique. C’est un terrain de jeu infini, mais qui exige de connaître ses courants, ses passes et ses mouillages.
1. De Concarneau à Lorient et Port-Louis (25 milles)
Avant d’entrer dans le Morbihan, une étape s’impose : Lorient et sa voisine Port-Louis. L’approche se fait en longeant la côte sud du Finistère, en passant au large de la presqu’île de Rosporden et des roches de Penfret (les hauts-fonds qui prolongent les Glénan). La navigation est simple par temps calme, mais par vent d’ouest, la mer peut devenir formée.
Lorient est une ville au passé maritime intense : base de sous-marins allemands pendant la Seconde Guerre mondiale, puis base des sous-marins nucléaires français jusqu’en 1997. Aujourd’hui, c’est un grand centre nautique avec la Cité de la Voile Éric Tabarly, un musée interactif incontournable pour tout navigateur. Le port de plaisance (Port de Plaisance de Lorient) est vaste, bien protégé, mais l’entrée se fait par le chenal de la rade, balisé et accessible sans contrainte de marée. Lorient est aussi un excellent point de ravitaillement et de réparation.
Port-Louis, sur la rive opposée de la rade, est un petit port de caractère. Sa citadelle du XVIIe siècle (aujourd’hui musée de la Compagnie des Indes) domine l’entrée de la rade. Le port de plaisance est plus intime, mais les places sont limitées. Le mouillage est possible dans l’anse de Port-Louis, sur un fond de sable, mais il faut être prudent avec les courants qui peuvent y atteindre 2 nœuds.
Carnet de bord — Lorient
Nous avons passé une journée à la Cité de la Voile. Voir le Pen Duick VI de Tabarly, toucher l’histoire des grands navigateurs, ça donne des ailes. Le soir, nous avons dîné dans un restaurant de la base sous-marine, un lieu chargé d’histoire. Le lendemain, nous appareillons pour le golfe. La météo annonce un vent de nord-est modéré. C’est parfait pour entrer dans le golfe par le passage de la Jument.
2. L’Entrée dans le Golfe du Morbihan : Le Passage de la Jument
Le golfe du Morbihan est une mer intérieure de 20 km de long sur 15 km de large, parsemée de 42 îles (et plus de 300 îlots à marée basse). Son accès unique est le passage de la Jument, un goulet large d’environ 1 km entre la presqu’île de Locmariaquer et la pointe de la Jument (sur l’île aux Moines). Ce passage est réputé pour ses courants de marée extrêmement puissants : jusqu’à 4 nœuds en vives-eaux. La moindre erreur de timing peut rendre la traversée difficile, voire dangereuse, surtout par vent contraire.
Navigation dans le passage de la Jument :
- Ne jamais tenter le passage par vent de sud-ouest fort (force 5 ou plus) en vives-eaux. La mer se forme rapidement, avec des creux de 2 mètres et un courant qui crée des « moutons » violents.
- Le meilleur moment : à l’étale de courant. L’étale de pleine mer est le moment où le courant entre dans le golfe (flot) s’arrête avant d’inverser (jusant). L’étale de basse mer est l’inverse. Ces étales durent environ 20 à 30 minutes. En vives-eaux, il faut viser l’étale de pleine mer, qui offre une mer plus calme et une meilleure visibilité des hauts-fonds.
- Les cartes et guides indispensables : SHOM 7134 (rade de Lorient à Golfe du Morbihan), le guide « Golfe du Morbihan » des Éditions du Glénan, ou le bloc marine « Bretagne Sud ». Le balisage est dense : quatre bouées cardinales (N, S, E, W) marquent le passage, mais les courants peuvent décaler le bateau.
- Une technique courante : attendre le début du flot ou du jusant pour entrer, mais en restant dans l’axe du chenal. Avec un courant favorable de 2 nœuds, on franchit le goulet en 10 minutes. Mais il faut être prêt à manœuvrer si la mer devient agitée.
Une fois à l’intérieur :
Le golfe s’ouvre comme un immense lac. Les courants restent forts dans les chenaux principaux (jusqu’à 3 nœuds), mais diminuent dans les anses. La navigation intérieure est un jeu de piste : il faut suivre les balises (parfois éloignées), surveiller le sondeur en permanence, et ne jamais quitter des yeux la carte. Les hauts-fonds sont nombreux, et la différence entre la pleine mer et la basse mer peut atteindre 8 mètres en vives-eaux.
3. Naviguer dans le Golfe : Île aux Moines, Île d’Arz, et Mouillages
Le golfe offre des dizaines de mouillages, mais la réglementation est stricte : certaines zones sont interdites à la navigation (réserves naturelles) ou au mouillage (herbiers de zostères). Il faut se renseigner auprès des capitaineries ou consulter les panneaux d’information.
Île aux Moines : la « cathédrale » du golfe
L’île aux Moines est la plus grande île du golfe. Elle est accessible par un chenal balisé (chenal de la Jument puis chenal de l’île aux Moines) qui mène au port de Le Palais (ne pas confondre avec Belle-Île). Le port est petit, mais bien protégé. Les mouillages sont nombreux autour de l’île :
- Mouillage de l’île aux Moines (nord) : à l’est du port, sur sable, abrité du vent de nord-ouest. Par beau temps, c’est un endroit magnifique.
- Anse de Pen-Bron : entre l’île et la presqu’île de Locmariaquer. Fond de sable, eau peu profonde (2-3 m). Attention aux courants.
- Anse de Kerjulien : au sud de l’île, face à l’île d’Arz. Abrité du vent de nord.
Île d’Arz : la plus sauvage
L’île d’Arz est moins fréquentée que sa voisine. Son port, Le Passage, est minuscule. Le mouillage est possible dans l’anse de Port-Navalo (face au golfe) ou dans la baie de Trédion, sur sable. Les courants y sont modérés.
Mouillages en presqu’île de Rhuys et Locmariaquer
La côte sud du golfe (presqu’île de Rhuys) offre des mouillages abrités : Port-Navalo (port de plaisance bien équipé), Saint-Gildas (anse sableuse), et Locmariaquer (petit port à l’entrée du golfe, accessible à marée haute pour les voiliers). Locmariaquer est aussi le point de départ de la célèbre Table des Marchands, un site mégalithique exceptionnel.

Carnet de bord — Golfe du Morbihan
Nous avons mouillé dans l’anse de Pen-Bron, face à l’île aux Moines. Le soir, la marée descendante a découvert d’immenses bancs de sable. Nous sommes allés à terre en annexe. Des oies cendrées pataugeaient dans les vasières. C’est une sensation unique : voir la mer se retirer à perte de vue, laissant derrière elle un paysage lunaire. Le lendemain, nous avons profité du flot pour sortir du golfe et mettre le cap sur Belle-Île.
4. Belle-Île-en-Mer : La Souveraine
À 9 milles au large de Quiberon, Belle-Île est la plus grande des îles bretonnes (17 km de long, 10 de large). C’est un petit pays à part entière, avec ses falaises de schiste bleu, ses plages de sable fin, son phare de Goulphar, et sa citadelle Vauban qui domine le port du Palais. Pour le navigateur, Belle-Île est une destination majeure, mais il faut savoir choisir son mouillage selon le vent et la houle.
Approche et accès
L’île est entourée de hauts-fonds, surtout à l’est et à l’ouest. Les principaux points d’accès sont :
- Port du Palais : le port principal, situé dans une rade abritée. L’entrée se fait par un chenal entre deux jetées, accessible par tous les temps, mais attention aux courants et à la houle résiduelle. Le port dispose de plusieurs centaines de places, mais en été il est complet. Il faut réserver.
- Port de Sauzon : au nord-ouest, dans une jolie ria. C’est un petit port très prisé, mais l’entrée est étroite et soumise à la marée. L’accès n’est possible qu’à pleine mer pour les voiliers de plus de 1,50 m de tirant d’eau.
- Mouillages forains : Belle-Île offre des mouillages d’exception, mais tous ne sont pas abrités de la houle. Il faut choisir en fonction de la direction du vent et de la houle.
Les mouillages recommandés
- Anse de Ster Wenn (côte sud-ouest) : une petite crique abritée du vent de nord-ouest, avec un fond de sable et d’algues. C’est un des plus beaux mouillages de l’île. Par houle de sud-ouest, à éviter.
- Baie de Port-Coton (côte ouest) : célèbre pour ses aiguilles de roche. Le mouillage est possible par vent d’est, mais c’est un site très exposé. On y vient surtout pour admirer le paysage.
- Anse de Goulphare (côte sud) : devant le phare. Mouillage sur sable, abrité du vent de nord. Par houle de sud, inconfortable.
- Plage de Donnant (côte nord) : grande plage de sable, mouillage possible par vent de sud. Attention aux rouleaux si la houle est formée.
- Anse de Locmara (côte est) : près de Sauzon, abritée du vent de nord-ouest, mais exposée à la houle d’est.
À terre
- Le Palais : ville fortifiée, avec sa citadelle (musée), ses ruelles commerçantes, ses restaurants. La citadelle Vauban, construite au XVIIe siècle, domine le port. La visite est incontournable.
- Sauzon : petit port de pêche et de plaisance, très charmant. C’est le point de départ pour explorer la côte sauvage (pointe des Poulains, phare de Goulphar).
- La côte sauvage : entre Sauzon et le Palais, une succession de falaises déchiquetées, d’aiguilles, de grottes. Elle se découvre à pied, mais aussi en bateau (il existe des locations de petits bateaux à moteur).
La houle à Belle-Île
Belle-Île est exposée à la houle atlantique. Une houle de nord-ouest de 2 mètres avec une période de 10 secondes est supportable sur la côte sud, mais rend inconfortable les mouillages de la côte nord. Une houle de sud-ouest de 3 mètres peut rendre l’entrée du Palais délicate. Consultez toujours la prévision de houle avant de vous engager.
Carnet de bord — Belle-Île
Nous sommes arrivés au Palais par une belle matinée de juin. Le vent était faible, la houle presque nulle. Nous avons trouvé une place au port. L’après-midi, nous avons marché jusqu’à la pointe des Poulains, où se dresse le phare et la maison de Sarah Bernhardt. Le paysage est à couper le souffle : des falaises plongeant dans une mer d’un bleu profond. Le soir, nous avons dîné dans un petit restaurant de Sauzon, du homard breton arrosé d’un muscadet. Le lendemain, nous avons levé l’ancre pour Houat.
5. Houat et Hoëdic : Les Îles Sœurs
À une douzaine de milles au sud de Quiberon, les îles de Houat (prononcé « Houate ») et Hoëdic (prononcé « Hédic ») forment un archipel préservé. Elles sont moins fréquentées que Belle-Île, mais offrent une beauté sauvage et une eau d’une clarté exceptionnelle.
Houat
- Accès : Le port de Port-Houat est situé sur la côte nord-est. L’entrée est balisée, mais il faut naviguer entre des hauts-fonds. Le port dispose d’une centaine de places, mais en été, il est vite complet. Le mouillage est possible dans la baie de Tréach er Goured (au sud du port), sur sable.
- Mouillages : La côte ouest de Houat offre plusieurs anses abritées du vent d’est. La baie de la Côte est magnifique, mais il faut être vigilant avec les courants.
- À terre : L’île est petite (3 km de long). On peut la traverser à pied en une heure. Les plages de sable blanc sont parmi les plus belles de Bretagne. Il y a un petit village, quelques restaurants et un marché en été.
Hoëdic
- Accès : Le port de Port-Hoëdic est encore plus petit que celui de Houat. Il est accessible par un chenal étroit. Les places sont rares. Le mouillage est possible dans la baie de Tréach er Porth (au nord-ouest), mais il faut bien choisir son fond.
- À terre : Hoëdic est plus sauvage que Houat. Ses falaises de schiste et ses plages isolées en font un lieu de calme absolu. Le village est minuscule. Les randonneurs apprécient le tour de l’île.
Carnet de bord — Houat
Nous avons mouillé dans la baie de la Côte, par 4 mètres d’eau, sable blanc. L’eau était si claire qu’on voyait les ombres des poissons passer sous le bateau. Le soir, nous sommes allés à terre en annexe. La plage était déserte. Nous avons marché jusqu’au village, acheté du pain et des huîtres chez le producteur. Le lendemain, nous avons appareillé pour Quiberon, avec une pensée pour ces îles préservées.
6. La Presqu’île de Quiberon et La Trinité-sur-Mer

La presqu’île de Quiberon est un lieu de passage obligé. Elle est reliée au continent par un isthme étroit, et ses deux côtes sont très différentes : à l’ouest, la côte sauvage (falaises, grottes, plages de galets) ; à l’est, la baie de Quiberon (plus calme, avec ses plages de sable). Pour le navigateur, deux ports principaux :
- Port-Haliguen (à l’est) : grand port de plaisance, bien protégé. C’est une excellente base pour visiter la presqu’île.
- Port de Quiberon (ville) : plus petit, mais central. Attention, l’accès est soumis à la marée (chenal ensablé).
La Trinité-sur-Mer est le temple de la voile française. C’est ici que se préparent les grandes courses (Solitaire du Figaro, Route du Rhum). Le port est immense, souvent bondé, mais son atmosphère est unique. On y croise des voiliers de légende, des multicoques de course, des classiques en bois magnifiques. La capitainerie est très active. La ville possède de nombreux commerces, chantiers navals, et une école de voile réputée. Pour tout navigateur, une escale à La Trinité est un moment de partage et d’inspiration.
Carnet de bord — La Trinité-sur-Mer
*Nous avons passé trois jours à La Trinité. Le vent était au nord-est, trop faible pour naviguer. Nous en avons profité pour visiter les chantiers, discuter avec d’autres plaisanciers. Un soir, nous avons rencontré un skipper qui préparait son Figaro pour la Solitaire. Il nous a parlé de sa passion pour la mer, des nuits sans sommeil, des réglages millimétriques. Je me suis senti bien petit avec mon voilier de 10 mètres, mais en même temps, j’ai validé que la voile, c’est une affaire de passion, pas de taille.*
7. Courants, Marées et Conseils de Navigation
Le Morbihan est une zone où les courants de marée sont très forts, surtout dans le passage de la Jument (jusqu’à 4 nœuds) et dans les chenaux du golfe (3 nœuds). La connaissance des horaires de marée est indispensable. Voici quelques règles d’or :
- Avant d’entrer dans le golfe, calculez l’heure de l’étale de pleine mer. C’est le moment le plus favorable.
- Dans le golfe, naviguez au sondeur. Les hauts-fonds sont nombreux, et la carte n’est pas toujours précise à quelques mètres près.
- Les mouillages dans le golfe sont réglementés. Renseignez-vous auprès des capitaineries ou sur les panneaux d’information. Certaines zones sont interdites pour protéger les herbiers.
- Pour Belle-Île, Houat et Hoëdic, la houle est l’élément clé. Même par beau temps, une houle résiduelle peut rendre certains mouillages inconfortables ou dangereux.
Tableau des distances (étapes typiques) :
| Trajet | Distance | Temps de navigation (voilier 6-7 nœuds) |
|---|---|---|
| Concarneau – Lorient | 25 M | 4-5 h |
| Lorient – Passage de la Jument | 20 M | 3-4 h |
| Passage – Île aux Moines | 5 M | 1 h |
| Île aux Moines – Belle-Île (Le Palais) | 20 M | 3-4 h |
| Belle-Île – Houat | 12 M | 2-3 h |
| Houat – La Trinité-sur-Mer | 12 M | 2-3 h |
8. Gastronomie du Morbihan
Le Morbihan est une terre de produits de la mer et de traditions.
- Huîtres de Quiberon et de la presqu’île de Rhuys : élevées dans les eaux claires du golfe, elles sont réputées pour leur chair ferme et iodée.
- Homard breton : pêché au large des îles, c’est un met d’exception.
- Coquilles Saint-Jacques : la baie de Quiberon et le golfe en produisent de très belles (saison d’octobre à avril).
- Crêpes et galettes : au blé noir (sarrasin), avec du beurre salé. Les crêperies sont nombreuses.
- Cidre et kouign-amann : les classiques bretons.
Conclusion de cette partie
Le Morbihan est un concentré de ce que la Bretagne offre de plus beau au navigateur : des eaux turquoise, des îles préservées, des ports de caractère, et une culture maritime intense. Mais c’est aussi une zone qui exige de la rigueur. Le passage de la Jument, les courants du golfe, la houle autour des îles, tout cela rappelle que la navigation ne se fait pas à la légère. Ceux qui prendront le temps de bien préparer leur route, de respecter les marées et d’écouter les bulletins météo seront récompensés par des escales inoubliables.
Épilogue
Nous avons quitté La Trinité-sur-Mer par un matin calme. Le vent devait se lever dans l’après-midi. Nous avons mis le cap vers le sud, direction l’île d’Yeu. Derrière nous, les îles du Morbihan s’estompaient dans la brume légère. Karine regardait le sillage. Elle a dit : « C’est la plus belle mer du monde. » Je n’ai pas répondu, mais je pense la même chose depuis des années.
Chapitre 3 — De la Vilaine à l’Estuaire de la Loire

Le Crouesty · Pénestin · Piriac-sur-Mer · Le Croisic · La Baule · Saint-Nazaire
En quittant le Morbihan, le paysage change. Le granit breton, omniprésent des Glénan à Belle-Île, laisse progressivement place au sable et aux marais salants. C’est le début de la Bretagne méridionale, une côte plus douce, bordée de longues plages et de stations balnéaires élégantes, mais aussi ponctuée de petites criques et de ports de caractère. La navigation devient moins technique que dans le golfe du Morbihan, mais deux éléments imposent une vigilance accrue : les courants de la Vilaine et le franchissement de l’estuaire de la Loire, une barre naturelle redoutée. C’est ici que la mer atlantique montre toute sa puissance, et que le plaisancier doit combiner patience, calcul des marées et observation de la houle.
1. De La Trinité-sur-Mer au Crouesty (12 milles)
La route longe la côte sud du Morbihan, en passant au large de la presqu’île de Quiberon puis en entrant dans la baie de Quiberon. C’est une navigation côtière simple par beau temps, mais il faut rester attentif aux courants qui peuvent atteindre 2 nœuds près de la côte. Le Crouesty (Port du Crouesty, à Arzon) est l’un des plus grands ports de plaisance d’Europe. Pour beaucoup de plaisanciers, c’est une simple étape technique : on s’y approvisionne, on y répare, on attend une fenêtre météo. Pourtant, le site mérite qu’on s’y attarde un peu.
Port du Crouesty
Le port est immense, avec plus de 2 500 anneaux. Il est protégé par une digue et offre tous les services : capitainerie ouverte 24h/24, carburant, chantier naval, grandes surfaces, restaurants. L’accès est libre à toute heure, mais en été, il est impératif de réserver. Le Crouesty est une base idéale pour rayonner : d’un côté, le golfe du Morbihan et l’île aux Moines ; de l’autre, la côte sauvage de la presqu’île de Rhuys et les îles de Houat, Hoëdic. Mais pour le voyageur qui poursuit vers le sud, c’est aussi le dernier grand port avant d’affronter l’estuaire de la Vilaine et la Loire.
Carnet de bord — Crouesty
Le Crouesty n’a pas le charme d’un petit port breton. C’est une ville de béton, fonctionnelle. Mais nous y avons trouvé tout ce dont nous avions besoin : une pompe à gasoil, une boulangerie ouverte tôt, et un chantier qui nous a changé une ampoule de feu de mât. Nous avons passé la soirée à bord, à étudier les cartes de la Vilaine et de la Loire. Demain, nous appareillerons pour Piriac. Il faut partir au bon moment.
2. Du Crouesty à l’Estuaire de la Vilaine (15 milles)
La route contourne la presqu’île de Rhuys par l’ouest, puis longe la côte jusqu’à l’embouchure de la Vilaine. C’est une côte basse, avec des plages de sable et des falaises de schiste par endroits. Les ports de Pénestin (port de la Trinité-sur-Mer ? Non, Pénestin est une commune avec un petit port à marée, Tréhiguier) et Piriac-sur-Mer sont les principales escales.
Pénestin et le port de Tréhiguier
Tréhiguier est un petit port à marée, situé dans l’anse de Pénestin. Il est accessible uniquement à pleine mer pour les voiliers de plus de 1,20 m de tirant d’eau. Le port est charmant, entouré de maisons basses, avec quelques restaurants et une criée. C’est une étape idéale pour ceux qui veulent découvrir les marais salants de la presqu’île (les salines de Pen-Bé). Le mouillage est possible devant la plage, par beau temps, mais il n’est pas protégé de la houle d’ouest.
Piriac-sur-Mer
Piriac est un petit port de pêche et de plaisance, situé dans une crique naturelle. Il est réputé pour ses maisons de granit et son ambiance authentique. Le port de plaisance (Port de Piriac) est bien protégé, mais l’entrée est étroite et soumise aux courants. En vives-eaux, le courant à l’entrée peut atteindre 2 nœuds. Les places sont limitées. Le mouillage est possible dans l’anse, sur sable, mais il faut éviter la zone des parcs à huîtres.
La Vilaine : franchir l’estuaire
La Vilaine est un fleuve côtier qui se jette dans l’Atlantique entre Piriac et la pointe de Pen Lan. Son estuaire est large d’environ 2 km, mais il est barré par une barre naturelle où la houle peut déferler par gros temps. Pour le plaisancier qui vient du nord et qui veut se rendre vers le sud, il n’est pas nécessaire de remonter la Vilaine ; on la traverse simplement. Mais il faut connaître ses courants : le courant de flot (montant) remonte l’estuaire à plus de 2 nœuds, et le jusant (descendant) descend aussi fort. Si vous traversez par vent d’ouest, le courant peut créer des « moutons » violents. La meilleure méthode : traverser à l’étale de pleine mer, quand les courants sont faibles et que la barre est moins active.
3. Le Croisic : La Porte du Pays Blanc
Après avoir franchi l’estuaire de la Vilaine, la côte devient plus découpée, avec des falaises de silex et de schiste. Le Croisic est une ville de caractère, ancien port de pêche et station balnéaire élégante. C’est aussi un port de plaisance important, bien protégé, avec une grande capacité d’accueil.
Accès au port du Croisic
Le port se trouve dans le bassin de la ville, accessible par un chenal balisé entre deux jetées. L’entrée est possible à toute heure, mais par forte houle d’ouest, il peut y avoir un roulis important à l’entrée. Le tirant d’eau maximal est de 2,50 m. Une fois à l’intérieur, le bassin est calme. La capitainerie est très active. Le port du Croisic est un excellent point de chute pour visiter la presqu’île de Guérande (célèbre pour ses marais salants) et les plages de La Baule.
À terre
- Le Croisic : vieille ville avec ruelles pavées, maisons de pêcheurs, et une promenade sur les remparts. Le Musée des Marais Salants retrace l’histoire du sel.
- La presqu’île de Guérande : les marais salants s’étendent à perte de vue. On peut y acheter du sel de Guérande (fleur de sel, sel gris) directement chez les producteurs. Le village de Batz-sur-Mer est un autre petit port charmant, avec un port à marée.
- La Baule : la fameuse station balnéaire, avec sa plage de 9 km de long. Le port de plaisance de La Baule (Port de Pornichet) est plus grand, mais moins authentique que Le Croisic.
Carnet de bord — Le Croisic
Nous avons passé deux jours au Croisic. Le premier jour, le vent était trop fort pour sortir, nous en avons profité pour visiter les marais salants. Le deuxième jour, la météo annonçait un créneau pour traverser l’estuaire de la Loire. Nous avons appareillé à 6h00, avec le flot. La houle était encore modérée. Le Croisic nous a laissé un souvenir de pierres grises et de lumière dorée sur les marais.
4. Le Passage de l’Estuaire de la Loire

L’estuaire de la Loire est un obstacle majeur sur la route vers le sud. C’est un fleuve large de plusieurs kilomètres, avec des courants puissants (jusqu’à 4 nœuds en vives-eaux), des bancs de sable mouvants, et un trafic maritime important (chantiers navals de Saint-Nazaire, cargos). La traversée doit être préparée avec soin.
Trois options pour traverser :
- La route directe par le large : partir du Croisic ou de Pornichet, mettre le cap au sud-ouest pour passer au large de la pointe de Saint-Gildas, puis remonter vers Pornic ou Saint-Nazaire. Cette route est la plus simple, mais elle allonge de 10 à 15 milles. Elle est recommandée par temps de houle ou de vent, car on évite les zones de barre.
- Le passage par le chenal sud : emprunter le chenal entre la pointe de Chemoulin (Saint-Nazaire) et le plateau du Four. C’est la route la plus directe, mais elle nécessite de bien connaître les marques et d’avoir une bonne visibilité. Les courants y sont forts, et le trafic des ferrys (vers Saint-Nazaire) peut être dense. Balisage : cardinal Ouest du Four, puis bouées latérales. Ce passage est déconseillé par fort vent d’ouest.
- La traversée par l’estuaire intérieur : pour ceux qui souhaitent visiter Pornic ou Saint-Nazaire, on peut remonter l’estuaire par le chenal de la Loire. Mais il faut alors composer avec les horaires de marée (le chenal n’est pas accessible à basse mer pour les voiliers de plus de 1,50 m) et la présence des cargos. Une VHF en écoute permanente est indispensable.
Conseils pratiques :
- Consulter l’heure de pleine mer à Saint-Nazaire. La traversée est plus facile à l’étale de pleine mer, quand les courants sont faibles et que les bancs sont bien couverts.
- Écouter le canal 9 (marina de Saint-Nazaire) et le canal 16 pour les avis de trafic.
- Si la houle dépasse 2 mètres avec une période inférieure à 8 secondes, il est prudent de différer la traversée. La barre du sud de l’estuaire (plateau du Four) peut être dangereuse.
- Ne pas traverser dans le chenal des ferrys (qui relie Saint-Nazaire à la côte sud). Rester dans la zone de plaisance.
Saint-Nazaire : escale ou pas ?
Saint-Nazaire est une ville industrielle, célèbre pour ses chantiers navals (les paquebots Queen Mary 2, Normandie, etc.). Le port de plaisance (Port de Saint-Nazaire) est moderne, bien protégé, mais la ville n’a pas le charme des ports bretons. Pour ceux qui veulent visiter le Musée Escal’Atlantic (sur les paquebots) ou l’écomusée des chantiers, c’est une escale intéressante. Sinon, on peut continuer vers le sud sans s’arrêter.
5. De l’Estuaire de la Loire à Pornic (15 milles)
Une fois l’estuaire franchi, on entre dans la côte de Jade (Vendée). La côte devient plus douce, avec des falaises de schiste et de calcaire, des plages de sable et de petits ports de pêche. Pornic est la première escale majeure.
Pornic
Pornic est une station balnéaire très appréciée, avec un vieux port en pierre, un château du XIIIe siècle (remanié) et un port de plaisance bien protégé. L’accès se fait par un chenal entre deux jetées, praticable à toute heure. Le port est équipé de pontons, et la ville offre toutes les commodités. Pornic est aussi un point de départ pour visiter la côte sauvage (falaises de la Jard, plages de La Bernerie-en-Retz).
Mouillages autour de Pornic
- Baie de Pornic : devant la plage, sur sable, mais l’exposition à la houle d’ouest peut être gênante.
- Anse de la Ria : une petite crique à l’est, plus abritée, mais il faut surveiller la profondeur.
- Port de la Bernerie : petit port à marée, accessible pour les annexes.
6. Navigation Côtière : Pornic à Noirmoutier (25 milles)
Après Pornic, la côte s’ouvre sur la baie de Bourgneuf et l’île de Noirmoutier. C’est une navigation de cabotage facile par beau temps. Il faut cependant surveiller les bancs de sable qui s’avancent loin de la côte (plateau des Chevaux, banc de la Fosse). Le port d’attache idéal est l’Herbaudière, sur Noirmoutier.
Noirmoutier : l’île aux mimosas
Noirmoutier est une île reliée au continent par un pont (et par le passage du Gois, une route submersible à marée basse). Pour le navigateur, le port de l’Herbaudière, à la pointe nord, est l’accès principal. C’est un port moderne, bien protégé par une digue. Il dispose de plusieurs centaines de places. L’entrée est libre à toute heure, mais par houle de nord-ouest, il peut y avoir un peu de roulis à l’entrée.
Mouillages à Noirmoutier
- Anse de l’Herbaudière : mouillage possible devant le port, sur sable, mais c’est très exposé.
- Baie de la Guérinière : sur la côte sud, abritée du vent de nord. Eau peu profonde, fond de sable. C’est un mouillage agréable par beau temps.
- Plage des Dames : à Noirmoutier-en-l’Île, mais l’accès est réservé aux petits bateaux.
À terre
Noirmoutier est réputée pour ses marais salants (sel de Noirmoutier), son bois de la Chaize (forêt de chênes verts), ses plages, et le château de Noirmoutier (musée). Le passage du Gois est une curiosité : une route de 4 km submersible à marée haute. Le port de Noirmoutier-en-l’Île est un petit port à marée, très charmant.
Carnet de bord — Noirmoutier
Nous avons mouillé dans la baie de la Guérinière. Le vent était faible, la mer plate. Nous sommes allés à terre en annexe. Les plages étaient presque désertes. Nous avons marché jusqu’à l’église de la Guérinière, acheté du sel chez un producteur. Le soir, nous avons dégusté des huîtres de Noirmoutier, avec un verre de muscadet. Profité aussi d’avoir trouvé un petit maraicher qui a accepter de nous céder quelques petites pomme de terre de son jardin … un vrai délice sautées à la poele simplement dans le beure à la fleur de sel.C’était une parenthèse de calme avant la côte vendéenne.
7. Conseils de Navigation pour le Chapitre 3
- Courants : Les courants de marée dans la baie de Quiberon et l’estuaire de la Vilaine sont modérés (2 nœuds max), mais dans l’estuaire de la Loire, ils peuvent atteindre 4 nœuds en vives-eaux. La connaissance des horaires est cruciale.
- Houle : La côte du sud Morbihan et de la Loire-Atlantique est exposée à la houle d’ouest. Une houle de 2 mètres peut rendre l’entrée du Croisic inconfortable et celle de l’Herbaudière délicate. Consultez les prévisions de houle.
- Ports à marée : Pénestin (Tréhiguier), Piriac, et Noirmoutier-en-l’Île ont des accès limités par la marée. Vérifiez les horaires de pleine mer.
- Carburant : Le Crouesty, Le Croisic, l’Herbaudière, et Pornic ont des stations-service.
- Zones protégées : Les marais salants et les parcs à huîtres sont souvent délimités. Ne pas mouiller dans les zones ostréicoles.
Tableau des distances (étapes typiques) :
| Trajet | Distance | Temps de navigation (voilier 6-7 nœuds) |
|---|---|---|
| La Trinité-sur-Mer – Le Crouesty | 12 M | 2 h |
| Le Crouesty – Piriac-sur-Mer | 15 M | 2 h 30 |
| Piriac – Le Croisic | 10 M | 1 h 30 |
| Le Croisic – Pornic (via l’estuaire) | 15 M | 2 h 30 |
| Pornic – L’Herbaudière (Noirmoutier) | 25 M | 4-5 h |
8. Gastronomie de la Loire-Atlantique et de Noirmoutier
- Muscadet : Le vin blanc de la région, sec et fruité, parfait avec les fruits de mer. Les meilleurs crus sont du « Muscadet Sèvre-et-Maine ».
- Huîtres de Noirmoutier : Les huîtres de Noirmoutier sont élevées dans les eaux claires de l’île. Les huîtres de la Guérinière sont réputées pour leur chair ferme et leur saveur iodée.
- Sel de Noirmoutier : La fleur de sel de Noirmoutier est plus délicate que celle de Guérande.
- Beurre salé : On retrouve encore la tradition du beurre salé en Loire-Atlantique.
- Gâteau nantais : Un gâteau à base d’amandes, de rhum et de sucre, spécialité de Nantes.
Conclusion de cette partie
De la Vilaine à l’estuaire de la Loire, le navigateur quitte l’univers granitique de la Bretagne pour entrer dans celui des sables, des marais et des stations balnéaires. C’est une transition douce, mais ponctuée par l’épreuve de la Loire, une barre naturelle qui impose respect et préparation. Ce chapitre du voyage enseigne la patience : on apprend à attendre la bonne marée, le bon courant, la bonne fenêtre de houle. Et on découvre que ces côtes, souvent perçues comme moins spectaculaires que les falaises bretonnes, ont un charme discret fait de lumière changeante, de villages authentiques et de saveurs uniques.
Épilogue du chapitre
De Noirmoutier, nous avons vu le soleil se coucher sur la baie de Bourgneuf. À l’horizon, les côtes de Vendée se dessinaient. Demain, nous appareillerons pour Les Sables-d’Olonne. La mer est calme. Le vent est tombé. Juliette relit les chapitres précédents du carnet. Elle me dit : « Tu te rends compte, on a déjà fait la moitié du voyage. » Je n’ose pas lui dire que la partie la plus technique, l’estuaire de la Loire, est derrière nous, et que devant, c’est le golfe de Gascogne. Mais elle sait. Elle le sait.
Chapitre 4 — La Côte Vendéenne : Sable, Soleil et Marais
Noirmoutier · Saint-Gilles-Croix-de-Vie · Les Sables-d’Olonne · La Tranche-sur-Mer · Le Pertuis Breton
Après la douceur de Noirmoutier, la côte vendéenne se déroule comme un long ruban de sable blond, ponctué de forêts de pins et de stations balnéaires aux maisons blanches. C’est une côte qui respire l’été, le surf, les parcs à huîtres et les marchés colorés. Pour le navigateur, c’est aussi un terrain où la houle atlantique reprend ses droits, mais où les infrastructures nautiques sont parmi les plus modernes de France. Ici, le plaisancier passe des eaux abritées de la baie de Bourgneuf aux pertuis (détroits) qui mènent vers La Rochelle, en affrontant des courants puissants et une mer qui peut se montrer capricieuse.

1. De Noirmoutier à Saint-Gilles-Croix-de-Vie (25 milles)
La route qui longe la côte vendéenne depuis Noirmoutier est une navigation de cabotage qui peut se faire en deux étapes ou en une seule journée. Elle contourne la baie de Bourgneuf, une vaste échancrure parsemée de bancs de sable (le plateau des Chevaux, le banc de la Fosse) et de parcs ostréicoles. Les courants y sont modérés (2 nœuds), mais la visibilité peut être réduite par les brumes matinales.
Les ports-relais :
- Port de Bourgenay (à Talmont-Saint-Hilaire) : un port de plaisance moderne, protégé, situé dans une zone résidentielle. C’est une escale pratique pour couper l’étape. L’accès est libre à toute heure, mais la capitainerie recommande d’éviter les heures de fort courant.
- Port de la Guittière (à L’Île-d’Yeu) : non, ce n’est pas sur la route. En fait, sur le continent, il y a Port-Joinville sur l’île d’Yeu, mais c’est une option de détour. Pour ceux qui veulent rester au large, on peut directement pousser jusqu’à Saint-Gilles.
Saint-Gilles-Croix-de-Vie est la première grande étape vendéenne. C’est une ville de pêche et de plaisance, divisée en deux rives par le fleuve Vie. Le port de plaisance se trouve sur la rive sud (Saint-Gilles), tandis que la rive nord (Croix-de-Vie) est plus résidentielle. L’accès se fait par un chenal entre deux jetées, praticable à toute heure. Le port est très actif, avec une criée réputée pour la sardine et le maquereau. En saison, il peut être bondé ; il est prudent de réserver.
Carnet de bord — Saint-Gilles-Croix-de-Vie
Nous arrivons à Saint-Gilles un après-midi de juin. Le vent est tombé. Le chenal est calme. Le port de plaisance est immense, mais nous trouvons une place sur le quai central, face à la criée. L’odeur de poisson frais flotte dans l’air. Nous débarquons en annexe et nous dirigeons vers le marché. Juliette achète une bourriche de sardines grillées, que nous dégustons sur le port avec un verre de vin blanc local. Demain, nous visiterons le musée de la sardine avant de mettre le cap sur Les Sables.
2. Navigation Côtière : Saint-Gilles à Les Sables-d’Olonne (20 milles)
La côte entre Saint-Gilles et Les Sables-d’Olonne est une succession de plages et de petites falaises calcaires. Les ports de la Chaume et des Sables sont les principaux abris. Il faut rester attentif aux hauts-fonds qui s’avancent au large de La Tranche-sur-Mer (plateau de la Tranche) et à la baie de la Bretonnière. La navigation est simple par temps calme, mais par vent d’ouest, la mer peut devenir formée.
Les Sables-d’Olonne : le port du Vendée Globe
Les Sables-d’Olonne est sans doute le port le plus célèbre de la côte atlantique française après La Rochelle. C’est ici que part et arrive le Vendée Globe, le tour du monde en solitaire sans escale. Le port de plaisance (Port Olona) est un immense complexe nautique, mais le cœur du vieux port, le port de pêche et de plaisance situé dans le chenal principal, est celui qui attire les navigateurs.
Accès :
- Le chenal d’entrée est large, balisé, mais il est soumis à une houle résiduelle importante par vent d’ouest. Par grosses houles, il peut être dangereux. Il faut alors entrer par le chenal de Port Olona, plus protégé, mais plus long.
- Deux bassins : le bassin du Port de Plaisance (vieux port) et Port Olona (grand port moderne). Le vieux port est plus central et charmant, mais ses places sont rares. Port Olona a des centaines d’anneaux, tous services, et est accessible 24h/24.
- Tirant d’eau : dans le vieux port, attention aux zones ensablées. Port Olona accueille des voiliers jusqu’à 5 mètres.
À terre :
- Le musée du Vendée Globe (dans l’enceinte de Port Olona) est un lieu d’émotion : on y voit les bateaux de la course, on suit les traces des skippers.
- La criée des Sables est l’une des plus actives de la côte. Le marché du centre-ville est réputé pour ses poissons, ses crustacés et ses produits vendéens.
- La plage des Sables s’étend sur plusieurs kilomètres, avec ses célèbres bains de mer du XIXe siècle (les cabines sur pilotis).
Carnet de bord — Les Sables-d’Olonne
*Nous avons passé trois jours aux Sables. Le premier, nous avons visité le musée du Vendée Globe. Voir les IMOCA amarrés devant le musée, imaginer ces hommes et ces femmes partant seuls pour trois mois autour du monde, ça prend aux tripes. Le soir, nous avons dîné dans une brasserie du port, face aux bateaux de pêche. Le lendemain, le vent était au sud-ouest, force 5. Nous avons décidé de rester au port. Nous avons longé la plage, mangé des mogettes (les haricots blancs de Vendée) et du jambon de pays. Les Sables, c’est une ville qui vit la mer, intensément.*
3. La Côte Vendéenne : Entre Plages et Marais

Entre les Sables-d’Olonne et le pertuis Breton (qui mène vers l’île de Ré et La Rochelle), la côte s’allonge avec des plages immenses et des stations balnéaires comme La Tranche-sur-Mer, Les Conches ou La Faute-sur-Mer. Pour le navigateur, cette portion est moins riche en ports abrités. Les seules vraies escales sont Port-Joinville sur l’île d’Yeu (un détour) et Les Sables. Cependant, on peut mouiller par beau temps devant certaines plages, en respectant les zones de baignade et les parcs à huîtres.
L’Île d’Yeu : une escale optionnelle
L’île d’Yeu se trouve à une douzaine de milles au large des Sables. C’est une île de granit, plus petite que Belle-Île, mais très prisée. Son port principal est Port-Joinville, une petite ville fortifiée. L’accès est balisé et protégé. C’est une escale magnifique pour ceux qui ont le temps. Sinon, on peut laisser l’île sur tribord et poursuivre vers le sud.
Les courants du pertuis Breton
Le pertuis Breton est le détroit qui sépare le continent (Vendée) de l’île de Ré. C’est une zone de courants de marée très puissants (jusqu’à 4 nœuds) et de hauts-fonds nombreux. Pour le navigateur qui vient du nord, il faut franchir ce pertuis pour atteindre La Rochelle et l’île de Ré. Cette navigation sera traitée en détail dans le chapitre suivant, mais il est bon de savoir qu’elle demande une préparation minutieuse.
4. Conseils de Navigation pour la Côte Vendéenne
- Houle : La côte vendéenne est très exposée aux houles d’ouest. Une houle de 2 mètres avec une courte période (< 8 s) rend les entrées de ports (Saint-Gilles, Les Sables) inconfortables. Il est préférable d’attendre une accalmie.
- Courants : Dans la baie de Bourgneuf et le pertuis Breton, les courants de marée sont importants (3-4 nœuds). Consulter les atlas de courant SHOM (ouvrage 560 pour la Manche, mais pour l’Atlantique, le SHOM 550 est adapté). Les cartes marines : SHOM 7224 (baie de Bourgneuf), 7225 (Les Sables), 7300 (pertuis Breton).
- Ports : Saint-Gilles et Les Sables ont des capitaineries très professionnelles. En été, réserver bien à l’avance. Les tarifs sont élevés (de 20 à 50 € par nuit pour un 10 m).
- Mouillages : Possibles devant les plages, mais attention aux zones de baignade (souvent interdites à la navigation en été) et aux parcs ostréicoles. Consulter les panneaux d’information.
- Carburant : Stations-service disponibles à Saint-Gilles et Les Sables.
Tableau des distances (étapes typiques) :
| Trajet | Distance | Temps de navigation (voilier 6-7 nœuds) |
|---|---|---|
| L’Herbaudière (Noirmoutier) – Saint-Gilles | 25 M | 4-5 h |
| Saint-Gilles – Les Sables-d’Olonne | 20 M | 3-4 h |
| Les Sables – (option) Île d’Yeu | 12 M | 2 h |
| Les Sables – (entrée du pertuis Breton) | 15 M | 2 h 30 |
5. Gastronomie Vendéenne
- Les sardines de Saint-Gilles : grillées, en conserve ou à la plancha, elles sont l’emblème de la région.
- Les mogettes : haricots blancs de Vendée, servis en accompagnement de viande ou de poisson.
- Le jambon de Vendée : fumé au bois de genévrier, une spécialité locale.
- La brioche vendéenne : moelleuse, parfumée à la fleur d’oranger, elle est dégustée au petit-déjeuner ou en dessert.
- Le pruneau de Saint-Jean-de-Monts : bien que moins connu que ceux d’Agen, il est produit localement.
- Les huîtres de la baie de Bourgneuf : élevées dans les parcs du littoral, elles sont charnues et iodées.
6. Transition vers le Chapitre 5
Après Les Sables-d’Olonne, le navigateur doit se préparer à entrer dans le pertuis Breton pour rejoindre La Rochelle et les îles de Ré et d’Oléron. Cette zone est l’une des plus techniques de la côte atlantique : courants violents, hauts-fonds nombreux, trafic intense. Le prochain chapitre détaillera la navigation dans le pertuis, les ports de La Rochelle (Vieux Port et Port des Minimes), et la découverte de l’île de Ré.
Épilogue du chapitre
*Nous avons quitté Les Sables-d’Olonne un matin gris. Le vent était au nord-ouest, force 4. Nous avons mis le cap vers le sud-est, en direction du pertuis Breton. L’île d’Yeu est restée sur bâbord, disparaissant vite dans la brume. La mer était courte, clapoteuse. Juliette, à la barre, a dit : « On dirait que l’Atlantique nous prépare quelque chose. » Je n’ai pas répondu. Devant nous, les premiers balisages du pertuis apparaissaient. La Rochelle n’est plus qu’à 30 milles. Mais la Manche, ou plutôt le pertuis, a ses règles. Nous allons devoir les respecter.*
Chapitre 5 — La Charente-Maritime : La Rochelle, les Îles et le Pertuis
La Rochelle · Île de Ré · Île d’Oléron · Fort Boyard · Rochefort · Marennes
La Charente-Maritime est la région de la plaisance par excellence. Les pertuis (détroits) entre le continent et les îles offrent des zones de navigation protégées des houles océaniques, mais elles sont aussi le théâtre de courants de marée parmi les plus puissants de la côte atlantique. C’est une mer intérieure à ciel ouvert, parsemée de phares, de forts, de marais salants et de ports magnifiques. Pour le navigateur, c’est un terrain de jeu d’une richesse exceptionnelle, mais qui exige une parfaite connaissance des horaires de marée, des courants et des passes.
1. De Les Sables-d’Olonne à La Rochelle : Le Pertuis Breton
Après avoir quitté Les Sables, la route vers La Rochelle traverse le pertuis Breton, le détroit qui sépare le continent vendéen de l’île de Ré. Cette zone est réputée pour ses courants violents (jusqu’à 4 nœuds en vives-eaux) et ses hauts-fonds nombreux. La navigation doit être préparée avec soin.
Les passes :
- La route directe : partir de Les Sables, mettre le cap au sud-est en passant au large du plateau des Baleines (île de Ré) et du plateau de la Fosse. Cette route est la plus sûre car elle évite les hauts-fonds, mais elle allonge de 5 à 10 milles.
- Le chenal du pertuis : entre la côte vendéenne et l’île de Ré, il existe un chenal balisé (la passe de la Loire, la passe de l’Ecuissière). Mais ces chenaux sont étroits et soumis à de forts courants. Ils ne sont praticables que par beau temps et avec une bonne visibilité. Ils sont réservés aux navigateurs expérimentés.
Courants :
Les courants dans le pertuis Breton sont directionnels : le flot (marée montante) porte vers le nord-est, le jusant vers le sud-ouest. En vives-eaux, les courants peuvent atteindre 4 nœuds dans les passes. Il est impératif de calculer son heure de passage pour bénéficier du courant favorable. Une erreur peut vous faire perdre 2 heures sur une traversée de 20 milles.
Conseils pratiques :
- Consulter l’heure de pleine mer à La Rochelle (port de référence). Le flot commence environ 3 heures avant la pleine mer.
- Éviter de traverser par vent d’ouest fort (force 5 ou plus) : la mer devient formée et les courants créent des « moutons » dangereux.
- Laisser un bon marge par rapport aux hauts-fonds : les cartes marines SHOM 7300, 7310, 7320 sont indispensables.
- Écouter le canal 16 pour les avis de trafic (peu de trafic commercial dans le pertuis, mais de nombreux bateaux de plaisance).
2. La Rochelle : Capitale de la Plaisance Française
La Rochelle est la ville la plus emblématique de la côte atlantique. Son Vieux Port, encadré par les célèbres tours médiévales (la Tour de la Chaîne, la Tour Saint-Nicolas, la Tour de la Lanterne), est l’un des plus beaux de France. C’est une ville d’histoire (le port des protestants, le départ des colons pour le Canada) et une ville de voile (le Port des Minimes est le plus grand port de plaisance d’Europe). Pour le navigateur, c’est un centre névralgique, avec tous les services possibles.
Accès :
- Vieux Port : situé en centre-ville, accessible par un chenal entre les tours. L’entrée est soumise à la marée : le tirant d’eau maximal est de 2,50 m, et il n’est accessible que 2 heures avant et après la pleine mer. Les places sont très limitées (environ 60 pour les visiteurs) et souvent complètes en été. Réserver plusieurs semaines à l’avance est indispensable. Le Vieux Port est magique, mais il n’est pas adapté à une escale technique.
- Port des Minimes : à 3 km au sud du centre, c’est le port de plaisance moderne. Il dispose de plus de 4 800 anneaux, répartis en plusieurs bassins. L’accès est libre à toute heure (chenal profond). La capitainerie est ouverte 24h/24. On y trouve tous les services : carburant, chantiers navals, commerces, restaurants. C’est le port de référence pour une escale prolongée.
À terre :
- Le Vieux Port : promenade sur les quais, visites des tours (la Tour Saint-Nicolas offre une vue magnifique), quartier Saint-Nicolas avec ses ruelles médiévales.
- Le musée maritime : installé dans l’ancien arsenal, il présente une collection de bateaux anciens (chalutiers, vedettes, sous-marin).
- L’aquarium : l’un des plus grands d’Europe, avec plus de 12 000 animaux marins.
- Le marché central : chaque matin, on y trouve poissons, crustacés, produits locaux. C’est un régal.
Carnet de bord — La Rochelle
Nous sommes arrivés à La Rochelle par le chenal du Vieux Port, à la mi-journée, avec une pleine mer parfaite. Les tours se sont ouvertes devant nous, et nous avons glissé jusqu’au quai du bassin. C’était un moment de pure magie. Nous avons passé cinq jours à La Rochelle : visites, réparations, ravitaillement. Le soir, nous dînions sur le port, face aux tours illuminées. Juliette a dit : « On pourrait rester ici tout l’été. » Elle avait raison. Mais nous avons décidé de repartir, direction l’île de Ré.
3. L’Île de Ré : Le Chic et le Sauvage
L’île de Ré, reliée au continent par un pont (depuis 1988), est une succession de villages blancs au charme raffiné, de marais salants, de plages et de forêts de pins. Pour le navigateur, c’est un archipel d’escales précieuses.
Ports de plaisance et mouillages :
- Saint-Martin-de-Ré : la capitale de l’île. Son port est situé dans une citadelle Vauban (classée UNESCO). L’accès se fait par un chenal balisé, accessible à toute heure (tirant d’eau 3 m). Le bassin intérieur est magnifique, mais les places sont très recherchées. En été, il faut réserver des semaines à l’avance. Le port est protégé, mais l’entrée peut être délicate par forte houle d’ouest.
- Ars-en-Ré : un des plus beaux villages de France. Son port, à l’extrémité nord-ouest de l’île, est accessible par un chenal étroit. Il est soumis à la marée : tirant d’eau 1,50 m, accessible 2 heures avant et après la pleine mer. Le village, avec son clocher noir et blanc, est un incontournable. Le mouillage est possible dans la baie d’Ars, sur sable, mais l’exposition au vent d’ouest peut être gênante.
- La Flotte : un autre village de caractère, avec un port à marée (tirant d’eau 1,80 m, accessible 2 heures avant et après la pleine mer). C’est plus petit que Saint-Martin, mais très authentique. Le marché couvert est réputé.
- Mouillages forains : autour de l’île, on peut mouiller dans plusieurs anses : la baie de la Couarde (face au village, fond sable), la baie de l’Ermitage (près de La Flotte), ou l’anse du Grouin (côte ouest, mais exposée à la houle). Dans tous les cas, consulter les cartes pour éviter les parcs à huîtres et les zones de baignade.
Navigation autour de l’île :
- Le tour de l’île de Ré peut se faire en une journée par beau temps (environ 30 milles). Les courants dans le pertuis Breton et le pertuis d’Antioche sont forts, il faut bien choisir son heure.
- La côte nord est plus sauvage, avec des falaises basses et des plages de surf. La côte sud est plus abritée, avec des ports et des villages.
Carnet de bord — Saint-Martin-de-Ré
Nous avons trouvé une place dans le port de Saint-Martin au bout de deux heures d’attente (en juillet, c’est la guerre). Le bassin est magnifique : maisons blanches aux volets verts, citadelle, et sur les quais, des restaurants animés. Nous avons dîné au port, dégusté des huîtres de Ré et du pineau. Le lendemain, nous sommes allés à vélo jusqu’à Ars-en-Ré, à travers les marais salants. La lumière était si belle que Juliette n’a pas arrêté de prendre des photos.
4. L’Île d’Oléron : Plus Grande, Plus Sauvage

L’île d’Oléron est plus grande que l’île de Ré (30 km de long, 10 de large) et plus sauvage. Elle est reliée au continent par un pont (depuis 1966). C’est une île de forêts de pins, de plages immenses, de villages ostréicoles et de ports de pêche actifs.
Ports de plaisance et mouillages :
- Boyardville : le port qui fait face au célèbre Fort Boyard. C’est un port moderne, bien protégé, avec une grande capacité d’accueil. L’accès est libre à toute heure. C’est une base idéale pour visiter le fort et la côte est de l’île. Le village est petit mais agréable.
- La Cotinière : le premier port de pêche de l’île, aussi un port de plaisance. Le port est très animé, avec une criée active. L’accès est libre, mais le chenal peut être encombré de bateaux de pêche. Le marché du port est célèbre pour ses poissons et crustacés.
- Saint-Denis-d’Oléron : petit port de plaisance situé dans une anse protégée. C’est plus calme que Boyardville ou La Cotinière. Le village a du charme, avec son église romane et ses ruelles.
- Port de la Salée : à la pointe sud, petit port à marée, accessible seulement à pleine mer pour les voiliers de plus de 1,50 m.
- Mouillages forains : plusieurs anses permettent de mouiller : la baie de Saint-Trojan (côte sud, abritée du vent de nord), l’anse de la Perroche (côte ouest, exposée à la houle), la baie de la Giraudière (côte est, plus calme). Attention aux parcs à huîtres : ils sont nombreux sur le littoral et bien délimités sur les cartes.
Fort Boyard : le monument emblématique
Le Fort Boyard est une forteresse maritime construite entre 1801 et 1857 sur un banc de sable entre l’île d’Oléron et la côte charentaise. Il est célèbre pour l’émission de télévision qui porte son nom. Pour le navigateur, c’est un repère incontournable. Le fort est entouré de courants violents (jusqu’à 5 nœuds) et de hauts-fonds. Il est interdit d’approcher à moins de 200 m (zone réglementée). On peut le contourner par beau temps, mais il faut être très attentif au courant. La meilleure façon de le voir est de passer à l’étale de pleine mer, quand les courants sont faibles. Ne jamais s’aventurer entre le fort et l’île d’Oléron (courants dangereux).
Carnet de bord — Fort Boyard
Nous avons quitté Boyardville par une marée descendante. Le courant portait vers le sud. Nous avons contourné le fort par l’ouest, à 300 mètres. L’édifice est massif, impressionnant. La mer bouillonnait autour des piles. Juliette a dit : « Ça devait être un enfer de construire ça ici. » Effectivement. Le fort est resté inachevé pendant des décennies à cause des courants. Nous avons pris des photos, puis nous avons mis le cap vers La Rochelle, en laissant le fort derrière nous.
5. Le Pertuis d’Antioche et la Côte Charentaise
Le pertuis d’Antioche sépare l’île de Ré de l’île d’Oléron. C’est une zone moins fréquentée que le pertuis Breton, mais avec des courants tout aussi forts. Les hauts-fonds y sont nombreux (plateau de la Fosse, plateau de l’Aiguillon). La navigation y est réservée aux navigateurs avertis.
Rochefort : une escale historique
Rochefort est une ville créée par Colbert au XVIIe siècle pour abriter un arsenal maritime. Son port de plaisance est situé dans le bassin de la rivière de Charente, à quelques kilomètres de l’embouchure. L’accès se fait par un chenal balisé, avec un tirant d’eau de 2,50 m accessible 2 heures avant et après la pleine mer. Rochefort est connue pour sa corderie royale (un musée sur la construction navale) et le musée national de la Marine. C’est une escale culturelle passionnante.
Marennes et le bassin ostréicole
Marennes est la capitale de l’huître charentaise. Le bassin de Marennes-Oléron est le premier bassin ostréicole d’Europe. Naviguer dans ces eaux peu profondes, entre les claires (bassins d’affinage) et les parcs à huîtres, est une expérience. Le port de Marennes est accessible à marée haute seulement (tirant d’eau 1,50 m). C’est le lieu idéal pour faire une halte gourmande et acheter des huîtres directement chez les producteurs.
6. Courants, Marées et Conseils de Navigation
- Courants : Dans les pertuis, les courants peuvent dépasser 4 nœuds en vives-eaux. Il est impératif de connaître les heures de pleine mer (La Rochelle) et d’utiliser l’atlas de courants SHOM (ouvrage 550). Les passes comme la passe de l’Ecuissière (entre Ré et Oléron) sont déconseillées aux plaisanciers non expérimentés.
- Houle : Les pertuis sont protégés des houles océaniques directes, mais une houle d’ouest peut pénétrer partiellement, surtout dans le pertuis Breton. Une houle de 2 mètres rend l’entrée de Saint-Martin-de-Ré inconfortable.
- Ports : La Rochelle (Port des Minimes) est ouvert 24h/24. Le Vieux Port de La Rochelle et les ports de l’île de Ré (Saint-Martin, Ars, La Flotte) sont soumis à la marée et ont des places limitées. Réserver impérativement en été.
- Zones protégées : Les parcs à huîtres sont délimités sur les cartes. Ne pas y mouiller ni y naviguer. Les réserves naturelles (comme la réserve de Lilleau des Niges sur l’île de Ré) sont interdites à la navigation.
- Carburant : Stations-service à La Rochelle (Port des Minimes), Saint-Martin-de-Ré, Boyardville, La Cotinière.
Tableau des distances (étapes typiques) :
| Trajet | Distance | Temps de navigation (voilier 6-7 nœuds) |
|---|---|---|
| Les Sables-d’Olonne – La Rochelle (direct) | 35 M | 5-6 h |
| La Rochelle – Saint-Martin-de-Ré | 8 M | 1 h 30 |
| Saint-Martin – Ars-en-Ré | 10 M | 2 h |
| Ars-en-Ré – Boyardville (Oléron) | 12 M | 2 h 30 |
| Boyardville – Fort Boyard (aller-retour) | 4 M | 1 h |
| Boyardville – Rochefort (par la Charente) | 12 M | 2 h 30 |
7. Gastronomie Charentaise
- Huîtres de Marennes-Oléron : Les plus célèbres de France. Les fines de claires (affinées en claires) et les spéciales (plus charnues) sont réputées. À déguster de septembre à avril.
- Pineau des Charentes : Un vin de liqueur (apéritif) produit localement, mêlant jus de raisin et cognac. Servi frais, il accompagne parfaitement les huîtres.
- Cognac : L’eau-de-vie mondialement connue, produite dans la région.
- Charentais melon : Le melon de Charente, sucré et parfumé, est une spécialité estivale.
- Fruits de mer : Moules de bouchot, praires, palourdes, crevettes, etc.
- Brioche charentaise : Moelleuse, parfumée à la fleur d’oranger.
8. Transition vers le Chapitre 6
Après avoir exploré les pertuis et les îles, le navigateur se dirige vers l’estuaire de la Gironde, qui sera le sujet du chapitre suivant. La navigation de La Rochelle à Royan est une étape de 30 à 40 milles, avec la traversée du pertuis de Maumusson (entre Oléron et le continent) et l’entrée dans l’estuaire. Mais avant cela, il reste à savourer les derniers instants dans cette région de lumière et de saveurs.
Épilogue du chapitre
Notre dernière soirée à La Rochelle. Nous avions quitté le Port des Minimes pour remonter dans le Vieux Port, au ponton visiteurs. Le soleil se couchait derrière la Tour de la Chaîne. Juliette avait préparé un plateau d’huîtres de Marennes, achetées le matin au marché. Nous les avons dégustées avec un pineau bien frais. Le port s’illuminait peu à peu. Demain, nous appareillerons pour Royan. Je regarde la carte : après l’estuaire de la Gironde, ce sera le bassin d’Arcachon, puis la côte des Landes, enfin le Pays Basque. La moitié du voyage est derrière nous, l’autre devant. Mais ce soir, nous ne pensons qu’à ce moment.
Chapitre 6 — L’Estuaire de la Gironde : Le Roi des Fleuves
Royan · Saint-Georges-de-Didonne · Pointe de Grave · Phare de Cordouan · Soulac-sur-Mer · Le Verdon · Le Médoc
Après les pertuis charentais et leurs eaux protégées, le navigateur aborde un monde différent : l’estuaire de la Gironde, le plus vaste d’Europe. C’est un fleuve large de plusieurs kilomètres, long de 70 kilomètres depuis la pointe de Grave jusqu’à la confluence de la Dordogne et de la Garonne. Ici, la mer rencontre le fleuve, et leurs forces se conjuguent pour créer des courants parmi les plus puissants de la côte atlantique, des bancs de sable mobiles, et une navigation qui exige une préparation minutieuse. Mais c’est aussi un lieu chargé d’histoire, dominé par le phare de Cordouan, le plus ancien phare de France encore en activité, surnommé le « Versailles de la mer ». Ce chapitre du voyage est un passage initiatique : on apprend à composer avec un environnement fluvio-maritime où les marées, le débit du fleuve et la houle se mêlent dans une danse imprévisible.
1. De La Rochelle à Royan : Le Pertuis de Maumusson
Avant d’entrer dans l’estuaire, il faut franchir le pertuis de Maumusson, le détroit qui sépare l’île d’Oléron du continent (presqu’île d’Arvert). C’est une zone de courants forts (jusqu’à 4 nœuds) et de hauts-fonds nombreux. La route directe de La Rochelle à Royan (environ 35 milles) peut se faire par deux options :
- Par l’intérieur (entre Oléron et le continent) : passage par le chenal de l’Écuissière (entre le plateau de l’Écuissière et le plateau de la Fosse) ou par la passe de l’Ouest (au sud d’Oléron). Ces chenaux sont balisés mais étroits, et les courants y sont très forts. Ils ne sont praticables que par beau temps et avec un coefficient de marée modéré (< 70). C’est l’option des locaux, mais déconseillée aux navigateurs inexpérimentés.
- Par le large (au sud d’Oléron) : contourner l’île d’Oléron par le sud, passer au large du plateau des Baleines et de la basse de la Coubre, puis remonter vers Royan. Cette route est plus longue (10 milles supplémentaires) mais plus sûre, car elle évite les passes étroites et les hauts-fonds.
Conseils pour le pertuis de Maumusson :
- Consulter les horaires de marée (port de référence : La Rochelle, puis Royan). Le courant de flot porte vers l’est, le jusant vers l’ouest. Calculer son heure de passage pour bénéficier du courant favorable.
- Éviter le pertuis par vent d’ouest force 5 ou plus : la mer devient très formée et les passes peuvent être dangereuses.
- Les cartes marines : SHOM 7300 (pertuis de Maumusson), 7330 (embouchure de la Gironde).
Royan : la Belle Époque sur la Côte de Beauté
Royan est la première grande escale après la traversée. C’est une ville reconstruite après la guerre dans un style moderne et audacieux, mais elle conserve un charme certain. Son port de plaisance, le port de Royan, est situé dans l’estuaire, sur la rive droite de la Gironde. Il est protégé par une digue, et l’accès est libre à toute heure (tirant d’eau 2,50 m). Le port est bien équipé, avec une capitainerie active, des commerces, et un marché couvert réputé. C’est une excellente base pour préparer l’entrée dans l’estuaire et la visite du phare de Cordouan.
À terre :
- La plage de la Grande Conche : longue plage de sable fin, bordée de villas Belle Époque.
- Le marché central : ouvert tous les jours, il propose des produits de la mer et du terroir.
- La pointe de la Coubre : à l’ouest de Royan, une forêt de pins et un phare qui offre une vue sur l’embouchure.
Carnet de bord — Royan
*Nous avons trouvé une place au port de Royan après une traversée mouvementée du pertuis de Maumusson. Le vent était au nord-ouest force 4, le courant favorable, mais la mer était courte. Arrivés à Royan, nous avons marché jusqu’à la plage. La vue sur l’estuaire est impressionnante. Demain, nous irons à Cordouan. Il faut choisir la bonne marée.*
2. Le Phare de Cordouan : Le Versailles de la Mer

Le phare de Cordouan est le monument le plus emblématique de l’estuaire. Situé à 7 km au large de la pointe de Grave, sur un plateau rocheux, il est le plus ancien phare de France encore en activité (1611). Classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, il a été construit par Louis de Foix, puis surélevé au XVIIIe siècle. Ses proportions sont monumentales : 68 mètres de haut, une base de 16 mètres de diamètre, et un intérieur somptueux avec une chapelle, un appartement du roi, et des escaliers en pierre.
Navigation autour de Cordouan :
- Le phare est entouré de hauts-fonds (le plateau de Cordouan) et de courants violents (jusqu’à 5 nœuds en vives-eaux). Il est interdit d’approcher à moins de 100 mètres (zone réglementée).
- La meilleure approche se fait à l’étale de pleine mer, quand les courants sont faibles. À ce moment, on peut naviguer autour du phare dans un rayon de 200 mètres, admirer sa structure et les vagues qui déferlent sur les rochers.
- Par vent d’ouest et houle, il est dangereux de s’approcher. Même par temps calme, il faut être vigilant : le courant peut vous entraîner rapidement vers les hauts-fonds.
- Une option plus sûre : mouiller au port de la Pointe de Grave ou au port de Soulac, puis prendre une annexe pour une visite organisée (des vedettes partent régulièrement).
Visite du phare :
- Il est possible de visiter l’intérieur du phare en été, à marée basse, par l’escalier extérieur (des guides organisent des visites). Il faut se renseigner auprès de l’office de tourisme de Royan ou de Soulac.
- Le phare est ouvert aux visiteurs depuis 2019 après restauration. C’est une expérience inoubliable : monter les 301 marches jusqu’à la lanterne, d’où l’on domine l’estuaire, la côte vendéenne et l’océan.
Carnet de bord — Cordouan
*Nous avons choisi une marée de mortes-eaux (coefficient 45). À 10h00, c’était l’étale de pleine mer. Nous avons approché le phare par l’est, en réduisant la voilure. La mer était plate. Le phare se dressait comme un château sorti de l’eau. Nous avons fait deux tours, à 200 mètres. Juliette était sur le pont avant, fascinée. Je me suis souvenu que ce phare a sauvé des milliers de marins. Plus tard, nous avons mouillé à Soulac et pris l’annexe pour visiter le phare à marée basse. L’intérieur est magnifique. Nous avons grimpé jusqu’en haut. La vue sur l’estuaire, par temps clair, est à couper le souffle.*
3. Naviguer dans l’Estuaire de la Gironde
L’estuaire de la Gironde est un milieu unique : c’est un fleuve soumis aux marées, avec un marnage pouvant atteindre 6 mètres en vives-eaux, et un débit fluvial qui varie selon les saisons. Les courants y sont très forts (jusqu’à 5 nœuds dans le chenal principal). Les bancs de sable sont nombreux et mouvants. La navigation y est réservée aux plaisanciers expérimentés et bien préparés.
Les règles d’or :
- Naviguer à l’étale de pleine mer pour bénéficier d’une meilleure visibilité des hauts-fonds et de courants faibles. C’est le moment idéal pour traverser d’une rive à l’autre.
- Ne jamais sortir de l’estuaire par vent d’ouest fort (force 6 ou plus) : la barre de l’estuaire (l’embouchure) devient dangereuse, avec des vagues déferlantes.
- Suivre le chenal balisé : l’estuaire est balisé par des bouées cardinales et latérales. Il est interdit de naviguer en dehors du chenal, sauf pour rejoindre les ports secondaires.
- Surveiller le sondeur en permanence. Les bancs de sable bougent, surtout après les crues.
- Écouter la VHF : les bulletins météo spécifiques à l’estuaire sont diffusés par le CROSS Gris-Nez (mais c’est pour la Manche ?) — en fait, le CROSS Étel couvre la zone. Il existe aussi des avis aux navigateurs pour les travaux ou les exercices.
Les ports de l’estuaire :
- Royan (rive droite) : port de plaisance moderne, abrité.
- Saint-Georges-de-Didonne (rive droite, au sud de Royan) : petit port de plaisance, mais l’accès est soumis à la marée (tirant d’eau 1,80 m).
- Pointe de Grave (rive gauche, à l’embouchure) : petit port de plaisance et port de pêche, accessible à toute heure (tirant d’eau 2,50 m). C’est un excellent point de départ pour visiter Cordouan ou traverser vers Royan.
- Soulac-sur-Mer (rive gauche, au nord de la pointe de Grave) : port de plaisance dans le petit port de Soulac (tirant d’eau 1,50 m, accessible 2 heures avant et après la pleine mer). Le village est charmant, avec son église romane et ses plages.
- Le Verdon (rive gauche, à l’embouchure) : port de pêche et de plaisance, accessible à toute heure. C’est le port le plus proche du phare de Cordouan.
- Blaye (rive droite, à 50 km en amont) : accessible par la marée, avec un port de plaisance. C’est une escale culturelle (citadelle Vauban).
Traverser l’estuaire :
Si vous voulez passer de la rive droite (Royan) à la rive gauche (Médoc), la traversée se fait perpendiculairement au chenal. Le meilleur moment est à l’étale de pleine mer. La traversée directe fait environ 5 milles. Il faut être attentif au trafic : des cargos et des ferrys remontent l’estuaire (liaison Royan – Le Verdon). La traversée est déconseillée par temps de brume ou de pluie.
4. La Côte Médocaine : Soulac, Le Verdon et le Parc Naturel

Après avoir franchi l’estuaire ou en venant directement du sud, on aborde la côte du Médoc, une région de forêts de pins, de plages sauvages et de villages viticoles. La navigation le long de cette côte est simple, mais il n’y a aucun abri entre l’estuaire de la Gironde et le bassin d’Arcachon (environ 40 milles). C’est donc une portion qu’on fait d’une traite, par beau temps.
Soulac-sur-Mer est une escale agréable. Son port est petit mais bien tenu. Le village est connu pour sa basilique Notre-Dame-de-la-Fin-des-Terres, une église romane du XIIe siècle enfouie dans les dunes. C’est aussi une station balnéaire familiale, avec de belles plages.
Le Verdon (pointe de Grave) est l’extrémité nord du Médoc. C’est un port de pêche et de plaisance. De là, on peut prendre un ferry pour Royan (si on veut éviter de traverser l’estuaire en bateau). La pointe de Grave est aussi le point de départ de la route des phares (Cordouan, puis les phares de la côte landaise).
5. Courants, Marées et Conseils de Navigation
- Courants : Dans l’estuaire, les courants de marée sont amplifiés par la forme en entonnoir. En vives-eaux, ils peuvent atteindre 5 nœuds dans le chenal. Les courants de flot remontent l’estuaire, ceux de jusant le descendent. Il faut toujours calculer son heure de passage pour bénéficier du courant favorable. Un contre-courant de 3 nœuds sur un voilier de 6 nœuds vous fera perdre 50 % de vitesse.
- La barre de l’estuaire : À l’embouchure, la rencontre de la houle océanique et du courant de jusant peut créer des vagues dangereuses, surtout par gros temps. Ne pas sortir par houle > 2 m et vent d’ouest > force 5.
- Les bancs de sable : Ils bougent. Ne pas se fier uniquement aux cartes ; utiliser le sondeur et le GPS avec des cartes à jour (Navionics, SHOM). Les bancs comme le plateau de Cordouan, le banc de la Marguerite, le banc de la Coubre sont bien balisés, mais il faut rester dans le chenal.
- Ports : Les ports de l’estuaire (Royan, Saint-Georges, Pointe de Grave, Soulac) sont pour la plupart accessibles à toute heure, mais certains (Saint-Georges, Soulac) ont un tirant d’eau limité et sont soumis à la marée. Vérifier avant d’entrer.
- Carburant : Stations-service à Royan, Pointe de Grave, et parfois à Soulac.
Tableau des distances (étapes typiques) :
| Trajet | Distance | Temps de navigation (voilier 6-7 nœuds) |
|---|---|---|
| La Rochelle – Royan (par le large) | 40 M | 6-7 h |
| Royan – Phare de Cordouan (aller-retour) | 12 M | 2 h |
| Royan – Pointe de Grave (traversée) | 5 M | 1 h |
| Pointe de Grave – Soulac-sur-Mer | 5 M | 1 h |
| Soulac – Bassin d’Arcachon (entrée) | 40 M | 6-7 h |
6. Gastronomie du Médoc et de la Côte de Beauté
- Huîtres de la Seudre (bassin de Marennes-Oléron) : déjà évoquées, mais on en trouve aussi sur les marchés de Royan.
- Poissons de l’estuaire : bar, maigre, sole, turbot. Les pêcheurs de Royan débarquent des poissons frais chaque jour.
- Vin de Bordeaux : le Médoc est le pays des grands crus (Margaux, Pauillac, Saint-Estèphe). Même si les châteaux sont à l’intérieur des terres, on peut acheter de bons vins dans les caves des ports.
- Cognac et Pineau : la région charentaise s’étend jusqu’à Royan.
- Fruits de mer : moules de bouchot, praires, etc.
- Brioche de Saintonge : une brioche parfumée à la fleur d’oranger.
7. Transition vers le Chapitre 7
Après l’estuaire, la route se dirige vers le bassin d’Arcachon, l’une des plus belles lagunes de France, et le Banc d’Arguin. Mais avant d’entrer dans le bassin, il faudra franchir la passe d’Arcachon, une barre naturelle redoutée. Ce sera l’objet du chapitre suivant, avec la découverte de la dune du Pilat, du Cap Ferret et des cabanes tchanquées.
Épilogue du chapitre
Nous avons quitté Soulac-sur-Mer par un matin calme. La houle était faible. Nous avons mis le cap vers le sud, en longeant les plages du Médoc. La côte est un long ruban de sable, bordé de pins. Juliette, à la barre, a dit : « On dirait que la mer nous attend. » Le phare de Cordouan est resté longtemps visible à l’horizon, puis il a disparu. La prochaine étape : le bassin d’Arcachon. Nous avons le temps. Le vent est au nord-est. La mer est belle.
Chapitre 7 — Le Bassin d’Arcachon, le Banc d’Arguin et la Côte des Landes
Arcachon · Cap Ferret · Dune du Pilat · Île aux Oiseaux · Banc d’Arguin · Biscarrosse · Mimizan
Après l’estuaire de la Gironde, le navigateur entre dans un nouveau monde : celui de la côte d’Argent, une côte rectiligne de sable fin bordée par la forêt des Landes. Ici, la mer est puissante, la houle atlantique règne en maître, et les ports naturels se font rares. Mais au cœur de ce littoral se trouve une merveille : le bassin d’Arcachon, une lagune de 150 km², ouverte sur l’océan par une passe redoutable. C’est un paradis pour le plaisancier, mais il se mérite. Dans ce chapitre, nous verrons comment franchir la passe d’Arcachon, naviguer dans ses eaux protégées, découvrir ses cabanes tchanquées et ses plages d’argent, puis nous poursuivrons vers le sud, le long de la côte landaise, jusqu’aux portes du Pays Basque.
1. De l’Estuaire de la Gironde au Bassin d’Arcachon : la Côte des Landes
Entre Soulac-sur-Mer (pointe de Grave) et l’entrée du bassin d’Arcachon, la côte s’étire sur près de 40 milles sans aucun abri naturel. Les plages sont immenses, bordées de dunes et de forêts de pins. Aucun port, pas de mouillage sûr : la houle déferle directement sur le rivage. Cette portion se fait donc d’une traite, par beau temps, en une journée de navigation.
Navigation :
- La route longe la côte à une distance de 2 à 5 milles, en surveillant les hauts-fonds qui s’avancent au large (plateau des Landes, banc de la Mauvaise). Les cartes SHOM 7330 (de la Gironde au bassin d’Arcachon) et 7340 (bassin d’Arcachon) sont indispensables.
- Les courants sont faibles en pleine mer (moins de 1 nœud), mais à l’approche du bassin, ils deviennent sensibles.
- Le vent dominant est le nord-ouest (été) ou le sud-ouest (dépression). Un vent de nord-est (terre) est favorable pour cette route.
- Par houle de plus de 2 mètres, il est déconseillé de s’approcher trop près de la côte, car le ressac peut être violent.
Points de repère :
- Le phare de Cordouan reste visible longtemps vers le nord.
- En approchant du bassin, on distingue la dune du Pilat, la plus haute dune d’Europe (102 m), qui domine la côte.
- Les deux phares du Cap Ferret (phare de la pointe, phare du Cap) marquent l’entrée.
2. La Passe d’Arcachon : Entrer dans le Bassin

L’entrée du bassin d’Arcachon est l’une des passes les plus célèbres et les plus délicates de la côte atlantique. Elle est large de 4 km, mais elle est barrée par un immense banc de sable, le banc d’Arguin, qui la divise en plusieurs chenaux. La passe principale, la passe de l’Est, est balisée et utilisée par la navigation commerciale et de plaisance. Elle est soumise à des courants violents (jusqu’à 4 nœuds) et à une houle qui peut la rendre dangereuse.
Les règles d’or pour franchir la passe :
- Ne jamais tenter la passe par vent de sud-ouest fort (force 5 ou plus) : la houle déferle sur le banc d’Arguin et rend le chenal impraticable.
- Choisir une marée de mortes-eaux (coefficient < 60) pour des courants modérés.
- Franchir à l’étale de pleine mer, quand les courants sont faibles et que la visibilité des hauts-fonds est bonne. L’étale dure environ 20 minutes.
- Suivre scrupuleusement le balisage : le chenal est marqué par des bouées cardinales et latérales. Ne pas s’en écarter.
- Écouter la VHF : la capitainerie d’Arcachon (canal 9) donne des informations sur l’état de la passe. Le CROSS Étel diffuse des bulletins spéciaux.
- Observer le banc d’Arguin : si les vagues déferlent sur le banc, il faut attendre.
Les différents chenaux :
- Passe de l’Est : la plus profonde, utilisée par les bateaux de pêche et de plaisance. Tirant d’eau jusqu’à 4 m. Balisée.
- Passe du Sud : utilisée par les petits bateaux, plus étroite, moins profonde.
- Passe du Nord : rarement utilisée, dangereuse.
En pratique :
- Avant d’approcher, repérer la bouée « Arguin » (cardinale Ouest) qui marque le début du chenal.
- Entrer dans l’axe du chenal, moteur en marche, et maintenir une vitesse constante (4-5 nœuds) pour bien contrôler la trajectoire.
- Par houle résiduelle, il peut y avoir un fort roulis à l’entrée. Une fois à l’intérieur, la mer s’apaise rapidement.
Carnet de bord — Entrée dans le bassin
*Nous avons attendu trois jours à Soulac-sur-Mer pour une bonne fenêtre. Enfin, le matin du quatrième jour, le vent était tombé, la houle était de 1,2 m, le coefficient de marée était 48. Nous avons appareillé à 4h00 pour arriver devant la passe à l’étale de pleine mer (10h30). Le chenal était bien balisé. Nous avons suivi une vedette de pêche qui semblait connaître le chemin. Le roulis était présent, mais régulier. Dix minutes plus tard, nous étions à l’intérieur. L’eau est devenue verte, puis bleue. Le bassin s’ouvrait devant nous, calme comme un lac. Juliette a poussé un grand soupir de soulagement.*
3. Naviguer dans le Bassin d’Arcachon
Une fois à l’intérieur, le bassin d’Arcachon déploie ses paysages uniques : des eaux peu profondes, des parcs à huîtres, des îles et des cabanes tchanquées. Le bassin est soumis aux marées (marnage jusqu’à 5 m en vives-eaux), et les courants peuvent être forts dans les chenaux (2-3 nœuds). Mais la navigation y est généralement agréable, à condition de suivre les chenaux balisés et de respecter les zones protégées.
Ports et mouillages :
- Arcachon (ville) : le port principal, situé sur la rive sud. Le port de plaisance (Port d’Arcachon) est grand, bien protégé, avec tous services. L’accès se fait par le chenal de la ville, accessible à toute heure. Le Vieux Port (bassin d’Arcachon) est plus pittoresque, mais les places sont limitées.
- Cap Ferret (pointe du Cap) : plusieurs petits ports (le port du Cap, le port de la Vigne) sont situés à l’intérieur de la pointe. Ils sont soumis à la marée (tirant d’eau 1,50 m, accessible 2 heures avant/après la pleine mer). Le Cap Ferret est un village ostréicole authentique, avec ses maisons colorées et ses plages océanes.
- L’Île aux Oiseaux : une île basse, entourée de parcs à huîtres, célèbre pour ses cabanes tchanquées (sur pilotis). Le mouillage est possible devant l’île, sur un fond de sable, mais il faut être vigilant : la zone est très fréquentée et les courants peuvent être forts. C’est un lieu magique, surtout au coucher du soleil.
- Mouillages forains : de nombreuses zones permettent de mouiller dans le bassin, notamment au sud de l’île aux Oiseaux, dans la baie de la Côte d’Argent (face à la dune du Pilat), ou devant les plages du Cap Ferret. Attention aux parcs à huîtres (interdits) et aux herbiers de zostères (protection). Il est conseillé de consulter la carte des zones de mouillage autorisées (disponible auprès de la capitainerie d’Arcachon).
La dune du Pilat et le Banc d’Arguin :
- La dune du Pilat est visible de presque partout dans le bassin. C’est un spectacle impressionnant : une montagne de sable qui domine la mer. On peut y accéder par l’annexe (plage de la Salie) et grimper à pied. La vue du sommet sur le bassin et l’océan est exceptionnelle.
- Le Banc d’Arguin est une réserve naturelle : une immense dune de sable à l’entrée du bassin, colonisée par les oiseaux marins. Il est interdit de débarquer (sauf pour les visites guidées en saison), mais on peut naviguer autour. C’est un lieu emblématique, souvent comparé aux paysages des îles tropicales.
Carnet de bord — Bassin d’Arcachon
Nous avons mouillé devant l’île aux Oiseaux. Le soir, la marée descendante a découvert les parcs à huîtres. Nous sommes allés en annexe jusqu’à une cabane tchanquée. Un ostréiculteur nous a offert une douzaine d’huîtres, ouvertes devant nous. Juliette a dit : « C’est la meilleure douzaine du voyage. » Le lendemain, nous avons grimpé la dune du Pilat. La montée est rude, mais le panorama vaut chaque pas.
4. La Côte des Landes : de la Passe à la Frontière Basque
Après avoir visité le bassin, il faut reprendre la mer. La sortie se fait par la même passe, avec les mêmes précautions. Ensuite, le navigateur descend vers le sud, le long de la côte des Landes. Cette portion s’étend sur près de 100 milles jusqu’à la baie de Saint-Jean-de-Luz. Il n’y a aucun port de plaisance entre la passe d’Arcachon et le port de Bayonne (Anglet), à l’exception de quelques courants d’huchet (embouchures de petits fleuves côtiers) qui sont souvent ensablés et réservés aux petits bateaux à faible tirant d’eau.

Les courants d’huchet :
- Biscarrosse : le courant de Biscarrosse est une embouchure artificielle, mais elle est très peu profonde (moins de 1 m) et ne permet pas l’accès aux voiliers de 10 m. Seules les annexes peuvent y pénétrer.
- Mimizan : même situation. Le port de plaisance de Mimizan est situé à l’intérieur, accessible par un chenal qui peut être dangereux et souvent ensablé. Déconseillé.
- Capbreton : le port de Capbreton est un port de pêche et de plaisance important, mais il est situé après le débouché de la côte landaise. C’est la première escale viable après Arcachon.
Conséquences pour le navigateur :
- Cette portion se fait d’une traite, en deux ou trois jours selon les conditions. La distance Arcachon – Capbreton est d’environ 90 milles.
- Il faut choisir une fenêtre météo stable (vents modérés, houle faible) pour cette navigation sans escale.
- Le long de la côte landaise, on navigue au large (5 à 10 milles) pour éviter la zone de déferlement de la houle et les filets de pêche.
- Le vent dominant est le nord-ouest (été) ou le sud-ouest (automne). Un vent de nord-est (terre) est idéal pour cette descente.
- Il est possible de mouiller devant les plages par temps très calme, mais c’est risqué car la houle peut se lever soudainement.
Capbreton : la première escale
Capbreton est un port de pêche et de plaisance actif. Son port de plaisance (Port de Capbreton) est bien protégé, accessible à toute heure (tirant d’eau 2,50 m). Le port est situé à l’embouchure du courant de Capbreton, un fleuve côtier. La ville est une station balnéaire dynamique, avec des plages de surf réputées. C’est une escale idéale pour se ravitailler avant d’entrer au Pays Basque.
Après Capbreton, on longe les plages de Hossegor, Seignosse et Biarritz jusqu’à l’embouchure de l’Adour. Ce sera le sujet du chapitre suivant.
5. Gastronomie du Bassin et de la Côte Landaise
- Huîtres d’Arcachon : Les huîtres du bassin sont élevées dans les parcs. On les déguste nature, avec un filet de citron. Les cabanes ostréicoles du Cap Ferret sont des lieux authentiques.
- Lamproie à la bordelaise : Un poisson de l’estuaire de la Gironde et du bassin, cuisiné avec du vin rouge, des poireaux et du céleri. C’est un mets de fête.
- Pibales (alevins d’anguille) : Une spécialité rare et chère, souvent servies à la poêle.
- Foie gras du Sud-Ouest : Bien que plus typique du Périgord, on le trouve dans les épiceries fines d’Arcachon.
- Canelé : Petite pâtisserie bordelaise, mais on en trouve aussi à Arcachon.
- Fromage de brebis basque : Dans les Landes, on commence à trouver des fromages Ossau-Iraty.
- Vin de Bordeaux : Les vins du Médoc ou des Graves sont proches.
6. Conseils de Navigation pour le Chapitre 7
- Passe d’Arcachon : condition sine qua non pour entrer. Se renseigner auprès de la capitainerie (canal 9) ou des bureaux de la station de pilotage. Ne jamais la franchir par houle de plus de 1,5 m et vent de sud-ouest.
- Marées dans le bassin : Le marnage peut atteindre 5 m en vives-eaux. Les courants dans les chenaux (notamment devant Arcachon) sont forts. Bien calculer ses heures de sortie.
- Houle : Sur la côte landaise, la houle est permanente. Pour les étapes sans escale, il faut impérativement consulter la prévision de houle (modèle WaveWatch III) et choisir une fenêtre avec houle < 1,5 m et période > 10 s.
- Carburant : À Arcachon, Cap Ferret (petite station), et Capbreton.
- Ravitaillement : Arcachon et Capbreton ont de grandes surfaces et marchés.
Tableau des distances (étapes typiques) :
| Trajet | Distance | Temps de navigation (voilier 6-7 nœuds) |
|---|---|---|
| Soulac-sur-Mer – Entrée du bassin d’Arcachon | 40 M | 6-7 h |
| Arcachon – Cap Ferret (intérieur) | 5 M | 1 h |
| Cap Ferret – Île aux Oiseaux | 3 M | 0 h 45 |
| Sortie du bassin – Capbreton | 90 M | 15 h (soit 2 jours avec une nuit en mer) |
| Capbreton – Bayonne (Adour) | 15 M | 2 h 30 |
7. Transition vers le Chapitre 8
Après Capbreton, la côte devient plus escarpée, avec les falaises du Pays Basque. La navigation entre Capbreton et l’embouchure de l’Adour (Bayonne) est courte mais technique, car il faut franchir la barre de l’Adour, l’une des plus dangereuses de la côte française. C’est par là que nous entrerons dans la dernière étape du voyage, avant de rejoindre Saint-Jean-de-Luz et Hendaye.
Épilogue du chapitre
*Nous avons quitté le bassin d’Arcachon un matin calme, avec une marée de mortes-eaux. La sortie s’est faite sans encombre. Puis nous avons mis le cap vers le sud, le long des plages landaises. La mer était d’un bleu profond, avec une houle régulière de 1,2 m. Nous avons navigué toute la journée, puis la nuit. Karine a pris le premier quart. Je me suis endormi bercé par le roulis. Au petit matin, j’ai vu les premières lumières de Capbreton à l’horizon. C’était un soulagement. Nous sommes entrés dans le port vers 10h, épuisés mais heureux. Une bonne douche, un gros steack frites au bistrot accompagné de sa fidèle bière fraiche, et nous étions prêts pour la dernière étape : le Pays Basque.
Chapitre 8 — Le Pays Basque : La Côte des Vents et des Montagnes

Capbreton · Bayonne · Anglet · Biarritz · Saint-Jean-de-Luz · Ciboure · Hendaye · Frontière espagnole
Le Pays Basque est l’aboutissement du voyage. C’est une terre de contraste, où l’océan rencontre la montagne, où les grandes plages de sable landaises laissent place à des falaises abruptes de grès, de calcaire et de flysch, plongeant dans une mer souvent agitée, mais d’un bleu profond. C’est aussi une culture forte, avec sa langue, sa gastronomie et ses traditions maritimes.
Les lieux où la culture basque s’exprime dans sa langue, sa gastronomie et ses traditions maritimes. Après la longue traversée de la côte landaise, le navigateur retrouve des abris naturels, des ports de caractère, et une navigation technique à la hauteur des défis rencontrés en Bretagne. Ici, la barre de l’Adour, les courants de la baie de Saint-Jean-de-Luz et les passes de la frontière espagnole exigent autant de préparation que le raz de Sein ou le passage de la Jument. C’est une région magnifique, mais qui se mérite.
Bayonne et Anglet : l’Accès à la Côte
Après Capbreton, la côte continue vers le sud avec les plages de Hossegor, Seignosse, Biarritz et Bidart. Les falaises s’élèvent progressivement, annonçant le Pays Basque. La distance de Capbreton à l’embouchure de l’Adour est d’environ 15 milles, une courte étape qui peut se faire en une matinée. Mais l’entrée dans l’Adour est délicate et mérite une préparation spécifique.
Navigation :
- La côte est rectiligne, avec des plages surveillées en été. Il faut rester à 1-2 milles pour éviter les zones de baignade et les filets de pêche.
- Les courants sont faibles en pleine mer, mais à l’approche de l’Adour, ils deviennent sensibles à cause du débit du fleuve et de l’effet de la marée.
- Le vent dominant est le nord-ouest (été) ou le sud-ouest (dépression). Un vent de nord-est (terre) est favorable pour cette route.
Points de repère :
- Les phares de Biarritz (phare de Biarritz) et de Saint-Martin (sur la pointe de la falaise) sont visibles de loin.
- L’embouchure de l’Adour est marquée par deux jetées et un phare à la pointe de la Barre.
2. La Barre de l’Adour : franchir le seuil
L’embouchure de l’Adour est l’une des plus dangereuses de la côte française. Le fleuve, qui descend des Pyrénées, rencontre l’océan et crée une barre (un seuil de sable mouvant) où les vagues déferlent par gros temps. Par vent d’ouest et houle, la barre peut être impraticable, même pour des bateaux de sauvetage.

Les règles d’or :
- Ne jamais tenter la barre par vent de nord-ouest ou d’ouest force 5 ou plus : la mer se forme violemment.
- Choisir une marée de mortes-eaux (coefficient < 60) pour des courants modérés.
- Franchir à l’étale de pleine mer (20-30 minutes avant et après) : à ce moment, le courant est faible et la visibilité des hauts-fonds est bonne.
- Contacter la capitainerie de Bayonne/Anglet (VHF canal 9) avant d’approcher : ils donnent l’état de la barre en temps réel. Si la barre est « dangereuse », ils vous le diront.
- Suivre scrupuleusement le chenal balisé : l’entrée est marquée par deux bouées cardinales et des bouées latérales. Ne pas s’en écarter.
- Observer la mer : si les vagues déferlent sur la barre (lignes blanches de part et d’autre), il faut attendre.
Le chenal :
- Le chenal d’entrée a une profondeur variable (2 à 4 m). Il est régulièrement dragué pour maintenir l’accès aux navires de commerce.
- Une fois franchie, on pénètre dans un bassin abrité, puis dans le port de Bayonne/Anglet (Port de plaisance de Bayonne, situé à Anglet). Le port dispose de plusieurs bassins, avec tous services.
Carnet de bord — Barre de l’Adour
*Nous avions attendu trois jours à Capbreton pour une bonne fenêtre. Le matin du quatrième, le vent était tombé, la houle était de 1,2 m, coefficient 45. Nous avons appelé la capitainerie sur VHF. « Barre praticable pour plaisanciers expérimentés », ont-ils dit. Nous sommes arrivés devant l’embouchure à 9h30, l’étale de pleine mer. La mer était grise mais calme. Nous avons suivi le chenal, moteur en marche, à 5 nœuds. Le roulis était présent, mais régulier. Cinq minutes plus tard, nous étions dans le port. Juliette a éteint le moteur. Le silence a été total. Nous étions au Pays Basque.*
3. Bayonne et Anglet : l’accès à l’arrière-pays
Bayonne est une ville intérieure, accessible par l’Adour. Le port de plaisance (Port de Bayonne – Anglet) est situé à Anglet, en aval de la ville. C’est un grand port moderne, avec plus de 1 200 anneaux, tous services (carburant, chantier, commerces). Il est idéal pour une escale technique, mais la ville elle-même n’est pas sur le front de mer.
À terre :
- Bayonne : la vieille ville (Grand Bayonne, Petit Bayonne) est un dédale de ruelles médiévales, avec la cathédrale Sainte-Marie, le château des ducs d’Aquitaine, et les quais de la Nive. C’est une ville animée, connue pour son jambon, son chocolat et sa fête de la Nive (en août).
- Anglet : une station balnéaire avec de longues plages, connue pour le surf. Le port de plaisance est adjacent à la plage.
- Biarritz : accessible par la côte ou par l’annexe (petite crique du Port des Pêcheurs), c’est l’étape suivante.
4. Biarritz : la reine des plages
Biarritz est la station balnéaire la plus prestigieuse de la côte basque. Son port de pêche, le port des pêcheurs, est une petite crique abritée, mais il n’est pas accessible aux voiliers de plus de 8 mètres (tirant d’eau limité, places très réduites). Les voiliers de 10 mètres doivent plutôt s’amarrer à Anglet ou Saint-Jean-de-Luz, et visiter Biarritz en annexe ou en transport.

À voir :
- La Grande Plage et la Rocher de la Vierge (avec sa statue et son pont).
- Le phare de Biarritz (au bord de la falaise, offre une vue magnifique).
- Le musée de la Mer (aquarium et musée maritime).
- Les falaises de la côte sauvage, entre Biarritz et Saint-Jean-de-Luz, sont spectaculaires.
Mouillage possible :
- Par beau temps, on peut mouiller devant la Grande Plage, mais c’est interdit en saison (zone de baignade). La crique du port des pêcheurs est trop petite pour un voilier de 10 m. Il est donc préférable de rester à Saint-Jean-de-Luz.
5. Saint-Jean-de-Luz et Ciboure : la baie des corsaires
La baie de Saint-Jean-de-Luz est l’un des plus beaux sites de la côte basque. Elle est abritée par la digue de Socoa et le fort de Socoa, et offre un mouillage sûr par temps calme. Les ports de Saint-Jean-de-Luz et de Ciboure, sur les deux rives de la rivière de la Nivelle, sont des escales majeures.
Accès :
- L’entrée de la baie se fait par un chenal balisé entre la digue de Socoa et le fort. Les courants peuvent être forts (2-3 nœuds) mais la zone est bien protégée de la houle.
- Le port de Saint-Jean-de-Luz (Port de plaisance) est situé sur la rive gauche. Il dispose d’environ 600 anneaux, avec tous services. L’accès est libre à toute heure (tirant d’eau 2,50 m). En été, il est souvent complet ; il faut réserver.
- Le port de Ciboure (Port de Ciboure) est plus petit, plus authentique, avec un bassin à marée. Il est accessible 2 heures avant et après la pleine mer (tirant d’eau 2 m). C’est un port de pêche et de plaisance très charmant.
Mouillages forains :
- Il est possible de mouiller dans la baie de Saint-Jean-de-Luz, devant la plage, sur sable. Par vent d’est, c’est un mouillage parfait. Par vent d’ouest, il faut se rapprocher du port.
- L’anse de Socoa, près du fort, offre un mouillage protégé par la digue.
À terre :
- Saint-Jean-de-Luz : la place Louis XIV, l’église Saint-Jean-Baptiste (où Louis XIV se maria en 1660), la maison de l’Infante, les quais animés. C’est une ville riche en histoire maritime.
- Ciboure : le port, l’église Saint-Vincent (où fut baptisé le compositeur Maurice Ravel), les ruelles.
- Fort de Socoa : une forteresse Vauban du XVIIe siècle, accessible à pied. La vue sur la baie est superbe.
Carnet de bord — Saint-Jean-de-Luz
Nous avons trouvé une place au port de Saint-Jean-de-Luz après une courte attente. La baie était calme, le soleil brillait. Nous avons débarqué et marché jusqu’à la place Louis XIV. Karine a acheté un gâteau basque à la crème dans une pâtisserie du quai, elle n’a pas pu s’empêcher. Le soir, nous avons dîné dans un restaurant de Ciboure, face au port, des chipirons à la basquaise. Le lendemain, nous avons visité le fort de Socoa. De là-haut, nous avons regardé la baie où notre bateau se balançait doucement. Nous savions que c’était une des dernières escales.
6. Hendaye et la frontière espagnole
Hendaye est la dernière ville française avant l’Espagne. Son port de plaisance (Port d’Hendaye) est situé dans la baie de Txingudi, un estuaire partagé avec l’Espagne. C’est une escale pratique pour préparer le passage vers l’Espagne (Hondarribia, San Sebastián) ou pour conclure le voyage.

Accès :
- L’entrée de la baie de Txingudi se fait par un chenal balisé, accessible à toute heure (tirant d’eau 2,50 m). Les courants y sont modérés (1-2 nœuds). Le port d’Hendaye est moderne, avec tous services.
- Le mouillage est possible dans la baie, mais la profondeur est faible (2-3 m) et le fond est vaseux. Il est préférable de prendre un anneau.
À terre :
- Hendaye : la plage (une des plus longues de la côte basque), le quartier de la plage, la vieille ville (Hendaye-Ville) avec sa maison de l’histoire de la contrebande.
- Le château d’Abbadie : une demeure néogothique du XIXe siècle, construite par l’explorateur Antoine d’Abbadie, située sur la falaise entre Hendaye et Biarritz. Elle vaut le détour.
- La frontière espagnole : à pied, on traverse le pont sur la Bidassoa pour rejoindre Hondarribia, une ville basque espagnole magnifique, avec sa citadelle et son port de pêche.
7. Naviguer vers l’Espagne : Hondarribia et San Sebastián
Pour ceux qui souhaitent prolonger le voyage en Espagne, la baie de Txingudi est le point de départ.
- Hondarribia : à 2 milles d’Hendaye, accessible par un chenal balisé. Le port de plaisance de Hondarribia (Marina Hondarribia) est moderne, bien protégé. La ville est un bijou : sa vieille ville (la Parte Vieja) est fortifiée, avec des ruelles pavées, des bars à pintxos, et une ambiance authentique.
- San Sebastián (Donostia) : à 10 milles à l’ouest. La baie de la Concha est magnifique, mais l’accès est soumis à une barre (passe de la Concha) qui peut être délicate par houle. Le port de plaisance de San Sebastián est situé dans la baie, bien protégé. C’est une escale de rêve.
Conseils pour la navigation en Espagne :
Respecter les zones de baignade et les parcs naturels (la baie de la Concha est une réserve).
Consulter les cartes SHOM ou espagnoles (Instituto Hidrográfico de la Marina).
Écouter les bulletins météo en VHF (canal 16, puis bulletin en espagnol).
8. Gastronomie Basque
Le Pays Basque est une terre de gastronomie parmi les plus réputées de France.
- Chipirons à la basquaise : calamars cuisinés avec tomates, poivrons, oignons, piment d’Espelette.
- Jambon de Bayonne : fumé et affiné, servi en tranches fines.
- Gâteau basque : une pâtisserie fourrée à la crème ou à la cerise noire.
- Piment d’Espelette : un piment doux, utilisé en poudre, qui parfume les plats.
- Ossau-Iraty : fromage de brebis des Pyrénées, AOP.
- Poissons et crustacés : sole, turbot, bar, crevettes de la côte basque.
- Txakoli : un vin blanc pétillant produit dans la région basque espagnole, parfait avec les poissons.
9. Conseils de Navigation pour le Chapitre 8
- Barre de l’Adour : condition sine qua non pour entrer. Ne jamais la franchir par houle > 1,5 m et vent d’ouest > force 4. Appeler la capitainerie avant.
- Courants : Dans la baie de Saint-Jean-de-Luz, les courants sont modérés (1-2 nœuds). Dans la baie de Txingudi, ils sont faibles.
- Houle : Les ports basques sont exposés aux houles d’ouest. Par houle de plus de 2 m, l’entrée de Saint-Jean-de-Luz peut être délicate. La passe de Socoa est protégée, mais le port de Ciboure peut être agité.
- Ports : Saint-Jean-de-Luz et Hendaye ont des capitaineries actives. Réserver en été (juillet-août) plusieurs semaines à l’avance.
- Carburant : Stations-service à Anglet, Saint-Jean-de-Luz, Hendaye.
Tableau des distances (étapes typiques) :
| Trajet | Distance | Temps de navigation (voilier 6-7 nœuds) |
|---|---|---|
| Capbreton – Adour (Anglet) | 15 M | 2 h 30 |
| Anglet – Biarritz (par la côte) | 5 M | 1 h |
| Biarritz – Saint-Jean-de-Luz | 10 M | 1 h 45 |
| Saint-Jean-de-Luz – Hendaye | 8 M | 1 h 30 |
| Hendaye – Hondarribia | 2 M | 0 h 30 |
| Hendaye – San Sebastián | 10 M | 2 h |
Dernière entrée du carnet de bord
Hendaye, 18h. Le bateau est amarré au port. Nous avons rangé les voiles, nettoyé le cockpit. Karine a sorti son carnet de croquis et a dessiné la baie de Txingudi avec le phare de Socoa au loin. Je suis resté silencieux, à regarder le sillage de la journée qui se dissipait. 800 milles. Presque deux mois. Nous sommes partis de Brest par un matin gris, nous arrivons à Hendaye par un soir d’or. Ce n’est pas seulement un voyage, c’est une transformation. Demain, nous prendrons le train pour rentrer, laissant Kéa quelques temps au port. Mais une partie de nous reste ici, quelque part entre les Glénans et le Pays Basque, sur cette mer qui nous a accueillis, éprouvés, et récompensés. L’Atlantique, c’est l’océan vrai. Et nous, maintenant, nous sommes des navigateurs de l’Atlantique.
Résumé Gastronomique de la Côte Atlantique : Des Huîtres aux Chipirons
La gastronomie de la côte atlantique est un festin de produits de la mer et de terroirs généreux.
- En Bretagne : Les huîtres (de Bretagne, du Morbihan), les coquilles Saint-Jacques, le homard breton, la crêpe et la galette, le kouign-amann, le cidre brut.
- En Vendée, Charentes : Les huîtres de Marennes-Oléron (vertes ou fines de claires), le pineau des Charentes (en apéritif), le cognac, les mogettes (haricots blancs) de Vendée, le brioche vendéenne.
- En Aquitaine : Les chipirons (calamars) à la basquaise, le jambon de Bayonne, le fromage de brebis (Ossau-Iraty), le gâteau basque, le piment d’Espelette, et les vins du Sud-Ouest.
Informations Pratiques : Budget et Étapes
Budget estimé (similaire à la Manche, avec des variations saisonnières)
| Poste de dépense | Tarif indicatif | Commentaire |
|---|---|---|
| Location voilier 10 m (mai-juin) | 800€ – 1 500€/semaine | Tarifs plus élevés en Vendée et Charente. |
| Location voilier 10 m (juillet-août) | 1 500€ – 2 500€/semaine | Réservation impérative 6 mois à l’avance. |
| Amarrage marina (10 m) | 20€ – 70€/nuit | Très variable. Très cher aux Sables, La Rochelle, St-Jean-de-Luz. |
| Mouillage forain | Gratuit | Très courant en Bretagne, plus rare au sud de la Gironde. |
| Carburant diesel marina | 1,70€ – 2,10€/litre | Prix standard. |
| Ravitaillement (marché) | 15€ – 30€/pers/jour | Profiter des marchés locaux. |
| Restaurant | 25€ – 60€/personne | Fruits de mer, chipirons, etc. |
Étapes et distances indicatives
| Trajet | Distance | Durée approximative |
|---|---|---|
| Brest → Glénans | 50 milles | 1 à 2 journées (via Raz de Sein) |
| Glénans → Golfe du Morbihan | 40 milles | 1 journée |
| Golfe du Morbihan → Belle-Île | 20 milles | 1 journée |
| Belle-Île → Le Croisic | 50 milles | 1 journée |
| Le Croisic → Les Sables-d’Olonne | 70 milles | 1 à 2 journées |
| Les Sables → La Rochelle | 50 milles | 1 journée |
| La Rochelle → Bassin d’Arcachon | 130 milles | 2 journées (via pertuis, possible de faire une étape à Royan) |
| Bassin d’Arcachon → Saint-Jean-de-Luz | 130 milles | 2 journées (sans étape, la côte des Landes est sans abri) |
Conclusion : L’Atlantique Forge les Navigateurs
La côte atlantique française n’est pas une destination, c’est un parcours. C’est une succession de mondes, de la Bretagne sauvage et découpée au Pays Basque aux couleurs chaudes, en passant par la douceur vendéenne et le chic charentais. Naviguer ici, c’est apprendre à lire la houle comme une seconde nature, à respecter les passes et les estuaires, à composer avec les vents thermiques et les vents d’ouest océaniques. C’est aussi s’imprégner d’une culture maritime intense, celle des pêcheurs, des ostréiculteurs, des coureurs au large.
Ce voyage ne se fait pas rapidement. Il se fait au rythme des marées, des houles, des envies de mouillage dans une crique déserte ou d’escale dans un port mythique. Et à l’arrivée à Hendaye, en regardant vers le nord, le navigateur saura que ces milles parcourus ne sont pas seulement une distance, mais une transformation. Il aura appris ce que l’Atlantique enseigne : l’humilité, la patience, et la joie profonde de se sentir chez soi sur l’océan.

Épilogue du carnet de bord
Hendaye, la dernière escale. De la rade de Brest à la frontière espagnole, nous avons parcouru près de 800 milles. 34 escales, 25 mouillages et ports. 3 passes franchies avec appréhension (la Teignouse, la barre d’Arcachon, l’Adour), des marées à calculer, des vents à écouter, des nuits à la belle étoile. L’Atlantique nous a enseigné ce que la Méditerranée ne donne pas : la lecture de la houle, la patience face aux éléments, l’humilité devant l’océan.
Mais c’est aussi 15 douzaines d’huîtres, 6 plateaux de fruits de mer, 3 homards, 4 kouign-amann, des chipirons, du jambon de Bayonne… 2 tempêtes attendues à l’abri. Des rencontres inoubliables : un pêcheur à Belle-Île, un skipper du Figaro, des ostréiculteurs à Marennes, un vieux marin basque à Saint-Jean-de-Luz.
Nous avons vu le soleil se coucher sur la dune du Pilat, sur la baie de Saint-Jean-de-Luz, sur les falaises de Biarritz.
Et la certitude que l’Atlantique n’est pas une mer difficile, mais une mer qui exige d’être écoutée. Nous l’avons écoutée. Le voyage Atlantique terminé, et comme disait le vieux marin de Dunkerque : « La mer respecte les grands voyages. » Et nous, nous la respectons.







































